15 mars 2016

Nos contradictions face à Angela Merkel



            Paris, 16 mars
            Pour les uns Mme Merkel a sauvé l’honneur de l’Europe, pour d’autres, elle a provoqué « un appel d’air » par ses déclarations généreuses. Les élections de dimanche dans trois länder ont marqué un recul de son parti, mais bénéficiant de soutiens de la part de beaucoup de socialistes et de verts, elle conserve la confiance d’une large majorité. Plus que d’avoir ouvert ses frontières, pourrait-on reprocher à la Chancelière ses initiatives unilatérales, notamment auprès de la Turquie. Le manque de solidarité de ses partenaires, en particulier de la France, explique, sans les justifier, ces initiatives solitaires. Plus grave encore me parait être l’incapacité des institutions de faire respecter la décision de répartir 160 000 réfugiés. Quand les pays de Visegrad comprendront-ils ce qu’ils ont à perdre en contribuant à décrédibiliser l’Union ?       

05 mars 2016

Bravo à Jean-Pierre de Kerraoul



                        Paris, 5 mars.
            Editorialiste du journal de Bergerac, le démocrate,  J-P de Kerraoul a relevé le cri du cœur de Cameron « Je hais Bruxelles, j’aime la Grande-Bretagne » en imaginant les réactions qu’aurait provoquées une déclaration analogue dans la bouche d’un responsable français. A ma connaissance, l’inconvenance du Premier Anglais au moment même où « Bruxelles » avait répondu à ses requêtes, n’a pas provoqué, de la part des milieux politiques et des média les condamnations qu’elles méritaient.     

27 février 2016

Navrant spectacle


            Platier 27 février.

            Sans doute faut-il accepter comme un moindre mal l’accord arraché par un Cameron se flattant de « haïr Bruxelles » et d’avoir écarté pour toujours la perspective d’un Etat européen, comme s’il pouvait engager son pays pour l’éternité. Du moins aurait-on aimé voir le plus grand nombre possible d’Etats membres, les membres de la zone euro, à défaut les six Etats fondateurs, à défaut l’Allemagne et la France rappeler leur attachement à l’union politique. Au même moment, nous avons assisté au spectacle lamentable d’une réunion organisée à Vienne sans la Commission et sans la Grèce en vue d’obliger ce malheureux pays à supporter seul la présence de réfugiés bloqués à la frontière de la Macédoine. Les Etats du groupe de Visegrad (Pologne, Tchéquie, Hongrie, Slovaquie) persistent dans leur refus des quotas de réfugiés au risque de compromettre leur accès aux fonds européens. Manuel Valls se permet de critiquer en Allemagne Angela Merkel qui, pour imprudentes qu’aient pu paraître certaines de ses déclarations, n’en a pas moins sauvé l’honneur de l’Europe. Enfin le fragile et partiel cessez-le-feu en Syrie négocié entre les seuls Américains et Russes met une fois de plus en lumière l’effacement politique de notre continent.     

16 février 2016

Europe politique et Brexit



            Paris, 16 février
            Parmi les exigences de David Cameron, celle de la récusation de l’union sans cesse plus étroite est, au plan des principes, la plus dérangeante. L’idée suivant laquelle l’intégration économique déboucherait un jour sur une union politique était au cœur du projet européen. A vrai dire, un premier renoncement s’était produit quand en 1993/1994 trois pays neutres, Autriche, Finlande, Suède furent admis sans devoir renoncer explicitement à leur neutralité. Avoir admis quelques années plus tard les pays d’Europe centrale et orientale sans que soit évoqué l’objectif de l’union politique confirmait le renoncement. La négociation présente avec le Royaume-Uni aurait pu être l’occasion d’un éclaircissement de la notion d’union sans cesse plus étroite. L’appel à la solidarité lancé par la France à la suite des attentats était une autre occasion d’éclaircissement qui ne semble pas devoir être exploitée. Ainsi les opinions publiques déconcertées par l’incapacité des Etats d’exécuter leurs propres décisions en matière de répartition des réfugiés ont l’impression que la réalité politique d’aujourd’hui est celle d’une Union sans cesse plus divisée.
            Cependant la machine européenne continue à fonctionner dans l’intérêt des peuples comme on le voit à propos de la santé des banques, de la fiscalisation des firmes mondiales, de la protection des données informatiques. Mais l’insuffisance de la politique de communication de la Commission fait que tout cela est ignoré. Réintéresser l’opinion, notamment celle des jeunes au projet européen devrait être une priorité.  

18 janvier 2016

L'Europe atone

Paris, 18 janvier.

            Alors que les crises se multiplient, l’Europe est curieusement absente du débat politique français. Où en est la réponse à l’appel à la solidarité après les attentats de novembre ? Où en est le renforcement annoncé des contrôles à la frontière extérieure de l’UE ? Quid de la répartition des réfugiés en principe décidée ? Est-il raisonnable de reprendre les négociations en vue de l’adhésion de la Turquie au moment où Erdogan bafoue les principes démocratiques ? Où en sont les tractations avec Cameron sur ses demandes de dérogation ? Voici quelques sujets dont l’intérêt me parait supérieur à celui de nos querelles bysantines sur la déchéance de nationalité. On ne nous parle guère non plus de ce qui avance : le plan Juncker de relance de l’investissement, l’union bancaire, la lutte contre l’évasion fiscale des grands groupes, les mises en garde adressées à la Pologne qui rappellent opportunément la dimension politique de l’UE. Sur tous ces sujets, le Parlement européen est appelé à délibérer mais les grands média l’ignorent.

31 décembre 2015

Une fin d'année morose

Paris, 31 décembre 2015.

 Jamais plus qu’en cette fin d’année n’a paru plus abyssal le gouffre qui sépare ce que devrait faire l’Europe de son comportement effectif. Qu’il s’agisse du drame des migrants, de la menace terroriste, de la consolidation de la zone euro, du défi climatique, le besoin de politiques conçues et exécutées à l’échelle du continent crève les yeux. Paralysés par les pulsions nationalistes, quand ils ne les suscitent pas eux-mêmes comme en Pologne ou en Hongrie, les gouvernements sont incapables de prendre des décisions qui s’imposent et quand, exceptionnellement, ils les ont prises, ils sont incapables de les mettre en œuvre. Seule la Chancelière Angela Merkel dispose d’une autorité suffisante pour faire accepter à son peuple un accueil des migrants généreux mais nécessairement impopulaire. On aimerait qu’elle fasse preuve du même courage s’agissant de la lutte contre Daech, de la solidarité envers la Grèce, de l’abandon des centrales électriques au charbon. Ne lui demandons pas l’impossible. Ce n’est pas à l’un des leaders nationaux, fut-il le plus puissant, de tracer la voie, mais à l’instance commune de proposition que devrait être la Commission. Mais dans le climat actuel de repli national reconnaissons que la tâche n’est pas facile. Peut-être l’excès du mal conduira-t-il à un sursaut. C’est le vœu que je forme pour 2016.     

11 décembre 2015

Le défi de Daech

Paris 11 décembre

Ci-dessous un résumé de mon exposé d'hier devant le club Europe d'ARRI.

    L’Europe, en cet automne, va de crise en crise. Les attentats du 13 novembre ont occulté momentanément la crise provoquée par un afflux sans précédent de réfugiés principalement mais pas seulement syriens. La solidarité européenne est mise à l’épreuve alors qu’elle est plus nécessaire que jamais.   


La solidarité européenne face aux attentats

    Pour la première fois, la France a fait appel à l’article 42 § 7 du traité de Lisbonne. La solidarité prévue en cas d’agression armée s’est traduite notamment par un vote de la Chambre des Communes autorisant des bombardements contre Daech en Syrie, bientôt suivi par un vote du Bundestag. La tentative du président Hollande, avant toute concertation européenne, de constituer une très large coalition s’est heurtée à la diversité des objectifs de ses interlocuteurs. L’exclusive à l’égard du dictateur syrien a été abandonnée face à Poutine. Mme Merkel a initié un contact avec le président turc Erdogan qui ont conduit à des engagements inconsidérés envers la Turquie dans l’espoir que, moyennant finances, elle  retiendrait les réfugiés sur son territoire

    L’ambiance générale de crispation sur les souverainetés nationales fait obstacle aux décisions qui devraient s’imposer. Faute d’une agence commune, l’échange des renseignements demeurera lacunaire ; le fichage des passagers aériens tarde à être mis en œuvre ; même renforcés, les crédits de Frontex n’en feront pas le puissant corps de garde-frontières qu’exigerait la sécurité européenne ; la création d’un Parquet européen demeurera le rêve de quelques juristes éclairés. Pour qu’il en aille autrement, il faudrait qu’un noyau d’Etats aient la volonté inébranlable d’aller de l’avant, de mettre en place une politique migratoire, d’élaborer une doctrine commune de sécurité, une stratégie de relations extérieures intégrant des orientations dont les divergences ne devraient pas être insurmontables. Mme Mogherini dont les talents sont sous-exploités, bien que leur qualité ait été reconnue à propos de l’Iran, pourrait y contribuer.
La décision de procéder dans des sites baptisés hot spots situés à la frontière de l’Union au contrôle des migrants suppose que l’on accueille ceux qui peuvent prétendre à l’asile et refoule ou renvoie les autres dans leur pays d’origine. Ce seul objectif justifierait une attitude de très grande fermeté à l’égard des dits pays. On ne peut enfin ignorer les drames humains auxquels ce tri donne lieu tout comme l’érection de clôtures physiques non accompagnées de lieux d’hébergement.


Réfugiés et migrants, un défi sans précédent

L’ampleur prise par l’afflux de réfugiés demandeurs d’asile débarquant désormais principalement sur les îles grecques de la mer Egée place l’UE face à un défi redoutable et sans précédent. Plus d’un million de malheureux, en majorité venant de Syrie, auront été accueillis principalement en Allemagne et en Suède. Après une phase d’accueil particulièrement généreux en Allemagne sous l’impulsion de Mme Merkel, la saturation est atteinte. La fermeture des frontières, si elle devait se prolonger, mettrait en danger un acquis essentiel de l’UE. Mme Merkel est contestée dans son propre parti. La décision prise à la majorité sur proposition de la Commission de répartir les migrants demandeurs d’asile entre les Etats suivant des critères objectifs soulève de vives oppositions se traduisant par des recours devant la Cour de Justice de la part de plusieurs pays d’Europe centrale, notamment de la nouvelle majorité d’extrême droite issue des récentes élections polonaises. Donald Tusk, bien qu’ancien leader polonais europhile et nommé à la présidence du Conseil européen avec l’appui de la Chancelière, vient de prendre ses distances.
  La France, après avoir tergiversé sur les quotas, les a d’autant plus aisément acceptés que les migrants se détournent d’un pays souffrant d’un niveau de chômage élevé. L’incapacité où se trouve la France de retrouver un taux de croissance permettant d’obtenir la toujours attendue inversion de la courbe du chômage contribue, avec le marasme persistant de la Grèce, à faire peser une menace sur l’avenir de la zone euro. Bien que les attentats du 13 novembre constituent la circonstance exceptionnelle prévue par les traités, la déclaration du président Hollande suivant laquelle le pacte de sécurité l’emporte sur le pacte de stabilité ne contribuera pas à rétablir la confiance, pas plus que le succès de l’Extrême-Droite aux élections régionales.
Les perspectives sont inquiétantes. L’accentuation de la guerre en Syrie ne peut qu’entretenir le flot de réfugiés dont on ne sait si la Turquie pourra ou voudra le freiner. L’implantation de Daech sur le littoral libyen autour de Syrte fait craindre la reprise au printemps d’un nouveau flot en direction de l’Italie. L’accord annoncé entre les deux gouvernements de Tobrouk et de Tripoli est une lueur d’espoir qui reste à confirmer.

Les exigences de Cameron                                          

Le Premier britannique a enfin précisé les concessions qui lui permettraient de recommander un vote favorable au maintien du Royaume dans l’UE lors du référendum qu’il a imprudemment promis aux eurosceptiques de son parti. Elles concernent les droits sociaux des migrants, un droit de veto des parlements nationaux, la garantie des intérêts des pays hors zone euro et l’abandon de l’objectif d’une « union sans cesse plus étroite ». La négociation sera difficile, notamment pour les droits sociaux, toute discrimination devant être évitée. Il faut espérer que les partenaires du Royaume-Uni limiteront à celui-ci l’abandon de l’objectif de l’union plus étroite et que la garantie des intérêts des pays hors zone euro aura la contrepartie qui s’impose : la renonciation par les représentants du R-U au droit de participer aux décisions concernant les politiques auxquelles ils ne participent pas et n’ont pas l’intention de participer ultérieurement.
L’europhobie britannique n’est pas sans écho sur le continent ainsi que vient de le montrer un référendum négatif au Danemark ou nos élections régionales. Peu a été fait pour développer un sentiment d’allégeance sans lequel l’UE peine à s’affirmer.