Paris, 31 décembre. Les dix ans de l’euro auraient mérité une célébration à la mesure des services que nous a rendus la monnaie unique. Chacun sait que les monnaies affaiblies par une gestion laxiste des finances publiques, à commencer par la nôtre, auraient été emportées par la tourmente de l’automne. Il eut été juste de reconnaître la sagesse dont avait fait preuve la Banque centrale en dépit de critiques démagogiques venues de tous côtés. On aurait aussi pu rappeler que loin d’avoir fait monter les prix, l’euro nous a valu dix ans sans inflation. Aux onze fondateurs de 1999 se sont joints Chypre, Malte, la Grèce et la Slovénie le 1er janvier 2002. Les seize seront demain dix-sept avec l’adhésion de la Slovaquie. Malheureusement, l’euro et la politique monétaire sont de peu de secours face à la crise qui va rendre plus difficiles, mais aussi plus désirables, les adhésions ultérieures. A supposer qu’elle souhaite adopter l’euro, ce qui n’est pas le cas pour des raisons politiques, la Grande-Bretagne ne répondrait à aucun des critères. La livre sterling qui avait atteint un cours de 1,7 euro est désormais à parité avec la monnaie européenne.
Que 2009 nous soit favorable!
31 décembre 2008
24 décembre 2008
Bon Noël !
Paris, 24 décembre. Une sévère bronchite m’a mis sur le flan, m’a contraint de rester à Paris et a retardé mon travail de mise à jour de mon livre « Aimer l’Europe » qui devrait être réédité en avril pour la campagne des élections européennes de juin. En attendant, les bilans de la présidence française vont se multiplier. Bilan à la fois brillant et contrasté, brillant par la capacité exceptionnelle de réaction et d’initiative dont a fait preuve Nicolas Sarkozy face aux trois crises auxquelles il eut à faire face, contrasté par suite du refroidissement avec l’Allemagne provoqué principalement par le lancement particulièrement mal conçu du projet d’Union méditerranéenne. On peut aussi s’interroger sur le relatif effacement de la Commission qu’à mon avis les commentateurs exagèrent. Barroso a été associé mais n’a guère fait preuve d’initiative. Etait-ce de son fait ? La facilité avec laquelle on a cédé aux Irlandais sur leur exigence d’avoir toujours un commissaire en dit long sur ce que les Etats attendent de la Commission. Un jour viendra où ils regretteront de l’avoir systématiquement affaiblie. Bon Noël à mes lecteurs !
15 décembre 2008
La désinvolyure de France 2
Paris, 15 décembre. Les lecteurs de ce blog partagent sans doute l’indignation qui m’a fait envoyer la lettre ci-dessous à Patrick de Carolis. N’’hésitez pas à joindre votre protestation à la mienne !
Monsieur le Président,
Les habitués du journal de 20 heures de France 2 déploraient depuis longtemps que la chaîne emblématique du service public donne systématiquement priorité aux faits divers sur l’information politique nationale et internationale et n’accorde qu’un intérêt restreint aux enjeux européens. Vendredi soir 12 décembre, cette désinvolture a dépassé les bornes. Alors que venait de s’achever le dernier Conseil européen tenu sous présidence française et alors qu’un accord historique sur la lutte contre le changement climatique avait été obtenu, il a fallu attendre 20 h 15 pour que le sujet soit brièvement traité. Auparavant un long moment avait été consacré à l’important problème du mode d’envoi des contraventions au code de la route à leurs destinataires.
Au moment où la suppression de la publicité tend à souligner la vocation particulière des chaînes du service public permettez à l’un des animateurs d’une association qui s’attache à développer la connaissance des réalités européennes et internationales de protester contre une attitude qui tend, pour flatter ce qu’on suppose, sans doute à tort, être la préférence du public, à privilégier l’accessoire au détriment de l’essentiel.
Je vous prie d’agréer, monsieur le Président, l’expression de ma considération distinguée.
Robert Toulemon
Monsieur le Président,
Les habitués du journal de 20 heures de France 2 déploraient depuis longtemps que la chaîne emblématique du service public donne systématiquement priorité aux faits divers sur l’information politique nationale et internationale et n’accorde qu’un intérêt restreint aux enjeux européens. Vendredi soir 12 décembre, cette désinvolture a dépassé les bornes. Alors que venait de s’achever le dernier Conseil européen tenu sous présidence française et alors qu’un accord historique sur la lutte contre le changement climatique avait été obtenu, il a fallu attendre 20 h 15 pour que le sujet soit brièvement traité. Auparavant un long moment avait été consacré à l’important problème du mode d’envoi des contraventions au code de la route à leurs destinataires.
Au moment où la suppression de la publicité tend à souligner la vocation particulière des chaînes du service public permettez à l’un des animateurs d’une association qui s’attache à développer la connaissance des réalités européennes et internationales de protester contre une attitude qui tend, pour flatter ce qu’on suppose, sans doute à tort, être la préférence du public, à privilégier l’accessoire au détriment de l’essentiel.
Je vous prie d’agréer, monsieur le Président, l’expression de ma considération distinguée.
Robert Toulemon
10 décembre 2008
Inquiétudes sur la relation franco-allemande
Paris, 10 décembre. A la veille du dernier Conseil européen sous présidence française, l’état des relations franco-allemandes a de quoi inquiéter. Est-il vrai que Mme Merkel a été tenue à l’écart de la réunion de Londres ? Le rapprochement avec la Grande-Bretagne est une excellente chose mais ne doit pas s’accompagner d’un refroidissement avec Berlin. Alors que nous sommes menacés de la pire crise économique depuis la dernière guerre, le moment est venu de resserrer les rangs. Nous devrions avoir plus de compréhension pour un pays viscéralement attaché au bon ordre de ses finances et plus familier des longues concertations que des initiatives improvisées. Nous payons aujourd’hui le prix des refus opposés aux offres allemandes répétées d’union politique fédérale au sein de la grande Europe, à Maastricht avec Kohl en 1990, au moment du mémorandum Schaüble – Lamers de 1994, puis en 2000 lors du discours de Fischer à l’Université Humboldt. Nous payons aussi le prix de tant d’années de laxisme budgétaire qui nous laissent fort dépourvus alors que la bise est venue.
03 décembre 2008
Un plan de relance mal parti
Paris, 3 décembre. On mesure aujourd’hui les conséquences de la décision prise jadis, avec l’accord de la France, de limiter le budget européen à 1% du produit communautaire. Sans les instruments étatiques que seraient un Trésor public européen et un vrai budget, couvrant l’essentiel des dépenses de recherche et d’innovation civile et militaire, ce qui serait source d’économies par élimination des doublons, il est illusoire d’attendre un plan européen de relance à la mesure de la gravité de la crise. A cette difficulté structurelle s’ajoute l’attitude décevante d’Angela Merkel, de plus en plus critiquée dans son pays. Là encore, les torts sont partagés. Nous serions mieux placés pour plaider en faveur d’une relance keynésienne si nous avions mis nos finances en ordre quand la croissance était là. La partie ne sera pas facile pour la présidence française au prochain Conseil européen, d’autant que les nouveaux Etats membres ne veulent pas compromettre leurs chances d’intégrer l’euro en mettant leur budget en déficit.
Pendant ce temps les Chinois dévaluent leur yuan déjà sous-évalué ! Oserons-nous réagir et comment ?
Pendant ce temps les Chinois dévaluent leur yuan déjà sous-évalué ! Oserons-nous réagir et comment ?
28 novembre 2008
De Prague à Dublin et à Bruxelles
Paris, 28 novembre. A peine rentré de Dublin, où il avait osé comparer les adversaires du traité de Lisbonne aux dissidents de l’ère soviétique, le président europhobe Klaus n’a pas pu empêcher la Cour constitutionnelle tchèque de donner son feu vert à la ratification. L’Irlande sera bientôt le seul pays récalcitrant, ce qui est un comble de la part d’un pays qui a tant reçu de l’Union et qui n’a échappé à la faillite que grâce à son appartenance à la zone euro. Il serait temps de montrer un peu plus de fermeté à l’égard des Irlandais, notamment en refusant de céder à leur exigence de disposer en permanence d’un Commissaire, ce qui aurait pour résultat de rendre tout nouvel élargissement impossible. Les médias ont signalé la décision irlandaise de donner une garantie discriminatoire aux titulaires de comptes des banques irlandaises. Mais on a omis de préciser qu’ils avaient du rapporter cette mesure sur intervention de la Commission. Serait-ce le début d’une attitude plus ferme ?
Quant au plan de relance de la Commission, il vient bien tard et apparait plus comme l’habillage européen de plans nationaux que comme un plan réellement européen et à la mesure de l’enjeu qui est considérable tant la crise menace d’être profonde et durable.
Quant au plan de relance de la Commission, il vient bien tard et apparait plus comme l’habillage européen de plans nationaux que comme un plan réellement européen et à la mesure de l’enjeu qui est considérable tant la crise menace d’être profonde et durable.
24 novembre 2008
Les institutions européennes face à la crise.
Paris, 24 novembre. Il est possible de dresser un premier bilan de l’efficacité des institutions européennes face à la crise. Celle qui s’en tire le mieux est la BCE dont la rigueur naguère critiquée s’est révélée justifiée et qui a dès cet été contribué puissamment à maintenir la liquidité du système bancaire tout en venant au secours de pays membres en difficulté. Jamais le rôle stabilisateur de l’euro n’a été aussi évident. La Présidence française a réussi à réunir au sommet le Conseil de l’euro en y invitant Gordon Brown qui y a apporté un concours utile ainsi qu’à obtenir d’un Bush réticent la convocation à Washington d’un groupe des 20 - ou 22 si on y ajoute l’Espagne et les Pays-Bas - pays qui dominent l’économie mondiale. La présence de la Chine, de l’Inde, du Brésil est une novation capitale qui laisse espérer l’édification d’un ordre mondial monétaire et financier plus consensuel. L’activisme de Sarkozy n’a cependant pas été sans agacer une Allemagne qui supporte mal les initiatives improvisées et redoute de devoir payer pour les erreurs des autres. D’où les difficultés d’aujourd’hui. Le bilan de la Commission est aussi contrasté. Bonne réaction au titre de la concurrence qui a obligé l’Irlande à renoncer à une politique discriminatoire de soutien des avoirs bancaires mais jusqu’à présent défaut d’initiative de relance économique. Le Parlement qui peut se flatter d’avoir été le premier à agiter la sonnette d’alarme exerce une forte pression sur la Commission. Il reste que les opinions comprennent mal que tant d’argent ait été mobilisé au profit des banques et si peu pour faire face aux conséquences d’une crise qui est désormais autant économique et sociale que financière. C’est dans ce domaine qu’on attend une initiative, par exemple une augmentation significative des moyens et un élargissement des critères d’intervention du Fonds d’adaptation à la mondialisation dont la mission est de contribuer à la reconversion des salariés qui perdent leur emploi.
17 novembre 2008
Le silence des socialistes
Paris, 17 novembre. Le peu de place apparemment accordé aux enjeux européens dans les débats chaotiques du PS sont une autre source d’étonnement. Ni la préparation des élections européennes de l’an prochain, ni l’avenir du traité de Lisbonne, ni le concours que l’Europe pourrait apporter à la sortie de crise ne semblent avoir retenu l’attention des protagonistes du congrès. Seul l’appel de Benoit Hamon à des protections contre la concurrence des pays à bas salaires a fait surface mais ne semble pas avoir donné lieu au débat de fond qu’il méritait. A vrai dire, les gouvernements, après avoir condamné à Washington la tentation du protectionnisme, se préparent, Etats-Unis en tête, à protéger leur industrie automobile, non par des droits de douane ou des mesures de contingentement mais par des subventions dont l’effet sur la concurrence ne sera pas négligeable.
11 novembre 2008
La querelle des commémorations
Paris, 11 novembre. Le rapport Kaspi proposant de limiter les commémorations nationales aux 8 mai, 14 juillet et 11 novembre donne lieu à l’un de ces débats dont raffolent les médias. Une fois de plus notre pays se tourne vers son passé et ferme les yeux sur l’avenir. Mieux vaudrait s’interroger sur le sens nouveau qui pourrait être donné à des commémorations un peu moins guerrières. Vous trouverez ci-dessous un article paru sous ma signature dans la Croix du 30 avril dernier.
Européaniser les commémorations guerrières
La mort du dernier poilu, Lazare Ponticelli, immigré italien engagé volontaire, renvoyé dans l’armée italienne et devenu pacifiste au contact des réalités atroces de la guerre est l’occasion d’une réflexion sur nos commémorations des tragédies qui ont marqué le dernier siècle. Le moment n’est-il pas venu de transformer la signification de ces manifestations en les orientant davantage vers l’avenir, vers la communion des mémoires, vers la réconciliation des anciens ennemis, vers l’unité de l’Europe ?
La prochaine présidence française de l’Union européenne pourrait donner à notre pays l’occasion d’avancer deux propositions qui compenseraient, dans une certaine mesure, le signe négatif donné par l’élimination des symboles du nouveau traité européen.
L’une de ces propositions consisterait à joindre, du moins pour les pays qui, comme la France, commémorent la victoire finale de la Seconde Guerre mondiale le 8 mai, en une seule célébration l’effondrement du nazisme et l’appel de Robert Schuman ; chaque pays qui accepterait cette proposition serait alors libre de fixer cette célébration le 8 ou le 9 mai. La justification est claire : sans la chute du nazisme qui fut pour l’Allemagne autant une libération qu’une défaite, le démarrage de la construction européenne n’aurait pas été possible.
L’autre proposition serait de célébrer en novembre à la fois la réconciliation des anciens ennemis et la chute du mur de Berlin, prélude à la libération de la moitié orientale du continent. Là encore, chaque Etat serait libre du choix du jour, 9 ou 11, mais l’hommage aux victimes serait associé à la joie de la libération.
Ces deux propositions devraient faire l’objet d’un accord franco-allemand et, si possible, franco-anglais, avant d’être officialisées. Un accord des Allemands pour associer le souvenir des morts de la première guerre mondiale et la chute du mur ne se conçoit que dans le contexte d’une démarche à fort contenu européen. Les diverses associations européennes pourraient s’unir pour promouvoir cette démarche dans les deux pays, puis dans l’ensemble de l’Union européenne.
Les commentaires exprimés à l’occasion de la mort du dernier poilu et du voyage du président de la République au plateau des Glières permettent de penser que ces propositions répondent à une attente d’un large public et seraient favorablement accueillies par l’opinion, du moins en France. Elles contribueraient à rajeunir des commémorations qui risquent de perdre toute signification pour les générations à venir. Toutefois elles ne répondraient pleinement à leur objet – conforter l’image de l’Europe en l’associant au concept de paix et de réconciliation – qu’à la condition d’être adoptées par un nombre significatif d’Etats, anciens ou nouveaux membres. L’appui d’organisations européennes représentatives de la société civile serait hautement souhaitable pour vaincre l’inertie naturelle des gouvernements.
Robert Toulemon
Européaniser les commémorations guerrières
La mort du dernier poilu, Lazare Ponticelli, immigré italien engagé volontaire, renvoyé dans l’armée italienne et devenu pacifiste au contact des réalités atroces de la guerre est l’occasion d’une réflexion sur nos commémorations des tragédies qui ont marqué le dernier siècle. Le moment n’est-il pas venu de transformer la signification de ces manifestations en les orientant davantage vers l’avenir, vers la communion des mémoires, vers la réconciliation des anciens ennemis, vers l’unité de l’Europe ?
La prochaine présidence française de l’Union européenne pourrait donner à notre pays l’occasion d’avancer deux propositions qui compenseraient, dans une certaine mesure, le signe négatif donné par l’élimination des symboles du nouveau traité européen.
L’une de ces propositions consisterait à joindre, du moins pour les pays qui, comme la France, commémorent la victoire finale de la Seconde Guerre mondiale le 8 mai, en une seule célébration l’effondrement du nazisme et l’appel de Robert Schuman ; chaque pays qui accepterait cette proposition serait alors libre de fixer cette célébration le 8 ou le 9 mai. La justification est claire : sans la chute du nazisme qui fut pour l’Allemagne autant une libération qu’une défaite, le démarrage de la construction européenne n’aurait pas été possible.
L’autre proposition serait de célébrer en novembre à la fois la réconciliation des anciens ennemis et la chute du mur de Berlin, prélude à la libération de la moitié orientale du continent. Là encore, chaque Etat serait libre du choix du jour, 9 ou 11, mais l’hommage aux victimes serait associé à la joie de la libération.
Ces deux propositions devraient faire l’objet d’un accord franco-allemand et, si possible, franco-anglais, avant d’être officialisées. Un accord des Allemands pour associer le souvenir des morts de la première guerre mondiale et la chute du mur ne se conçoit que dans le contexte d’une démarche à fort contenu européen. Les diverses associations européennes pourraient s’unir pour promouvoir cette démarche dans les deux pays, puis dans l’ensemble de l’Union européenne.
Les commentaires exprimés à l’occasion de la mort du dernier poilu et du voyage du président de la République au plateau des Glières permettent de penser que ces propositions répondent à une attente d’un large public et seraient favorablement accueillies par l’opinion, du moins en France. Elles contribueraient à rajeunir des commémorations qui risquent de perdre toute signification pour les générations à venir. Toutefois elles ne répondraient pleinement à leur objet – conforter l’image de l’Europe en l’associant au concept de paix et de réconciliation – qu’à la condition d’être adoptées par un nombre significatif d’Etats, anciens ou nouveaux membres. L’appui d’organisations européennes représentatives de la société civile serait hautement souhaitable pour vaincre l’inertie naturelle des gouvernements.
Robert Toulemon
04 novembre 2008
Deux signes d'espoir
Platier 4 novembre. Submergés par les débats relatifs à la crise et à l’élection américaine, deux événements heureux risquent de passer inaperçus. D’une part, la première conférence de l’Union pour la Méditerranée tenue à Marseille ne s’est pas bornée à fixer le siège de ladite Union à Barcelone, gage de continuité, mais à adopter une longue déclaration dont le principal intérêt est qu’elle a été signée à la fois par les pays arabes et par Israël. D’autre part, les ministres britannique et français des Affaires étrangères se sont rendus ensemble au Congo pour tenter de mettre fin aux massacres dans la région du Kivu, partie est du pays proche du Rwanda. Ce voyage commun marque une heureuse rupture avec une vieille et encore récente tradition de rivalité franco-britannique en Afrique qui explique, pour une part, l’incapacité des Européens à mettre fin, sinon à prévenir le génocide des Tutsis. .
28 octobre 2008
Article sur la crise pour le bulletin d'ARRI
Platier 28 octobre. La crise financière est d’abord une crise bancaire. Les banques américaines ont consenti des prêts hypothécaires dont le remboursement devenait aléatoire si la hausse de l’immobilier se renversait. Les mensualités faibles au départ mais rapidement croissantes ensuite ne pouvaient être couvertes qu’au moyen de nouveaux emprunts. La pratique de la titrisation permettait de noyer dans des produits composites et opaques toute sortes de créances immobilières ou autres et de les céder aux banques du monde entier. On croyait réduire les risques en les diluant. En fait, on généralisait la fragilité d’un système bancaire largement mondialisé. Dans le même temps, les opinions étaient scandalisées par une sorte de mégalomanie du monde de la finance se traduisant par des rémunérations astronomiques et des parachutes dorés consentis parfois à des dirigeants en échec.
La faillite de Lehman Brothers qu’on croyait trop grosse pour tomber et l’effondrement des cours de Bourse ont contraint les gouvernements à agir. Après une première réunion limitée aux Européens membres du G8, un accord est intervenu au sein de l’eurogroupe sur une proposition du Premier ministre britannique judicieusement invité au conseil de l’euro. Une garantie publique sera donnée par chaque Trésor national aux crédits interbancaires asséchés par la méfiance généralisée. De surcroît, les Etats procèderont, si besoin est, à la recapitalisation des banques en difficulté. Des sommes considérables ont été annoncées. Il ne s’agit pas de crédits budgétaires mais de garanties financées par l’emprunt auxquelles il ne sera pas ou peu nécessaire de faire appel si, comme on l’espère, la confiance revient.
Le Secrétaire américain au Trésor Paulson, après avoir difficilement obtenu du Congrès 700 milliards de dollars en vue du rachat des actifs pourris des banques semble s’être résigné à suivre l’exemple européen. Enfin, lors d’une réunion au sommet à Pékin, il a été décidé qu’une une conférence de remise à plat générale du système monétaire et financier mondial s’ouvrirait le 15 novembre à Washington.
La crise devrait avoir des suites positives si elle conduit à la construction d’un ordre mondial rénové. La supervision des banques, les agences de notation, les normes comptables, les paradis fiscaux, les fonds spéculatifs, le rôle du FMI seront à l’ordre du jour. Au plan européen, elle a montré la solidité et l’utilité de l’euro sans lequel la crise bancaire se serait accompagnée d’une crise monétaire au détriment des pays à monnaie faible. Plusieurs pays dont l’Irlande et la Hongrie ont échappé à la faillite grâce à l’aide de la BCE.
Reste enfin à savoir quelles conséquences aura la crise des banques sur l’économie réelle. L’effondrement des cours de Bourse révèle l’extrême pessimisme des opérateurs. L’Union ne dispose ni des instruments étatiques que seraient un budget et un trésor fédéraux, ni de la volonté politique d’utiliser sa capacité d’emprunt. Il n’est même pas certain que les Etats s’accordent sur un système intégré de contrôle bancaire ou sur une représentation commune au FMI. En cas d’aggravation de la crise, on devrait s’inspirer de ce formidable facteur de confiance et de sécurité que constituent, l’euro et la Banque centrale dont la prudence contraste rétrospectivement et heureusement avec le laxisme de la Réserve fédérale américaine.
L’opinion publique a du mal à comprendre que les Etats puissent dégager des sommes gigantesques pour sauver les banques alors que l’argent public manque pour tout le reste , y compris pour sauver les milliers d’enfants qui chaque jour meurent de faim comme aime à nous le rappeler le très médiatique socialiste genevois Jean Ziegler.
Quelques mots enfin sur les autres priorités d’une présidence française très active.
Sauver le traité de Lisbonne après l’échec du referendum irlandais n’est pas facile. Le risque est grand de voir le traité abandonné si l’on ne parvient pas à faire revoter les Irlandais. La présidence tournante est devenue une absurdité. Que se serait-il passé si la présidence avait été tchèque comme elle le sera à partir du 1er janvier ?
En plein mois d’août, la tentative légitime mais imprudente du président géorgien de rétablir son autorité en Ossétie du Sud, province sécessionniste soutenue par la Russie et la réaction brutale et disproportionnée de cette dernière constituait un autre défi pour la Présidence. Il faut être reconnaissant au Président de la République de la promptitude de sa réaction.
Les autres priorités de la présidence française suivent leur cours. Un compromis sur la libération de l’énergie vient d’être obtenu. Le pacte sur l’immigration très controversé vient également d’être approuvé, mais son application ne sera pas facile. La hausse des produits alimentaires a réduit les pressions que subissait la PAC. La crise financière a conduit deux pays, l’Italie et la Pologne à demander une atténuation des engagements concernant la lutte contre le changement climatique et les émissions de gaz à effet de serre. Une accélération des plans d’isolement des logements n’en serait pas moins un utile élément de relance. Une sortie de crise rapide à laquelle l’Union aurait efficacement contribué lui donnerait un élan qui lui serait bien utile.
Enfin je signale trois ouvrages d’un vif intérêt : les Mémoires pour aujourd’hui et pour demain de l’ancien ministre Jean François-Poncet, l’Europe frigide d’Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël et promoteur d’un musée de l’Europe à Bruxelles et l’Union européenne dans le temps long de notre ami, le professeur Quermonne.
Robert Toulemon
La faillite de Lehman Brothers qu’on croyait trop grosse pour tomber et l’effondrement des cours de Bourse ont contraint les gouvernements à agir. Après une première réunion limitée aux Européens membres du G8, un accord est intervenu au sein de l’eurogroupe sur une proposition du Premier ministre britannique judicieusement invité au conseil de l’euro. Une garantie publique sera donnée par chaque Trésor national aux crédits interbancaires asséchés par la méfiance généralisée. De surcroît, les Etats procèderont, si besoin est, à la recapitalisation des banques en difficulté. Des sommes considérables ont été annoncées. Il ne s’agit pas de crédits budgétaires mais de garanties financées par l’emprunt auxquelles il ne sera pas ou peu nécessaire de faire appel si, comme on l’espère, la confiance revient.
Le Secrétaire américain au Trésor Paulson, après avoir difficilement obtenu du Congrès 700 milliards de dollars en vue du rachat des actifs pourris des banques semble s’être résigné à suivre l’exemple européen. Enfin, lors d’une réunion au sommet à Pékin, il a été décidé qu’une une conférence de remise à plat générale du système monétaire et financier mondial s’ouvrirait le 15 novembre à Washington.
La crise devrait avoir des suites positives si elle conduit à la construction d’un ordre mondial rénové. La supervision des banques, les agences de notation, les normes comptables, les paradis fiscaux, les fonds spéculatifs, le rôle du FMI seront à l’ordre du jour. Au plan européen, elle a montré la solidité et l’utilité de l’euro sans lequel la crise bancaire se serait accompagnée d’une crise monétaire au détriment des pays à monnaie faible. Plusieurs pays dont l’Irlande et la Hongrie ont échappé à la faillite grâce à l’aide de la BCE.
Reste enfin à savoir quelles conséquences aura la crise des banques sur l’économie réelle. L’effondrement des cours de Bourse révèle l’extrême pessimisme des opérateurs. L’Union ne dispose ni des instruments étatiques que seraient un budget et un trésor fédéraux, ni de la volonté politique d’utiliser sa capacité d’emprunt. Il n’est même pas certain que les Etats s’accordent sur un système intégré de contrôle bancaire ou sur une représentation commune au FMI. En cas d’aggravation de la crise, on devrait s’inspirer de ce formidable facteur de confiance et de sécurité que constituent, l’euro et la Banque centrale dont la prudence contraste rétrospectivement et heureusement avec le laxisme de la Réserve fédérale américaine.
L’opinion publique a du mal à comprendre que les Etats puissent dégager des sommes gigantesques pour sauver les banques alors que l’argent public manque pour tout le reste , y compris pour sauver les milliers d’enfants qui chaque jour meurent de faim comme aime à nous le rappeler le très médiatique socialiste genevois Jean Ziegler.
Quelques mots enfin sur les autres priorités d’une présidence française très active.
Sauver le traité de Lisbonne après l’échec du referendum irlandais n’est pas facile. Le risque est grand de voir le traité abandonné si l’on ne parvient pas à faire revoter les Irlandais. La présidence tournante est devenue une absurdité. Que se serait-il passé si la présidence avait été tchèque comme elle le sera à partir du 1er janvier ?
En plein mois d’août, la tentative légitime mais imprudente du président géorgien de rétablir son autorité en Ossétie du Sud, province sécessionniste soutenue par la Russie et la réaction brutale et disproportionnée de cette dernière constituait un autre défi pour la Présidence. Il faut être reconnaissant au Président de la République de la promptitude de sa réaction.
Les autres priorités de la présidence française suivent leur cours. Un compromis sur la libération de l’énergie vient d’être obtenu. Le pacte sur l’immigration très controversé vient également d’être approuvé, mais son application ne sera pas facile. La hausse des produits alimentaires a réduit les pressions que subissait la PAC. La crise financière a conduit deux pays, l’Italie et la Pologne à demander une atténuation des engagements concernant la lutte contre le changement climatique et les émissions de gaz à effet de serre. Une accélération des plans d’isolement des logements n’en serait pas moins un utile élément de relance. Une sortie de crise rapide à laquelle l’Union aurait efficacement contribué lui donnerait un élan qui lui serait bien utile.
Enfin je signale trois ouvrages d’un vif intérêt : les Mémoires pour aujourd’hui et pour demain de l’ancien ministre Jean François-Poncet, l’Europe frigide d’Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël et promoteur d’un musée de l’Europe à Bruxelles et l’Union européenne dans le temps long de notre ami, le professeur Quermonne.
Robert Toulemon
22 octobre 2008
Quelques leçons à tirer de la crise
Paris, 22 octobre. A ceux qui douteraient de l’utilité de l’Europe organisée, la crise actuelle devrait achever d’ouvrir les yeux. Sans les institutions européennes et le cadre de travail en commun construit au long des années, le plan d’ensemble de sauvetage du crédit n’aurait pu être adopté, sans la monnaie unique les devises seraient sous tension, sinon déjà dévaluées ou réévaluées, sans la BCE l’Irlande et la Hongrie seraient en faillite. Hier à Strasbourg, Sarkozy a reçu l’accueil qu’il méritait et a félicité le Parlement d’avoir tiré depuis longtemps la sonnette d’alarme. La Commission peu présente au cours de la crise, bien que Sarkozy ait eu la sagesse d’associer son président à toutes ses démarches, devrait maintenant reprendre l’initiative face à la crise économique et sociale qui menace. L’approche des élections européennes de juin prochain devrait inciter les partis pro-européens à en débattre au lieu de s’enfermer dans leurs traditionnels débats nationaux. Pendant ce temps les Villiers et autres Dupont-Aignan s’emploient à rassembler les europhobes de toute l’Europe en vue d’un vote contre le traité de Lisbonne dont la ratification devient d’autant plus urgente.
14 octobre 2008
Une heureuse issue mais des questions sans réponses
Paris, 14 octobre. La panique devant l’aggravation de la crise a permis à l’activisme de notre Président d’aboutir à un résultat inespéré : rétablir la confiance par une manifestation d’unité européenne à laquelle on ne croyait plus. La conférence de presse de dimanche soir au cours de laquelle se sont exprimés d’une seule voix, Sarkozy, Barroso, Juncker et Trichet manifestait de manière éclatante cette unité retrouvée. En début de séance de l’eurogroupe, Gordon Brown était venu présenter son plan de garantie aux prêts interbancaires qui s’est révélée la mesure la mieux adaptée. Même l’eurosceptique anglais avait soudain réalisé qu’une manifestation d’unité européenne était la condition d’un retour de la confiance. Même les Américains ont reconnu la pertinence du plan européen. Notre satisfaction ne doit pas nous dispenser de nous poser plusieurs questions. Que se serait-il passé si la présidence avait été exercée par une personnalité ne disposant pas de l’énergie et du volontarisme de Sarkozy ? Le président à temps complet et à mandat prolongé du traité de Lisbonne aurait-il eu l’autorité suffisante ? Sarkozy ne s’est-il pas substitué à une Commission dont on aurait pu attendre plus d’initiative ? Et surtout quelles leçons tirera-t-on de ce désastre d’une finance devenue folle ? Les Belges n’ont pas obtenu le principe d’un régulateur bancaire unique qui serait seul en mesure de connaître la situation de l’ensemble du système bancaire de l’Union. On parle d’un nouveau Bretton Woods mais on ne parle pas de l’unité de représentation de l’Union au FMI. Enfin et surtout, osera-t-on financer par des emprunts communautaires le plan de relance qui serait nécessaire pour éviter que la crise financière ne se transforme en crise économique et sociale ? Qu’on ne nous parle pas de l’excès d’endettement public alors que toutes les vannes du crédit ont été ouvertes, à juste titre, pour sauver les banques.
09 octobre 2008
L'Europe sans Etat
Paris, 10 octobre. Dans la crise bancaire qui ne cesse de s’aggraver, l’Europe ne dispose que d’une institution capable d’agir, sa Banque centrale. Nous payons cher l’absence d’un ministre européen des Finances, d’une fiscalité, d’un Trésor et d’un budget fédéraux. En leur absence, les gouvernements ne peuvent que tenter de coordonner des actions inévitablement inspirées davantage par les intérêts nationaux que par l’intérêt commun. L’Irlande privilégie ses banques en leur consentant une garantie exclusive, l’Allemagne qui supporte mal son rôle de payeur, ne veut pas payer pour les erreurs des autres, avant de s’apercevoir que l’une de ses principales banques est en faillite, la France, par les déclarations maladroites d’un conseiller du Président donne l’impression de vouloir laisser filer un peu plus ses déficits. Il faudra peut-être s’y résigner momentanément. Mais est-ce le moment de le dire ? En fait c’est ce fameux super-Etat dénoncé par les souverainistes de tout bord, qui nous manque, non certes un super-Etat mais un Etat minimum doté des outils sans lesquels l’organisation de la solidarité et la défense des intérêts communs est impossible.
02 octobre 2008
Que fait la Commission?
Paris, 2 octobre. A qui se fier dans la tourmente ? Sarko fait ce qu’il peut mais l’éternel boulet de notre déficit décrédibilise ses initiatives comme on vient de le voir encore aujourd’hui avec le refus des Allemands de financer un fonds de sauvetage des banques que souhaitent, parait-il, les Néerlandais. Dans des circonstances aussi sérieuses, on aimerait que la Commission se fasse entendre et dissipe le soupçon de demeurer paralysée par l’ultra-libéralisme du commissaire Mc Creevie. A ma connaissance, sa principale proposition vise la création d’un superviseur commun des banques qui n’a que trop tardé. Qu’attend-elle pour proposer la représentation commune au FMI dans le cadre duquel devra se reconstruire le nouvel ordre financier et monétaire d’un monde multipolaire et globalisé devenu fou faute d’un minimum de pilotage commun ? L’éclatement des représentations au FMI est « ridicule », suivant le mot de Juncker qui, lui, parvient un peu mieux à se faire entendre. Seule la BCE tient le cap, injecte les milliards nécessaires au maintien de la liquidité et résiste aux pressions démagogiques. Tous ceux qui s’extasiaient sur le génial Greenspan opposé au maniaque de la lutte contre l’inflation font profil bas.
26 septembre 2008
Une chance pour l'Europe?
Paris, 26 septembre. La reconnaissance générale de la nécessité d’une régulation des marchés financiers qui ne se conçoit pas à l’échelle nationale offre une chance à l’Europe d’échapper à la conjonction de l’ultra-libéralisme et du souverainisme qui la condamnent à l’impuissance. Attali a raison d’affirmer la nécessité d’une régulation non seulement européenne mais mondiale. La vocation de l’Europe est de montrer la voie, en mettant à profit le choc de la crise, pour proposer notamment l’élimination des paradis fiscaux. Faute d’initiatives rapides et audacieuses, le sentiment que l’Europe ne sert à rien alimentera la vague d’euroscepticisme qui déferle même dans les pays qui en ont été les plus grands bénéficiaires. Ce sentiment, l’impasse institutionnelle résultant du non irlandais et l’aggravation prévisible de la conjoncture économique créent une situation dangereuse qui rappelle de mauvais souvenirs. Le chacun pour soi est plus tentant mais aussi dangereux que jamais en temps de grandes difficultés.
16 septembre 2008
L'Europe face à la crise
Platier, 16 septembre. La faillite de Lehman Brothers ouvre une phase nouvelle de crise dont il est difficile de prévoir les conséquences pour l’Europe. Seule mesure prise face à la crise avant sa subite aggravation, la Banque européenne d’investissement est invitée à accroître ses concours aux petites et moyennes entreprises. C’est un moyen d’utiliser la capacité d’emprunt de l’Europe, la BEI obtenant des concours aux meilleures conditions. Encore faudrait-il faire connaître aux PME françaises ces nouvelles possibilités qu’elles ignorent largement si j’en crois les remarques de Colombani lors de l’émission la rumeur du monde de France-Culture de samedi dernier. Mme Lagarde voudrait aller plus loin dans la voie d’une coordination des politiques économiques. Malheureusement l’état désastreux de ses finances publiques affaiblit la voix de la France dans ce domaine. Faire financer le revenu de solidarité active par les épargnants (à l’exception des bénéficiaires du bouclier fiscal) est sans doute politiquement habile. Mais n’était-il pas possible de trouver les ressources nécessaires dans des économies plutôt que dans un nouvel impôt ?
08 septembre 2008
Sarkozy, Barroso, Solana : un progrès de l'Europe politique
Platier, 8 septembre. Le voyage à Moscou du président du Conseil européen accompagné du président de la Commission et du Haut-Représentant pour la politique étrangère marque un progrès de l’union politique de l’Europe par rapprochement de l’intergouvernemental et du communautaire qui anticipe sur le traité de Lisbonne. Sur le fond des relations avec la Russie, je salue la déclaration de Kouchner envisageant la création d’une « centrale européenne d’achat de gaz », proposition contenue dans mon dernier message. L’appui des Allemands à une telle initiative changerait le rapport de forces au profit de l’Europe. Peut-on l’espérer ? L’avenir nous le dira.
03 septembre 2008
Un succès de l'Europe à confirmer
Platier, 3 septembre. La résolution commune adoptée par le Conseil européen extraordinaire après un débat où, comme il est normal, des opinions diverses ont été exprimées, est un incontestable succès pour l’Europe et pour le président du Conseil européen. La relative modération des Européens est justifiée par les responsabilités d’un président géorgien coupable d’une initiative brutale et mal venue qui revenait à se jeter dans le piège tendu par les Russes. Il faut aussi se souvenir de l’abolition des autonomies abkhazes et ossètes décidée par nationalisme aussitôt après l’indépendance. Bien entendu, cela ne saurait justifier l’extrême brutalité et l’excès de la réaction russe qui rappelle fâcheusement un temps qu’on croyait révolu. Il reste aux Européens à se doter de la seule arme qui leur permette de faire bouger Moscou : confier à l’Union les négociations sur l’approvisionnement en énergie. Nous sommes dépendants du gaz russe. Mais à qui les Russes vendraient leur gaz si nous cessions de l’acheter ?
27 août 2008
L'épreuve géorgienne
Platier, 27 août. La réunion du Conseil européen judicieusement convoqué par son président sera, pour l’Europe, une redoutable épreuve : celle de définir une attitude commune qui ne soit pas le plus petit commun dénominateur. Au stade actuel de la construction européenne, ce n’est pas la règle d’unanimité en politique étrangère qui est la plus gênante, mais l’absence d’une Autorité commune reconnue comme telle par les Etats dont la mission serait d’exprimer l’intérêt commun européen et de mobiliser l’appui des gouvernements. Ni la Commission, ni le Haut représentant, ni le président du Conseil européen ne sont en mesure d’assumer ce rôle. La première est affaiblie et les gouvernements ne lui reconnaissent pas ce rôle en politique étrangère, le second n’a pas un mandat et une visibilité suffisants, le troisième est chef d’un Etat national, donc toujours suspect de faire passer le point de vue de son pays avant celui de l’Europe. On voit par là combien désastreux a été le refus de ratification du traité de Lisbonne par les Irlandais. Le ministre irlandais des Affaires européennes vient de préconiser un nouveau vote, à titre personnel. Mais l’opinion y demeure hostile. Voilà à quoi tient l’avenir de notre continent!
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