03 mai 2009

Du vin rosé à la pêche

Platier, 2 mai. L’autorisation de produire du vin rosé par coupage de vin rouge et de vin blanc est en passe de devenir un nouveau thème de la démagogie anti-européenne. Les producteurs français de rosé y voient un risque de concurrence déloyale. Michel Barnier encore ministre de l’agriculture et tête de liste UMP en Ile de France se flatte d’avoir obtenu des règles d’étiquetage propres à éviter toute confusion. Or on vient d’apprendre par Jean Quatremer, correspondant permanent de Libération à Bruxelles, que l’autorisation de coupage de vins blancs et rouges avait été sollicitée par la France pour répondre au souhait de certains viticulteurs de faire face à la concurrence de vins coupés de pays tiers. Une fois de plus, l’Europe est critiquée pour une mesure prise à la demande de la France sans que les autorités françaises ne fassent de grands efforts pour rétablir la vérité. De même qui ose dire que, sans les quotas de pêche critiqués devant les pêcheurs par le président de la République en personne, il n’y aurait plus de poissons dans les eaux européennes et donc plus de pêcheurs!

24 avril 2009

Enfin une étude sur l'activité des parlementaires européens

Paris, 24 avril. Le Monde daté du 23 avril fait écho à une étude réalisée par un ancien assistant parlementaire, non seulement sur l’assiduité aux séances plénières mais sur la participation aux travaux des commissions et la rédaction de rapports des membres du Parlement. Discutable, comme toute évaluation quantitative, cette étude n’est pas moins riche d’enseignements et mériterait une large diffusion. On y apprend que, parmi les députés français, Marine Le Pen et Philippe de Villiers sont les champions de l’absentéisme et de l’inactivité. Les meilleures notes reviennent à Joseph Daul, UMP et président du groupe PPE, à la socialiste Pervenche Bérès qui rachète ainsi son attitude lors du référendum sur le traité constitutionnel, à la verte Hélène Flautre et au socialiste Kader Arif. Par contre, les socialistes Vincent Peillon et Stéphane Le Foll sont mal classés. Vincent Peillon tente de se justifier en évoquant la charge que représente sa participation à la direction du PS et à l’élaboration de son programme européen. Il ne semble pas que la participation aux travaux du Parlement et la compétence européenne aient été en tête des critères de choix des candidats à l’élection de juin.

20 avril 2009

L'Europe une fois de plus désunie

Paris, 20 avril. Combien de temps faudra-t-il encore attendre pour que les gouvernements européens, en retard sur les peuples, comprennent que, pour se faire entendre, ils doivent tenir un discours cohérent et s’exprimer d’une seule voix ? La conférence des Nations Unies sur les droits de l’homme était une occasion remarquable de faire entendre la voix d’une Europe unie autour de ses valeurs. L’absence des uns, la participation hésitante des autres, l’attitude défensive face aux provocations attendues du président iranien, le silence des présidents des principales institutions de l’Union, quelle triste image donnée à ces citoyens qui hésitent à se rendre aux urnes de juin ! Réjouissons-nous cependant qu’un peu de fermeté ait permis d’éviter les scandales du premier Durban.

10 avril 2009

La démocratie européenne fragilisée par l'abstentionnisme

Paris, 10 avril. Il est difficile de prévoir si la crise conduira les électeurs aux urnes le 7 juin. Paradoxalement, l’accroissement des pouvoirs du Parlement européen, la qualité généralement reconnue de ses débats plus apaisés et moins simplistes que ceux des Parlements nationaux, sa contribution à la législation européenne dans des domaines qui touchent directement les citoyens n’ont pas conduit à une meilleure participation. Le taux d’abstention croissant à chaque élection fragilise la démocratie européenne et réduit les chances de donner à l’UE la dimension politique qui lui manque. On attend la campagne d’information qui ne se bornerait pas à appeler à aller voter mais qui rappellerait le rôle joué par le Parlement dans la lutte contre le dumping social à propos de la libération des services ou dans la protection de la santé contre les risques chimiques et, plus généralement dans la défense des droits fondamentaux en Europe et dans le monde.

05 avril 2009

L'Europe et le G20

Paris, 5 avril. On ne peut que se féliciter du succès du G20. L’intégration de la Chine et des autres grands pays émergents dans la gouvernance mondiale est un pas encore modeste mais significatif vers une réponse collective aux défis planétaires, de même que le renforcement du rôle et des moyens du FMI. Est-ce l’amorce de cette monnaie mondiale souhaitée par la Chine et qui serait la meilleure des réponses à la crise ? Le bilan pour l’Europe est moins clair. La surreprésentation de l’Europe (six Etats, le président de la Commission mais pas celui de la zone euro) est le triste signe de sa division et de ses faiblesses. La dérive en direction d’un système intergouvernemental dominé par les grands Etats n’annonce rien de bon. L’entente franco-allemande un moment rétablie ne résisterait pas à la nécessité de cette relance de bien plus grande ampleur que réclament, sans doute à juste titre les Etats-Unis. C’est l’absence de prise en charge par l’Union des victimes de la crise qui me parait d’autant plus consternante que nul ne s’en émeut alors que les élections approchent. Qu’attend-on pour faire du fonds d’adaptation à la mondialisation un fonds de reconversion des travailleurs ayant perdu leur emploi et pour multiplier par quatre ou cinq sa dotation ? S’il fallait sauver les banques, ne faut-il pas sauver les hommes…et les femmes !

29 mars 2009

L'Europe insuffisamment unie à la veille du G 20

Platier, 29 mars. Dominique Strauss-Kahn a regretté, dans son intervention télévisée de jeudi, l’incapacité des Européens à mettre en œuvre un plan commun de sauvetage des banques. Il aurait aussi bien pu regretter l’éclatement de la représentation de l’UE et même de la zone euro au FMI. Or il est essentiel que les Européens s’accordent sur la réforme du système monétaire international et pas seulement sur de nouveaux plans de relance ou des mesures de régulation financière. Certes la tâche est difficile car il faudrait combiner une création immédiate de liquidités à court terme et un plan de sortie de crise destiné à faire face à la menace inflationniste que risque de créer l’hyper-endettement de la plupart des grands Etats. Curieusement ce sujet majeur demeure l’Arlésienne des débats préparatoires au 2 avril.
Je signale l’intérêt exceptionnel de la page Débats Horizons du Monde (page 17) daté du samedi 28 mars. On y trouve deux appels au sursaut de l’Europe, l’un du philosophe allemand Beck, l’autre signé des enfants d’Erasmus et un article collectif sur les « paradis fiscaux » signé entre autres par Lebègue, Rosanvallon et Viveret.

25 mars 2009

Le scandale des listes bloquées

Paris, 25 mars. La désignation des candidats des deux principaux partis de gouvernement aux élections européennes semble obéir dans notre pays à des critères étrangers à la compétence, à l’expérience, à la capacité d’influence au sein du Parlement. Les plus actifs des parlementaires sortants sont ainsi écartés des listes ou des positions éligibles. Ce scandale conduit à en dénoncer un autre : la règle peu démocratique des listes bloquées qui prive les électrices et électeurs de la possibilité de modifier l’ordre des listes, de rayer des noms, voire d’en ajouter et, tout au moins, d’indiquer des préférences, droits reconnus sous des formes variables dans la plupart des pays de l’Union. Cette règle donne en fait aux partis un droit quasi exclusif de désignation des futurs élus et contribue, avec la pauvreté des relais médiatiques, à une abstention massive. Qui prendra l’initiative d’une pétition citoyenne contre les listes bloquées ?

24 mars 2009

Un appel qui vient à son heure

Paris, 24 mars. Sept personnalités européennes, Carlo Azeglio Ciampi, Jacques Delors, Mario Soares, Jerzy Buzek, Peter Sutherland, Jean-Luc Dehaene et Guy Verhofstadt, ont lancé, jeudi 19 mars, un appel à la mobilisation des citoyens en vue des prochaines élections européennes. Rédigé par l'ancien ministre italien Tommaso Padoa Schioppa avec l'aide de cinq Think Tanks (Istituto Affari Internazionali (Roma), Centro Studi sul Federalismo (Turin), Institut für Europäische Politik (Berlin), Notre Europe (Paris), Federal Trust (Londres), demande aux forces politiques nationales et européennes de: - mobiliser l'opinion publique dans un véritable débat sur l'avenir de l'UE ; - sélectionner des candidats qualifiés et engager à construire une UE plus forte ; - élaborer des programmes d'esprit européen ; - refuser le déclassement des élections sous la forme d'une compétition nationale ; - utiliser pleinement les pouvoirs du Parlement européen ; - présenter aux élections un candidat du parti ou de la coalition pour le poste de président de la Commission de façon à permettre aux électeurs de se prononcer directement sur ce choix ; - réformer le budget de l'UE pour en faire un instrument plus efficace au service du développement des politiques communes.

19 mars 2009

Une bombe à retardement

Paris,19 mars. Face à une crise qui s’aggrave sans cesse, le seul remède envisagé jusqu’alors est celui de l’endettement. Ce phénomène prend des proportions gigantesques aux Etats-Unis, dont le penchant pour un endettement sans contrôle a conduit la plupart des institutions financières à la faillite. Aussi bien l’administration Obama exerce-t-elle des pressions considérables sur les Européens en vue d’une plus grande contribution de leur part au redémarrage d’une économie mondiale en état d’asphyxie. Disposant d’une monnaie encore jeune et privée de l’appui d’un budget fédéral, les Européens ne peuvent avoir la même indifférence que les Américains aux conséquences d’un endettement excessif. Même s’ils ne le reconnaîtraient pas volontiers, les Américains, sans la souhaiter, n’écartent pas l’hypothèse d’une solution à leur endettement par une inflation qu’ils espèrent, sans doute imprudemment, pouvoir garder sous contrôle. Les Chinois dont les avoirs en dollars viennent de dépasser ceux du Japon manifestent leur inquiétude.
Pour l’Europe en revanche, le recours à l’inflation ne saurait être une solution. On sait l’allergie à l’inflation que conserve l’Allemagne de son expérience historique. Face à une menace inflationniste, les tensions au sein de la zone euro deviendraient vite insupportables et destructrices. Elles représenteraient un péril redoutable pour la monnaie unique. Céder aux pressions de Washington en vue d’une augmentation massive des plans de relance européens constituerait une véritable bombe à retardement. S’ajoutant au fait que la situation de l’Europe, notamment continentale, est un peu moins préoccupante que celle des Etats-Unis (situation moins catastrophique de la plupart institutions financières, filets sociaux de sécurité), la conscience de ce danger explique l’appel à la résistance que Français et Allemands viennent de lancer.
Faut-il pour autant se résigner à la prolongation d’une crise qu’un processus cumulatif mondial ne cesse d’aggraver ? Faut-il laisser sans réponse l’appel de Washington à une relance plus forte ? N’est-il pas temps d’envisager des remèdes sans précédent à une crise sans précédent ? N’existe-t-il pas d’autres instruments que le recours à toujours plus d’endettement ? Pourquoi ne pas donner au FMI le mandat de soutenir une demande mondiale qui s’étouffe par l’octroi exceptionnel et strictement encadré d’un montant de droits de tirage spéciaux à répartir entre tous les Etats de la planète, suivant des critères intégrant à la fois la satisfaction des besoins humains fondamentaux, l’encouragement à la bonne gestion et l’adaptation de l’appareil productif aux exigences du développement durable ? Les objections à cette proposition d’une « planche à billets » mondiale sont certes considérables : risque de dérapage démagogique, difficultés de répartition, atteinte à la souveraineté des Etats. Ils sont à mettre en regard des avantages à attendre d’une mesure qui combinerait la sortie de crise par stimulation de la demande et une réponse plus rapide à une menace de changement climatique dont chaque jour confirme l’urgence et le sérieux.
Outre son principal avantage, la réduction du recours à l’endettement, la mise en œuvre d’un plan de relance conçu à l’échelle mondiale devrait faciliter la mise en cohérence des plans nationaux. L’exemple de l’industrie automobile est particulièrement éclairant. Au lieu de maintenir des productions ne correspondant plus à la demande en sauvant de la faillite des entreprises qui n’ont pas su prévoir une évolution inéluctable, les aides seraient réservées à la conception de voitures propres.

13 mars 2009

Réédition d'Aimer l'Europe. Une colère d'Alfred Grosser

Paris, 13 mars. Mon livre publié en février 2007 étant épuisé, l’approche des élections européennes ont conduit l’éditeur Lignes de Repères à prendre le risque, avec l’appui d’ARRI, d’une réédition. Cette nouvelle édition contient diverses mises à jour et un dernier chapitre entièrement nouveau portant sur « l’Europe dans les crises ». J’espère que cette réédition sera utile à ceux qui, candidats ou simples électeurs, voudront mettre à profit la campagne des élections européennes pour rappeler tout ce que nous devons à l’Europe et, plus encore, ce qu’elle pourrait nous apporter si les Etats lui donnaient les moyens de répondre aux attentes.
Hier matin, Alfred Grosser a dénoncé, lors d’un petit-déjeuner sur les relations franco-allemandes, organisé par le Mouvement européen, la fermeture des centres culturels français dans les pays de l’UE, notamment en Allemagne, et la fin des émissions de RFI à destination de ces pays. Observateur attentif des sociétés allemande et française, l’éminent professeur s’attend à une révolte sociale dans les deux pays, face au chômage mais aussi au cynisme révélé par la crise financière.

08 mars 2009

L'UE bouclier contre la xénophobie selon The Economist

Paris, 8 mars. Le célèbre hebdomadaire anglais qui, naguère, destinait la constitution européenne à la corbeille, dénonce dans son dernier numéro les tentations populistes et xénophobes que la crise suscite dans de nombreux pays de l’UE et pas seulement à l’Est. Il se réjouit du rôle de bouclier contre ces éventuelles dérives qui résulte de l’appartenance à l’Union. Il est rare de trouver dans la presse britannique, même de qualité, un éloge de l’UE portant sur autre chose que le marché unique. Saluons donc cette prise de position judicieuse mais inhabituelle.

04 mars 2009

A crise mondiale remèdes mondiaux

Paris, 4 mars. Le dernier sommet européen de dimanche n’a marqué aucun progrès en direction d’un plan cohérent de sortie de crise. La bénédiction donnée à des plans nationaux mal coordonnés et qui parfois se contrarient est affligeante. Face à une demande qui s’est effondrée, à quoi sert-il de soutenir la production d’automobiles invendables ? La logique voudrait que les aides publiques soient strictement réservées à la mise au point de voitures propres et à l’aide aux travailleurs privés d’emploi. Un signe d’espoir cependant : dans un article paru dans le supplément économie du Monde daté du 3 mars, le célèbre éditorialiste du Financial Times, Martin Wolf fait appel au FMI, considère que ses ressources « doivent atteindre un tout autre ordre de grandeur » et se déclare favorable à l’émission de droits de tirage spéciaux. Quand les gouvernements admettront-ils que, hormis le sauvetage nécessaire des banques, leurs interventions individuelles par la course à l’endettement et au déficit budgétaire ne font que ruiner un peu plus la confiance et ne sont pas à la mesure d’une crise mondiale qui appelle des remèdes mondiaux ?

25 février 2009

Un changement de paradigme. Suite

Paris, 25 février. A quoi sert-il d’aider à maintenir des productions pour lesquelles la demande s’est effondrée ? A moins que l’on ne compte sur la stimulation de la demande chez les autres. La nécessité d’un équilibre entre offre et demande à l’échelle européenne est aussi évidente que jusqu’à présent méconnue. L’industrie automobile a besoin d’aide pour concevoir des voitures propres mais cela demandera des années et ne peut donc contribuer à une relance immédiate. L’aide devrait être communautaire pour éviter toute distorsion de concurrence.
La réunion de Berlin préparatoire au G 20 de Londres a été positive, notamment en ce qui concerne la mise en cause des paradis fiscaux. Mais le problème essentiel qui consiste à rétablir au niveau mondial une demande solvable sans quoi l’économie va continuer à s’effondrer sur tous les continents demeure sans solution. Le seul plan de relance qui pourrait nous éviter la catastrophe sociale qui s’annonce ne peut qu’être mondial et stimuler la demande des consommateurs aussi bien que celle des Etats.

20 février 2009

L'avenir de l'OTAN

Platier, 20 février. La retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN sera pleinement justifiée s’il permet de nouveaux progrès en direction d’une défense européenne que devrait faciliter le traité de Lisbonne et s’il se traduit par la constitution d’un pilier européen de l’Alliance. C‘est aussi l’occasion de s’interroger sur l’avenir d’une alliance limitée à un espace géographique et destinée à faire face à une menace qui a changé de nature. Le danger extérieur vient aujourd’hui de l’existence de mouvements fanatiques utilisant le terrorisme et parvenant à se rendre maîtres de structures étatiques qui s’apparentent davantage à des bandes de malfaiteurs qu’à des Etats au sens traditionnel de ce mot. Ce danger est redoutable par la force du sentiment compréhensible de revanche des cruautés et des humiliations de l’époque coloniale et par l’existence d’armes de destruction massive pouvant un jour tomber entre les mains de fanatiques ayant recours au suicide collectif après avoir longtemps utilisé le suicide individuel comme arme de leur combat. N’est-il pas temps, dans ces conditions, de penser à la transformation de l’Alliance en une mutuelle mondiale des Etats de droit, ouverte en premier lieu aux désormais nombreuses et puissantes démocraties du tiers-monde, à commencer par l’Inde, elle-même victime du terrorisme ? La désoccidentalisation d’une Alliance vouée à la défense des valeurs démocratiques serait un acte ultime de décolonisation éminemment favorable à notre sécurité dans une perspective de long terme. Que faire de la Chine et de la Russie dans un tel schéma ? La réponse n’est pas évidente, sans doute plus ouverte envers la Chine qui, malgré son régime tyrannique, a fait des pas vers l’Etat de droit nécessaire à son développement, plus sévère envers la Russie qui parait s’en éloigner chaque jour et à qui une mise en garde collective ferait le plus grand bien. Voilà ce que les partis qui critiquent le retour dans l’OTAN avec autant de vigueur qu’ils avaient critiqué en son temps la décision du général de Gaulle devraient réfléchir s’ils avaient le sens des évolutions historiques à long terme.

12 février 2009

L'horizon s'assombrit

Paris, 12 février. Une menace nouvelle pèse sur le traité de Lisbonne. Un nouveau recours a été déposé contre sa ratification devant la Cour constitutionnelle allemande de Karlsruhe dont on devrait connaître la décision au printemps. Le président de la République fédérale ne déposera les instruments de ratification qu’après un arrêt de la Cour constatant la conformité du traité avec la loi fondamentale. Aux incertitudes polonaise, tchèque et irlandaise vient s’ajouter une incertitude allemande. N’oublions pas enfin le risque d’une élection anticipée en Grande-Bretagne qui pourrait amener au pouvoir un parti conservateur eurosceptique qui s’empresserait d’organiser un référendum sur Lisbonne en préconisant le non. En revanche, les sondages sont devenus très favorables en Irlande à telle enseigne que certains envisageraient de hâter le nouveau vote irlandais.s Or l’entrée en vigueur du nouveau traité est plus nécessaire que jamais pour améliorer les chances d’une stratégie commune face à une crise qui menace d’être encore plus grave qu’on ne l’imaginait et surtout de rétablir une confiance que menacent de détruire les politiques désastreuses du chacun pour soi.

07 février 2009

Sarkozy et le marché unique

Paris, 7 février. Dans son intervention télévisée de jeudi soir, le président de la République a semblé conditionner l’aide à l’industrie automobile à l’engagement de ne pas importer en France de voitures fabriquées hors de nos frontières. En mentionnant expressément la république tchèque, il s’est attiré une protestation des autorités de ce pays. En affirmant le droit de leur pays d’exporter des voitures en France, même fabriquées par des entreprises françaises, le gouvernement de Prague n’a fait que rappeler un principe fondamental du marché unique. Du strict point de vue des intérêts français, est-il opportun d’interdire aux constructeurs français de mettre à profit les coûts de production inférieurs des nouveaux Etats membres alors que leurs concurrents allemands ne s’en privent pas ? D’un point de vue plus général, n’est-il pas dans notre intérêt que ces Etats se développent et deviennent des partenaires solvables dont le niveau des salaires se rapprochera des nôtres ? Le protectionnisme qui menace d’aggraver la crise n’est plus celui des contingents et des droits de douane. Il prend la forme d’engagements demandés aux firmes bénéficiaires d’aide des gouvernements.

02 février 2009

Un changement de paradigme

Paris, 2 février. La persistance de la crise bancaire et l’avalanche de licenciements et de fermetures d’entreprises qui déferle sur tous les continents montre que, comme dans les années trente, nous changeons de paradigme. La lutte contre la rareté n’est plus de mise. La demande solvable correspond de moins en moins à des capacités de production inemployées qui, en disparaissant, provoquent un nouvel effondrement de la demande. Keynes est de retour. Les politiques de création monétaire nationales sous la forme d’une bulle d’emprunts publics, loin de rétablir la confiance, affectent la crédibilité des monnaies. La stabilité de l’euro tient plus à la faiblesse du dollar qu’à la santé des économies européennes, celle du dollar plus à la faiblesse de l’euro qu’à la santé de l’économie américaine. La solution rationnelle consisterait, comme Keynes le proposait en 1945, lors de la création du FMI, à créer une monnaie mondiale gérée en fonction de l’intérêt général d’une économie depuis longtemps mondialisée. Mais les grands Etats ne sont pas plus prêts à renoncer à leur souveraineté monétaire qu’ils ne l’étaient en 1945. Aucun d’entre eux n’ose afficher le recours à la création monétaire pure et simple, la bonne vieille planche à billets, alors que leurs pratiques s’en rapprochent de plus en plus. Nul ne semble se souvenir que le FMI a la faculté de créer de la monnaie en émettant des droits de tirage. A défaut d’une monnaie mondiale encore utopique, ne pourrait-on imaginer un plan mondial de relance alimenté, non par une bulle de crédits, mais par une émission monétaire temporaire et encadrée, ne profitant pas qu’aux pays riches ? Bien sûr la répartition entre les Etats et les conditions exigibles seraient un casse-tête diplomatique, mais l’aggravation et le prolongement de la crise, désormais prévisible à défaut d’un plan mondial, ne constitue-t-elle pas un bien plus grave casse-tête ?

24 janvier 2009

Une première leçon de la crise

Paris, 24 janvier. La crise montre la fragilité d’une union monétaire qui n’a pas été accompagnée d’une union économique et budgétaire. Désormais les taux d’intérêts exigés des pays membres de la zone euro qui étaient très proches ont tendance à s’écarter. Les pays aux finances les plus dégradées risquent d’être placés devant un choix impossible: quitter la zone euro pour pouvoir dévaluer mais avec le prix insupportable d’une politique d’austérité prolongée. La raison voudrait que la Banque centrale garantisse la solvabilité des Etats membres et que ceux-ci se soumettent à une stricte discipline budgétaire. Le relâchement des disciplines imposé par la crise est dangereux. A plus long terme, seul un budget commun substantiel alimenté par une fiscalité commune est de nature à assurer la pérennité de l’union monétaire.

19 janvier 2009

Une déclaration de Bruno Lemaire à propos de l'Allemagne

Paris 19 janvier. Mon silence prolongé s’explique par le temps consacré à la mise à jour de mon livre « Aimer l’Europe » dont la réédition devrait paraître fin février avant l’ouverture de la campagne des élections européennes de juin.
Lors de mon exposé du 15 janvier devant l’Observatoire de l’Europe d’ARRI, j’ai signalé une déclaration intéressante du nouveau secrétaire d’Etat aux Affaires européennes Bruno Lemaire, bon connaisseur de l’Allemagne, à propos du "travail de mémoire exceptionnel réussi par les Allemands", qui « mérite d’être salué parce qu’aucun peuple en Europe n’a été capable de le poursuivre avec autant de ténacité et de courage » Bruno Lemaire ajoute : « Les Allemands estiment que nous ne reconnaissons pas toujours à sa juste valeur cet effort et que nous portons davantage notre attention sur ce qui ne va pas. » Cette déclaration est extraite de l’audition du nouveau secrétaire d’Etat devant la commission des Affaires européennes du Sénat le 18 décembre 2008.

06 janvier 2009

Meilleurs voeux à la présidence tchèque

Paris, 6 janvier. Malgré tous ses inconvénients, la présidence tournante a un avantage, celui d’obliger chacun des Etats membres, quelle que soit sa taille, à s’impliquer à fond dans la vie et dans les politiques de l’Union. L’effet pédagogique sur les cadres politiques et administratifs mais aussi sur la population dans son ensemble n’est pas négligeable. N’espérons pas que le président Vaclav Klaus qui en aurait tant besoin y soit sensible. En comparant l’UE à l’URSS il se ridiculise, en se déclarant dissident, il insulte les vrais dissidents qui voyaient dans l’Europe un espoir de liberté. Par chance, c’est en République tchèque le premier ministre et non le président qui détient le pouvoir et qui présidera le Conseil européen. Nicolas Sarkozy n’a pas eu l’élégance de lui adresser les vœux de succès qu’on attend d’un prédécesseur pour son successeur. Sa tâche sera rude. A la crise économique s’ajoute la guerre de Gaza et ses horreurs. Régler le conflit du Proche-Orient est, pour l’Europe, un intérêt vital. Notre unité peut contribuer à convaincre le nouveau président américain de prendre des risques. Seuls les Etats-Unis peuvent imposer une paix équitable mais nous pouvons les encourager et les aider.