Platier 20 juin 07 Les dirigeants de notre Europe seront-ils éclairés en ces jours les plus longs de l'année ? L'opinion française, distraite par les péripéties post-électorales, ne mesure pas l'ampleur de l'enjeu du Conseil européen qui s'ouvrira demain à Bruxelles. Si Angela échouait, on ne voit pas qui, avant longtemps, pourrait réparer les dégâts. Cette fois l'échec, si échec il devait y avoir, ne serait pas imputable à la France, apparamment prête à réparer les dégâts du referendum. Mais que d'occasions perdues et depuis longtemps par notre pays ! C'est le thème qu'a retenu Thomas Ferenczi dans son commentaire de mon livre Aimer l'Europe paru dans le Monde daté de ce jour sous la rubrique le livre du jour.
Etant sans liaison internet jusqu'à la fin du mois, je commenterai avec quelque retard les résultats du Conseil européen. Puissent-ils démentir un pronostic plutôt pessimiste.
20 juin 2007
14 juin 2007
Les enjeux du Conseil européen des 21 et 22 juin
Platier 14 juin 07
Relance ou approfondissement de la crise européenne ? Pas plus que la campagne présidentielle, celle des législatives n’aura éclairé nos compatriotes sur les enjeux du Conseil européen des 21 et 22 juin. L’intention de la présidence allemande est, au prix de concessions formelles, de régler l’ensemble des questions pendantes en préservant l’essentiel des réformes contenues dans le traité constitutionnel. L’abandon du terme « constitution » semble acquis ainsi que tout ce qui, selon certains pourraient donner à l’Union la stature d’un Etat. Cet argument aurait pour effet d’éliminer du futur traité toute référence symbolique, qu’il s’agisse du drapeau aux douze étoiles, de l’hymne à la joie ou de la devise « unis dans la diversité ». Daniel Cohn-Bendit, avec la gouaille qu’on lui connaît, a dénoncé le caractère ridicule et dérisoire de ces exigences, heureusement démenties par l’apparition de l’étendard européen dans la photo officielle du nouveau président de la République.
Contrairement à beaucoup de commentaires inspirés, les désaccords demeurent nombreux et pas seulement du côté de la Pologne : domaine du vote majoritaire, répartition des voix au sein du Conseil des ministres, statut de la charte des droits fondamentaux, personnalité juridique de l’Union, primauté du droit communautaire, titre et statut du ministre des Affaires étrangères, composition de la Commission, droits des parlements nationaux, détermination de critères pour les futures adhésions.
Les Britanniques refusent l’extension du vote majoritaire aux affaires de justice et de police, vivement contestée par les Tories et la presse populaire, Cette extension est la condition d’une lutte efficace contre la criminalité internationale qui répond à une attente des citoyens.
Les Polonais refusent la règle de la double majorité des voix (55% des Etats, 65% de la population pour les décisions du Conseil prises à la majorité qualifiée). A défaut du système de Nice qui leur donnait, comme aux Espagnols, un nombre de voix proche de celui des pays les plus peuplés, ils proposent une formule intermédiaire (la racine carrée des populations) qui n’est pas absurde mais qui présenterait l’inconvénient de remettre en cause l’équilibre d’ensemble.
Les Britanniques redoutent que l’octroi d’une valeur juridique contraignante à la Charte des droits fondamentaux ne conduise à une remise en cause des limitations imposées par Margaret Thatcher aux prérogatives des syndicats auxquelles Tony Blair s’est bien gardé de toucher. Ils invoquent aussi, avec quelques autres, le caractère symbolique de la Charte qui évoquerait un Etat, oubliant que l’ONU et le Conseil de l’Europe ont leurs propres Déclarations des droits humains fondamentaux. L’hypothèse d’une dérogation accordée au seul Royaume-Uni est envisagée. Elle n’aurait guère de portée pratique mais le symbole serait cruel pour Londres.
Le refus de la personnalité juridique de l’Union appellerait, s’il devait subsister, la création d’une Europe à deux niveaux, celui d’une union politique et celui d’une zone d’échanges. De même celui de la primauté du droit communautaire ébranlerait ce qu’il y a de plus solide dans l’acquis communautaire. Un tel recul est impensable. Renoncer à une affirmation explicite de ce principe dans le traité laisserait intacte la jurisprudence de la Cour de Justice.
Les considérations de forme et de fonds se mêlent concernant le titre et les attributions du ministre des Affaires étrangères qui, selon le traité constitutionnel, devait être rattaché à la fois au Conseil et à la Commission dont il devait devenir l’un des vice-présidents. Certains Etats vont jusqu’à contester la notion même de politique étrangère de l’Union. Cette position, si elle devait être maintenue, devrait les exclure d’une éventuelle union politique. Une fois de plus, le compromis pourrait consister à sacrifier la forme pour sauver le fond, renoncer au titre de ministre en conservant sa fonction, son double rattachement et la mise à sa disposition d’un service diplomatique.
A toutes ces difficultés s’en ajoutent deux autres soulevées par les Pays-Bas, jadis fédéralistes et convertis à un certain souverainisme depuis leur referendum. Ils exigent des critères explicites pour l’adhésion de nouveaux membres, ce qui ne devrait pas soulever de difficultés considérables, sinon de la part de leurs amis britanniques hostiles à tout ce qui pourrait entraver ou ralentir l’élargissement de l’Union. Plus discutable est leur demande d’un droit de veto des parlements nationaux sur les initiatives de la Commission.
Le Parlement européen a adopté début juin, à une très forte majorité, une résolution de sa commission constitutionnelle en faveur du maintien des avancées contenues dans le traité constitutionnel tout en acceptant des assouplissements de forme. Un avis négatif sur un traité simplifié qui s’éloignerait trop de cette exigence rendrait sa ratification problématique dans plusieurs pays, à commencer par l’Italie de Romano Prodi. L’ancien président de la Commission a récemment multiplié les mises en garde menaçant les minimalistes de cette Europe à deux niveaux qu’ils rejettent tout en la rendant inévitable.
En outre, la résolution du Parlement « reconnaît la nécessité de tenir compte de questions essentielles qui ont été soulevées pendant la période de réflexion et de clarifier d’autres questions déjà abordées dans le traité constitutionnel ». Sont notamment mentionnés à ce titre la lutte contre le changement climatique, la solidarité dans le domaine de l’énergie qui intéresse tout spécialement la Pologne, la politique de migration, la coordination des politiques dans la zone euro. Le Parlement semble souhaiter que des dispositions nouvelles soient introduites sur ces différents points. C’est la thèse dite du « traité plus » qui donnerait une impulsion aux politiques communes et compenserait en quelque sorte les reculs symboliques.
La menace d’une cassure de l’Union entre ceux qui veulent aller de l’avant et les autres est sans doute la meilleure arme dont dispose Angela Merkel pour convaincre les récalcitrants. On voit mal Tony Blair terminer sa carrière de Premier Ministre par un nouvel isolement du Royaume-Uni et les frères Kaczynski ignorer le sentiment désormais très europhile du peuple polonais. Reste la France dont le nouveau président aura contribué avec détermination à la recherche d’un accord mais au prix de l’abandon de toute perspective constituante à plus long terme. Il faut saluer l’appel lancé par le collectif « Sauvons l’Europe » en faveur d’une sauvegarde des avancées du traité constitutionnel. En définitive, le vote du 29 mai 2005 aura fait reculer les chances d’un rééquilibrage de la construction européenne vers plus de volontarisme politique et social.
Relance ou approfondissement de la crise européenne ? Pas plus que la campagne présidentielle, celle des législatives n’aura éclairé nos compatriotes sur les enjeux du Conseil européen des 21 et 22 juin. L’intention de la présidence allemande est, au prix de concessions formelles, de régler l’ensemble des questions pendantes en préservant l’essentiel des réformes contenues dans le traité constitutionnel. L’abandon du terme « constitution » semble acquis ainsi que tout ce qui, selon certains pourraient donner à l’Union la stature d’un Etat. Cet argument aurait pour effet d’éliminer du futur traité toute référence symbolique, qu’il s’agisse du drapeau aux douze étoiles, de l’hymne à la joie ou de la devise « unis dans la diversité ». Daniel Cohn-Bendit, avec la gouaille qu’on lui connaît, a dénoncé le caractère ridicule et dérisoire de ces exigences, heureusement démenties par l’apparition de l’étendard européen dans la photo officielle du nouveau président de la République.
Contrairement à beaucoup de commentaires inspirés, les désaccords demeurent nombreux et pas seulement du côté de la Pologne : domaine du vote majoritaire, répartition des voix au sein du Conseil des ministres, statut de la charte des droits fondamentaux, personnalité juridique de l’Union, primauté du droit communautaire, titre et statut du ministre des Affaires étrangères, composition de la Commission, droits des parlements nationaux, détermination de critères pour les futures adhésions.
Les Britanniques refusent l’extension du vote majoritaire aux affaires de justice et de police, vivement contestée par les Tories et la presse populaire, Cette extension est la condition d’une lutte efficace contre la criminalité internationale qui répond à une attente des citoyens.
Les Polonais refusent la règle de la double majorité des voix (55% des Etats, 65% de la population pour les décisions du Conseil prises à la majorité qualifiée). A défaut du système de Nice qui leur donnait, comme aux Espagnols, un nombre de voix proche de celui des pays les plus peuplés, ils proposent une formule intermédiaire (la racine carrée des populations) qui n’est pas absurde mais qui présenterait l’inconvénient de remettre en cause l’équilibre d’ensemble.
Les Britanniques redoutent que l’octroi d’une valeur juridique contraignante à la Charte des droits fondamentaux ne conduise à une remise en cause des limitations imposées par Margaret Thatcher aux prérogatives des syndicats auxquelles Tony Blair s’est bien gardé de toucher. Ils invoquent aussi, avec quelques autres, le caractère symbolique de la Charte qui évoquerait un Etat, oubliant que l’ONU et le Conseil de l’Europe ont leurs propres Déclarations des droits humains fondamentaux. L’hypothèse d’une dérogation accordée au seul Royaume-Uni est envisagée. Elle n’aurait guère de portée pratique mais le symbole serait cruel pour Londres.
Le refus de la personnalité juridique de l’Union appellerait, s’il devait subsister, la création d’une Europe à deux niveaux, celui d’une union politique et celui d’une zone d’échanges. De même celui de la primauté du droit communautaire ébranlerait ce qu’il y a de plus solide dans l’acquis communautaire. Un tel recul est impensable. Renoncer à une affirmation explicite de ce principe dans le traité laisserait intacte la jurisprudence de la Cour de Justice.
Les considérations de forme et de fonds se mêlent concernant le titre et les attributions du ministre des Affaires étrangères qui, selon le traité constitutionnel, devait être rattaché à la fois au Conseil et à la Commission dont il devait devenir l’un des vice-présidents. Certains Etats vont jusqu’à contester la notion même de politique étrangère de l’Union. Cette position, si elle devait être maintenue, devrait les exclure d’une éventuelle union politique. Une fois de plus, le compromis pourrait consister à sacrifier la forme pour sauver le fond, renoncer au titre de ministre en conservant sa fonction, son double rattachement et la mise à sa disposition d’un service diplomatique.
A toutes ces difficultés s’en ajoutent deux autres soulevées par les Pays-Bas, jadis fédéralistes et convertis à un certain souverainisme depuis leur referendum. Ils exigent des critères explicites pour l’adhésion de nouveaux membres, ce qui ne devrait pas soulever de difficultés considérables, sinon de la part de leurs amis britanniques hostiles à tout ce qui pourrait entraver ou ralentir l’élargissement de l’Union. Plus discutable est leur demande d’un droit de veto des parlements nationaux sur les initiatives de la Commission.
Le Parlement européen a adopté début juin, à une très forte majorité, une résolution de sa commission constitutionnelle en faveur du maintien des avancées contenues dans le traité constitutionnel tout en acceptant des assouplissements de forme. Un avis négatif sur un traité simplifié qui s’éloignerait trop de cette exigence rendrait sa ratification problématique dans plusieurs pays, à commencer par l’Italie de Romano Prodi. L’ancien président de la Commission a récemment multiplié les mises en garde menaçant les minimalistes de cette Europe à deux niveaux qu’ils rejettent tout en la rendant inévitable.
En outre, la résolution du Parlement « reconnaît la nécessité de tenir compte de questions essentielles qui ont été soulevées pendant la période de réflexion et de clarifier d’autres questions déjà abordées dans le traité constitutionnel ». Sont notamment mentionnés à ce titre la lutte contre le changement climatique, la solidarité dans le domaine de l’énergie qui intéresse tout spécialement la Pologne, la politique de migration, la coordination des politiques dans la zone euro. Le Parlement semble souhaiter que des dispositions nouvelles soient introduites sur ces différents points. C’est la thèse dite du « traité plus » qui donnerait une impulsion aux politiques communes et compenserait en quelque sorte les reculs symboliques.
La menace d’une cassure de l’Union entre ceux qui veulent aller de l’avant et les autres est sans doute la meilleure arme dont dispose Angela Merkel pour convaincre les récalcitrants. On voit mal Tony Blair terminer sa carrière de Premier Ministre par un nouvel isolement du Royaume-Uni et les frères Kaczynski ignorer le sentiment désormais très europhile du peuple polonais. Reste la France dont le nouveau président aura contribué avec détermination à la recherche d’un accord mais au prix de l’abandon de toute perspective constituante à plus long terme. Il faut saluer l’appel lancé par le collectif « Sauvons l’Europe » en faveur d’une sauvegarde des avancées du traité constitutionnel. En définitive, le vote du 29 mai 2005 aura fait reculer les chances d’un rééquilibrage de la construction européenne vers plus de volontarisme politique et social.
03 juin 2007
Promouvoir les identités multiples
Paris 3 juin La campagne électorale a fait surgir le thème de l’identité nationale et même, de la part de Ségolène Royal, celui du drapeau. Ce discours répond à une aspiration de l’opinion à un retour aux valeurs traditionnelles du patriotisme. Il pourrait être accueilli sans réserves s’il s’inscrivait dans un effort de promotion des identités multiples. Une des causes de la panne européenne est l’absence de tout effort pour familiariser l’opinion avec cette notion qui devrait être à la base d’une éducation civique adaptée à notre temps. Il faut apprendre aux jeunes qu’ils appartiennent à plusieurs cercles de solidarité, que l’on peut être attaché à sa petite communauté et un bon citoyen de son pays, que l’on peut aimer la France et se sentir européen, que l’on peut être un bon citoyen de l’Europe et du monde.
Une grande politique de l’identité devrait être un élément essentiel de la relance européenne, un élément permettant de distinguer les partisans de l’Europe politique de ceux qui souhaitent réduire l’Union à un espace d’échanges (voir le chapitre 3 de mon livre Aimer l’Europe). Cette politique devrait comporter au moins quatre actions : le maintien et la promotion des symboles d’appartenance qu’ils soient ou non mentionnés dans le nouveau traité, la généralisation d’un enseignement civique fondé sur l’apprentissage des identités multiples, l’utilisation à cette fin de la télévision, enfin le développement de toutes les formes d’échanges de jeunes, notamment l’extension, par des incitations fortes, du service volontaire européen. Ce programme pourrait faire l’objet d’une proposition du Mouvement européen France à ses homologues des autres pays et au Mouvement européen international. Ce pourrait être l’un des thèmes majeurs de prochains Etats généraux de l’Europe, faisant suite à ceux qui se sont tenus à Lille avec un grand succès le 17 mars dernier.
Une grande politique de l’identité devrait être un élément essentiel de la relance européenne, un élément permettant de distinguer les partisans de l’Europe politique de ceux qui souhaitent réduire l’Union à un espace d’échanges (voir le chapitre 3 de mon livre Aimer l’Europe). Cette politique devrait comporter au moins quatre actions : le maintien et la promotion des symboles d’appartenance qu’ils soient ou non mentionnés dans le nouveau traité, la généralisation d’un enseignement civique fondé sur l’apprentissage des identités multiples, l’utilisation à cette fin de la télévision, enfin le développement de toutes les formes d’échanges de jeunes, notamment l’extension, par des incitations fortes, du service volontaire européen. Ce programme pourrait faire l’objet d’une proposition du Mouvement européen France à ses homologues des autres pays et au Mouvement européen international. Ce pourrait être l’un des thèmes majeurs de prochains Etats généraux de l’Europe, faisant suite à ceux qui se sont tenus à Lille avec un grand succès le 17 mars dernier.
30 mai 2007
Une clarification nécessaire
Paris 30 mai Les intentions du nouveau Président français en matière européenne ne sont pas claires : mini-traité, traité simplifié, traité-plus ? L’abandon annoncé de la perspective constitutionnelle ( voir le Monde d’hier ) serait grave s’il signifiait celui de la Charte des droits fondamentaux et, de fait, un ralliement au minimalisme britannique. Romano Prodi a évoqué devant le Parlement la possibilité que tous les pays n’avancent pas tous à la même vitesse. Que dirions- nous si un groupe de pays adoptaient la Charte sans nous et pour leur propre compte ? Avec quels alliés pourrions-nous renforcer la gouvernance de l’eurogroupe comme le souhaite Nicolas Sarkozy ? Une clarification s’impose.
PS Je présente mon livre "Aimer l'Europe" demain à 18h30 à la Maison de l'Europe 35, rue des Francs-Bourgeois.
PS Je présente mon livre "Aimer l'Europe" demain à 18h30 à la Maison de l'Europe 35, rue des Francs-Bourgeois.
27 mai 2007
Traité simplifié ou traité plus ?
27 mai La formule du traité simplifié répond au souhait du Président Sarkozy d’éviter les aléas d’un nouveau référendum. Mais elle a l’inconvénient de paraître ranger la France dans le camp des eurosceptiques et d’ignorer la nécessité de sauver ce qu’il y avait de nouveau et d’utile dans la partie III ( politique énergétique, services d’intérêt général, espace, santé, justice, police, contrôle des frontières, affaires étrangères, défense). Il faudrait, pour tenir compte de la prise de conscience des dernier mois, ajouter la réponse au défi climatique. Un « traité plus » sans prétention constitutionnelle et sans répétition inutile de dispositions anciennes sur la concurrence et la liberté de circulation des biens, des services, des personnes et des capitaux devrait permettre de sortir de l’impasse. Encore faut-il éviter le piège d’une crise à propos de la Turquie.
18 mai 2007
Des signaux contradictoires
Paris 18 mai 07
En s'entourant de collaborateurs naguère eurosceptiques, tels le premier ministre ou le conseiller Guaino, et d'autres euroenthousiastes, tels MM. Kouchner et Jouyet, le président de la République lance à nos partenaires et à l'opinion des signaux contradictoires. Peut-être souhaite-t-il conserver une grande latitude d'action et d'arbitrage. Ceux qui, comme moi, sont, depuis toujours, convaincus que l'avenir de notre pays , sa faculté de continuer à exister sur la scène du monde et plus généralement la capacité des Européens d'influencer la globalisation forment des voeux pour que notre diplomatie abandonne cette schizophrénie qui lui fait souhaiter une Europe forte sans lui en consentir les moyens institutionnels et budgétaires. Puisse la nouvelle équipe et son chef comprendre que pour construire l'Europe, il faut être capable de la faire aimer, pour ce qu'elle est et aussi pour ce qu'elle pourrait être. C'est ce que le président sortant n'a pas réussi. C'est ce à quoi je tente modestement de contribuer en publiant un livre intitulé "Aimer l'Europe".
En s'entourant de collaborateurs naguère eurosceptiques, tels le premier ministre ou le conseiller Guaino, et d'autres euroenthousiastes, tels MM. Kouchner et Jouyet, le président de la République lance à nos partenaires et à l'opinion des signaux contradictoires. Peut-être souhaite-t-il conserver une grande latitude d'action et d'arbitrage. Ceux qui, comme moi, sont, depuis toujours, convaincus que l'avenir de notre pays , sa faculté de continuer à exister sur la scène du monde et plus généralement la capacité des Européens d'influencer la globalisation forment des voeux pour que notre diplomatie abandonne cette schizophrénie qui lui fait souhaiter une Europe forte sans lui en consentir les moyens institutionnels et budgétaires. Puisse la nouvelle équipe et son chef comprendre que pour construire l'Europe, il faut être capable de la faire aimer, pour ce qu'elle est et aussi pour ce qu'elle pourrait être. C'est ce que le président sortant n'a pas réussi. C'est ce à quoi je tente modestement de contribuer en publiant un livre intitulé "Aimer l'Europe".
16 mai 2007
Deux visions opposées de la politique étrangère
Paris, 16 mai
Avant la constitution du premier gouvernement nommé par le nouveau président de la République Nicolas Sarkozy, des rumeurs avaient attribué le poste de ministre des Affaires étrangères soit à Bernard Kouchner, soit à Hubert Védrine, deux personnalités porteuses de deux visions très opposées de la scène internationale et de la meilleure manière d’y agir : d’une part le devoir d’ingérence au nom d’une communauté internationale gardienne des droits humains et l’aspiration à la formation de groupes supranationaux, d’autre part la réalité des rapports de puissance,le plus grand scepticisme quant à l'existence d'une communauté internationale, la récusation de toute illusion humanitaire, d’une part l’aspiration à un dépassement des souverainetés étatiques, de l’autre la volonté de protéger, voire de restaurer les Etats, seuls gardiens légitimes de l’ordre international.
Le nouveau président de la République devra choisir entre ces deux visions.
Avant la constitution du premier gouvernement nommé par le nouveau président de la République Nicolas Sarkozy, des rumeurs avaient attribué le poste de ministre des Affaires étrangères soit à Bernard Kouchner, soit à Hubert Védrine, deux personnalités porteuses de deux visions très opposées de la scène internationale et de la meilleure manière d’y agir : d’une part le devoir d’ingérence au nom d’une communauté internationale gardienne des droits humains et l’aspiration à la formation de groupes supranationaux, d’autre part la réalité des rapports de puissance,le plus grand scepticisme quant à l'existence d'une communauté internationale, la récusation de toute illusion humanitaire, d’une part l’aspiration à un dépassement des souverainetés étatiques, de l’autre la volonté de protéger, voire de restaurer les Etats, seuls gardiens légitimes de l’ordre international.
Le nouveau président de la République devra choisir entre ces deux visions.
08 mai 2007
L'Europe absente de la campagne
Paris 8 mai 07
En cette veille de la fête de l'Europe, il faut se demander pourquoi l'Europe a occupé une aussi faible place dans la campagne présidentielle. Manque d'intérêt des Français ? Sans doute mais surtout désir des candidats, notamment des finalistes, de ne mécontenter ni ceux du oui, ni ceux du non.
La grande tromperie est d'avoir fait croire que l'Europe compterait pour peu de choses dans la solution de nos problèmes. Prenons trois exemples. 1. Comment relever le défi climatique sans l'Europe et sans qu'une Europe unie entraîne le monde ?
2. Comment répondre au défi du terrorisme sans une coopération beaucoup plus poussée des polices et des tribunaux ? 3. Comment moderniser nos Universités et valoriser notre recherche sans les ouvrir plus largement sur l'Europe et le monde ?
Notre nouveau Président s'est limité à des critiques envers la Banque centrale qui, en suscitant la méfiance, réduisent nos chances d'obtenir une meilleure coopération des politiques éonomiques. Il va devoir se découvrir sans nous avoir dit comment il comptait participer à la nécessaire relance.
En cette veille de la fête de l'Europe, il faut se demander pourquoi l'Europe a occupé une aussi faible place dans la campagne présidentielle. Manque d'intérêt des Français ? Sans doute mais surtout désir des candidats, notamment des finalistes, de ne mécontenter ni ceux du oui, ni ceux du non.
La grande tromperie est d'avoir fait croire que l'Europe compterait pour peu de choses dans la solution de nos problèmes. Prenons trois exemples. 1. Comment relever le défi climatique sans l'Europe et sans qu'une Europe unie entraîne le monde ?
2. Comment répondre au défi du terrorisme sans une coopération beaucoup plus poussée des polices et des tribunaux ? 3. Comment moderniser nos Universités et valoriser notre recherche sans les ouvrir plus largement sur l'Europe et le monde ?
Notre nouveau Président s'est limité à des critiques envers la Banque centrale qui, en suscitant la méfiance, réduisent nos chances d'obtenir une meilleure coopération des politiques éonomiques. Il va devoir se découvrir sans nous avoir dit comment il comptait participer à la nécessaire relance.
19 avril 2007
Les Chinois de Roumanie
Paris 19 avril 07
Voilà, donc la Roumanie important des ouvrières chinoises pour son industrie textile en pénurie de main d'oeuvre ! Réjouissons-nous qu'en dépit de ses difficultés politiques ce pays connaisse une expansion rapide conséquence immédiate de son adhésion. Mais demandons-nous si une politique commune d'immigration ne devrait pas conduire à faire appel de préférence à des travailleurs venant de pays européens proches, y compris la Moldavie très pauvre et autrefois roumaine. Demandons-nous également s'il ne conviendrait pas de commencer à relever les salaires des travailleurs roumains. Pourrions-nous accepter que les nouveaux adhérents ne traduisent pas en hausses de salaires l'expansion que leur procure leur intégration dans l'Union et l'aide qu'ils en reçoivent. Il faut trouver un équilibre entre la nécessité de préserver la compétitivité des industries des nouveaux membres et la pression de concurrence qu'ils font subir à nos propres industries. Cette pression est légitime. Elle cesserait de l'être si elle reposait sur une immigration chinoise sans limites. Un exemple de plus des non-dits de la campagne qui s'achève. Pas de solution à ce type de problèmes sans une relance de l'Europe !
Voilà, donc la Roumanie important des ouvrières chinoises pour son industrie textile en pénurie de main d'oeuvre ! Réjouissons-nous qu'en dépit de ses difficultés politiques ce pays connaisse une expansion rapide conséquence immédiate de son adhésion. Mais demandons-nous si une politique commune d'immigration ne devrait pas conduire à faire appel de préférence à des travailleurs venant de pays européens proches, y compris la Moldavie très pauvre et autrefois roumaine. Demandons-nous également s'il ne conviendrait pas de commencer à relever les salaires des travailleurs roumains. Pourrions-nous accepter que les nouveaux adhérents ne traduisent pas en hausses de salaires l'expansion que leur procure leur intégration dans l'Union et l'aide qu'ils en reçoivent. Il faut trouver un équilibre entre la nécessité de préserver la compétitivité des industries des nouveaux membres et la pression de concurrence qu'ils font subir à nos propres industries. Cette pression est légitime. Elle cesserait de l'être si elle reposait sur une immigration chinoise sans limites. Un exemple de plus des non-dits de la campagne qui s'achève. Pas de solution à ce type de problèmes sans une relance de l'Europe !
11 avril 2007
Les non dits de la campagne
Platier 11 avril 07
A peine installé le nouveau président devra affronter la réalité, celle d’une Europe que l’échec du traité constitutionnel conduit tout droit à ce grand espace d’échanges sans ambition politique que redoutent les Français sans avoir cessé de le favoriser. Un redressement est encore possible mais il suppose que le nouveau chef de l’Etat ait le courage de dire aux Français les vérités désagréables qui leur ont été dissimulées pendant la campagne.
En premier lieu que nos difficultés ne proviennent ni de l’euro fort, ni de la politique commerciale, ainsi qu’en témoigne la prospérité de nos voisins allemands mais aussi, espagnols, finlandais et irlandais tous membres de la zone euro.
Nos structures territoriales cancérisées par un invraisemblable et coûteux empilement de structures, notre fonction publique pléthorique au niveau des administrations centrales, des villes et des départements et de surcroît paralysée par ses statuts, notre appareil éducatif incapable d’apprendre à lire et à écrire à un cinquième d’une classe d’âge et laissant près de 200 000 jeunes sans formation et sans orientation, nos universités paupérisées et dépourvues d’une autonomie qui leur fait peur, nos services d’emploi et d’indemnisation du chômage absurdement séparés et incapables d’orienter les chômeurs vers les secteurs en pénurie de main d’œuvre, la concentration de l’activité sur la génération des 30 – 45 ans qui ne nous permet pas de tirer profit d’une exceptionnelle productivité de l’heure de travail, les contraintes bureaucratiques imposées à nos entreprises, la faiblesse et la faible représentativité de nos syndicats sont les vraies causes de nos difficultés. Ces causes ne nous étaient pas propres. Elles le sont devenues depuis que nos voisins ont accompli les réformes que nous avons différées.
Notre incapacité à nous réformer et nos performances médiocres contribuent autant et plus que notre vote du 29 mai 2005 à réduire notre crédibilité internationale. Nos prétendues aspirations à une Europe forte et protectrice ont été jusqu’à présent contredites par la combinaison de notre attachement au maintien des subsides agricoles même les plus contestables et de notre refus de tout élargissement significatif du budget commun. Nous sommes de ce fait en peine d’obtenir de nos partenaires les politiques volontaristes qui pourraient être conduites au niveau de l’Europe et accompagner utilement un effort de réforme intérieur.
A peine installé le nouveau président devra affronter la réalité, celle d’une Europe que l’échec du traité constitutionnel conduit tout droit à ce grand espace d’échanges sans ambition politique que redoutent les Français sans avoir cessé de le favoriser. Un redressement est encore possible mais il suppose que le nouveau chef de l’Etat ait le courage de dire aux Français les vérités désagréables qui leur ont été dissimulées pendant la campagne.
En premier lieu que nos difficultés ne proviennent ni de l’euro fort, ni de la politique commerciale, ainsi qu’en témoigne la prospérité de nos voisins allemands mais aussi, espagnols, finlandais et irlandais tous membres de la zone euro.
Nos structures territoriales cancérisées par un invraisemblable et coûteux empilement de structures, notre fonction publique pléthorique au niveau des administrations centrales, des villes et des départements et de surcroît paralysée par ses statuts, notre appareil éducatif incapable d’apprendre à lire et à écrire à un cinquième d’une classe d’âge et laissant près de 200 000 jeunes sans formation et sans orientation, nos universités paupérisées et dépourvues d’une autonomie qui leur fait peur, nos services d’emploi et d’indemnisation du chômage absurdement séparés et incapables d’orienter les chômeurs vers les secteurs en pénurie de main d’œuvre, la concentration de l’activité sur la génération des 30 – 45 ans qui ne nous permet pas de tirer profit d’une exceptionnelle productivité de l’heure de travail, les contraintes bureaucratiques imposées à nos entreprises, la faiblesse et la faible représentativité de nos syndicats sont les vraies causes de nos difficultés. Ces causes ne nous étaient pas propres. Elles le sont devenues depuis que nos voisins ont accompli les réformes que nous avons différées.
Notre incapacité à nous réformer et nos performances médiocres contribuent autant et plus que notre vote du 29 mai 2005 à réduire notre crédibilité internationale. Nos prétendues aspirations à une Europe forte et protectrice ont été jusqu’à présent contredites par la combinaison de notre attachement au maintien des subsides agricoles même les plus contestables et de notre refus de tout élargissement significatif du budget commun. Nous sommes de ce fait en peine d’obtenir de nos partenaires les politiques volontaristes qui pourraient être conduites au niveau de l’Europe et accompagner utilement un effort de réforme intérieur.
04 avril 2007
Mono-identité ou identités multiples ?
Paris 4 avril 07
Le débat sur l'identité nationale me conduit à livrer aux lecteurs de ce blog qui ne les auraient pas encore lus des extraits du chapitre de mon livre "Aimer l'Europe" intitulé "Définir et promouvoir l'identité européenne".
Existe-t-il une identité européenne ?
La conscience d’un destin commun n’a pas encore donné naissance à un sentiment d’allégeance. La question de l’identité européenne n’est pas simple. S’agit-il d’une identité de culture ou de civilisation ? A supposer qu’elle existe, peut-elle servir de support à une construction politique ? Qui sommes-nous ? Qu’avons-nous en commun ?
Nous sommes des nations petites et moyennes, certaines ayant à un moment occupé le premier rang, aucune ne pouvant prétendre au salut individuel et moins encore à l’hégémonie. Nous sommes des peuples libres, mais tous, à l’exception de la Grande-Bretagne, libérés par autrui. Les pires tyrannies de l’Histoire sont nées sur notre continent. Deux catastrophes provoquées par nous-mêmes, volonté de puissance des uns, lâcheté des autres, égoïsme et aveuglement de tous, nous ont fait perdre le rang privilégié que nos talents nous avaient acquis. Nous sommes d’anciennes puissances coloniales, longtemps engoncées dans leur bonne conscience civilisatrice, surprises et humiliées par la révolte de nos anciens protégés et par les conditions, le plus souvent désastreuses, de nos départs précipités d’Afrique et d’Asie.
Nous sommes des peuples prospères dans l’ensemble et par comparaison avec bien d’autres. Nous avons su organiser sur les ruines de l’après-guerre des démocraties peu à peu stabilisées. Encouragés et aidés par le grand frère d’outre-atlantique, nous avons reconstruit ensemble nos économies et avons eu la surprenante intelligence de renforcer notre solidarité au sein d’institutions communautaires auxquelles ont successivement adhéré, dès qu’ils en ont eu la liberté, la plupart des pays du continent. Nous avons ainsi puissamment contribué à l’enracinement de la démocratie dans des pays longtemps soumis à des dictatures militaires ou au totalitarisme soviétique.
Après avoir mis le feu au monde, il appartenait aux Européens de donner l’exemple de l’apaisement, de la réconciliation, de la transformation en profondeur de leurs relations d’Etat à Etat, de peuple à peuple. C’est leur honneur de l’avoir fait, c’est leur malheur de n’avoir pas terminé leur ouvrage. Ils ne le termineront pas tant qu’ils ne seront pas parvenus à savoir en quoi ils sont différents, non certes meilleurs mais différents, voués à un destin commun et porteurs d’un message universel. Alors l’Europe pourra se doter de cette grande politique d’identité ouverte et de citoyenneté partagée qui lui fait aujourd’hui cruellement défaut.
En quoi les Européens sont-ils différents ?
Posséder une identité, c’est se distinguer. En quoi l’Europe se distingue-t-elle de l’Occident dont elle a longtemps constitué le foyer central et rayonnant ? Certainement pas par les trois sources communes à l’ensemble des Occidentaux. D’Athènes, nous vient l’harmonie, la rationalité, la science ; de Jérusalem, la subjectivité, la conscience, la morale ; de Rome, la loi et l’Etat. A cette triade chère à Valéry, on peut, avec Denis de Rougemont ajouter l’apport du christianisme qui, paradoxalement, en séparant le spirituel du temporel, fonde la laïcité et celui des Lumières à qui nous devons la tolérance religieuse et la liberté politique. On ne doit pas non plus négliger le vieux fond celte, germanique et slave, ainsi que le maillon arabe par lequel nous est parvenu l’essentiel de l’héritage grec.
En rappelant ces sources de notre civilisation dans une conférence prononcée devant l’association européenne des enseignants, Tsevan Todorov mettait en garde ses auditeurs contre la tentation de définir notre identité par écrémage, en ne retenant que ce qui nous sied. Chaque élément positif a son revers sombre. Violence et domination font partie de notre héritage, bien plus que liberté et tolérance. Cette lucidité sur notre passé, à commencer par le plus proche, est le premier trait qui nous distingue. Conscient des crimes commis en notre nom, la bonne conscience de nos devanciers nous surprend. Par compensation, il nous arrive de nous complaire dans l’auto - flagellation. La distance qui sépare des Etats-Unis une Europe prudente et sceptique, inclinant à la repentance, répugnant à l’usage de la violence et se faisant un emblème de l’abolition de la peine de mort saute aux yeux. Nous en flatter serait excessif car notre prudence ne va pas sans faiblesse et se satisfait de compter sur la puissance américaine. Mais nous devons être conscients de ce trait de notre personnalité collective pour en corriger les excès et en tirer le meilleur parti.
Une charte des droits fondamentaux a été élaborée par une première « convention » composée de représentants des Parlements nationaux et du Parlement européen présidée par un ancien président de la République fédérale d’Allemagne, Roman Herzog. Cet exercice, parfaitement réussi, contrairement à beaucoup de pronostics, a confirmé l’existence d’un accord entre les peuples de l’Union sur des valeurs communes définies en six titres : dignité, libertés, égalité, solidarité, citoyenneté, justice. Ces valeurs constituent le socle de l’identité européenne moderne. Cette Charte a été proclamée en décembre 2002, lors du sommet de Nice. Elle devait constituer le deuxième chapitre de la Constitution européenne, ce qui lui aurait donné une valeur juridique incontestable. Dès à présent, la jurisprudence de la Cour de Justice s’en inspire. Il s’agit du texte le plus ambitieux dédié à la protection des droits humains qui va bien au-delà des garanties offertes par les constitutions nationales. On peut citer l’interdiction de toutes les discriminations, le droit de manifester sa religion ou d’en changer, le droit à une bonne administration, à des tribunaux impartiaux, à la protection de la santé, de l’environnement et des consommateurs. Le modèle social européen est conforté dans plusieurs domaines auxquels les Français sont particulièrement attachés : la garantie des services d’intérêt général, la protection contre les licenciements injustifiés, le dialogue social, la lutte contre l’exclusion et la grande pauvreté.
Pluri - appartenance et diversité
Deux autres caractéristiques des Européens, la pluri - appartenance et la diversité sont,pour leur projet d’union, tout à la fois un redoutable obstacle et une chance exceptionnelle.
Chaque être humain relève d’identités multiples, celle de son sexe, de son âge, de sa profession, de sa ville, de sa région, de ses croyances, de sa nation, de sa langue, voire de ses habitudes alimentaires. La rivalité des nations européennes les a conduites à privilégier l’identité nationale sur toutes les autres. Lorsqu’elles se décidèrent à exorciser les vieux démons pour construire ensemble une « communauté », elles négligèrent l’effort nécessaire pour édifier une forte identité européenne, non pas comme abolition mais comme complément des autres. L’apprentissage de la pluri - appartenance devrait être le fondement de l’instruction civique en Europe. Ce serait le meilleur moyen de combattre les passions identitaires toujours prêtes à renaître, en particulier dans les régions qui ont été, plus que d’autres, victimes des rouleaux compresseurs et uniformisateurs nationaux.
Faute d’avoir développé ce thème populaire de la résistance à l’uniformisation, les Européens ont laissé leurs adversaires s’en emparer. Que n’avons-nous entendu sur le thème de la volonté centralisatrice et uniformisatrice des « technocrates de Bruxelles » ? En qualifiant ainsi l’autorité mise en cause, on se dispensait de s’interroger sur l’origine des décisions contestées.
Européisme et patriotisme
L’Europe doit résister à tout ce qui pourrait donner le sentiment d’une substitution. Opposer européisme et patriotisme est aussi absurde que mettre en concurrence l’affection d’un enfant pour ses parents et ses grands parents. La citoyenneté européenne ne peut se distinguer de la citoyenneté nationale dont elle est un complément suivant les termes même des traités. Aussi est-ce à tort que l’Europe est parfois accusée d’encourager les tendances sécessionnistes qui se manifestent ici et là. Les Etats ne sont pas près de s’effacer. Leur participation à la construction européenne les a plutôt renforcés, ne serait-ce qu’en les dotant d’une monnaie qui les protège contre les assauts de la spéculation que plusieurs d’entre eux, dont la France, subissaient périodiquement.
L’affirmation, au cours de la campagne des élections présidentielles de 2007 d’une identité nationale hégémonique, séparée des identités européenne et régionale, d’une mono – identité marque une dangereuse dérive. Au lieu d’encourager à l’ouverture, à la tolérance, au respect des diversités, elle risque de faire renaître un nationalisme à l’ancienne, source principale des catastrophes du XXème siècle. Les identités diverses ne se contrarient pas mais se confortent. Un bon citoyen se sent citoyen de sa commune, de sa région, de son pays, de l’Europe et du monde. Il peut privilégier telle ou telle de ces allégeances mais non ignorer les autres. Etre patriote aujourd’hui, c’est aussi être européen.
Eloge de la diversité, les frontières de l’Europe
Source incontestable de faiblesse, l’accumulation sur un aussi petit espace d’un si grand nombre de peuples différents est un trait essentiel de l’identité européenne qui doit être valorisé. Il constitue un élément essentiel de la qualité de vie des Européens qui n’ont pas besoin de franchir les océans pour se dépayser. Préserver la diversité européenne est un objectif essentiel de l’Union. Telle est la signification de la devise proposée par la Convention « Unie dans la diversité ». C’est cette diversité qui permet aux Européens de comprendre, mieux que d’autres, la complexité du monde. Encore faut-il qu’elle n’affaiblisse pas le sentiment « d’un destin désormais partagé » suivant la belle formule du traité de Rome.
Faute d’être d’avoir été précédé de l’approfondissement annoncé, le dernier élargissement de l’Union a donné à l’opinion l’impression d’un processus mal maîtrisé qui ne pouvait être ni expliqué, ni célébré. La peur de la concurrence des bas salaires de l’Est, cyniquement exploitée par les adversaires du traité constitutionnel, a été pour beaucoup dans l’échec du referendum, de même que les craintes soulevées par la candidature turque. Celle-ci mais aussi l’évolution de l’Ukraine et les aspirations européennes de nombreux pays issus de l’Union soviétique, de la Moldavie aux républiques du Caucase posent le problème des frontières ultimes de l’Union.
La fixation de ces frontières est une exigence forte de l’opinion, notamment en France. En dépit des apparences, prétendre fixer aujourd’hui les limites ultimes de l’Union serait une erreur politique majeure qui aurait beaucoup plus d’inconvénients que d’avantages. Les pays exclus, y compris ceux qui, comme la Russie, ne sont pas candidats, ressentiraient leur exclusion comme un affront. La seule exclusion possible est celle des pays dont aucune partie du territoire ne se situe sur le continent européen. C’est ce motif qui a conduit à écarter, sans drames, la candidature du Maroc. En l’absence de limites naturelles à l’est, les frontières de l’Union sont appelées à évoluer en fonction de ce qu’elle deviendra et de ce que deviendront ses voisins. Aucun traité, aucune constitution ne sauraient lier la volonté des générations futures. Les querelles passionnées à propos de la Turquie ont trait à une éventualité incertaine et lointaine. Elles s’expliquent par le caractère particulier de ce pays à cheval sur deux continents et deux cultures. L’ouverture de négociations d’adhésion alors que la Turquie est loin de satisfaire aux critères définis à Copenhague et ne reconnaît pas l’un des Etats membres n’est guère justifiable. En revanche, il faut reconnaître qu’une adhésion de ce pays aux principes de l’Union et à ses structures, si elle s’avérait possible, constituerait un atout de premier ordre dans la confrontation durable imposée à l’Europe par la vague islamiste qui déferle sur le monde arabo - musulman.
Un cadre de vie exceptionnel
La protection d’un cadre de vie façonné par les siècles est un autre élément capital de l’identité européenne. L’Europe peut se flatter de la contribution que ses politiques ont apportée à la sauvegarde d’un environnement menacé par l’urbanisation et l’évolution des techniques. La politique agricole, malgré ses imperfections, a contribué au maintien de la vie dans des zones qui, sans son appui, auraient été désertifiées. Il reste à accentuer l’infléchissement en direction d’un soutien à la ruralité et à moduler davantage les aides en faveur des formes d’agriculture respectueuses de l’environnement et des paysages. L’Europe a aussi contribué, au moyen de ses fonds structurels, à la rénovation des quartiers anciens de tant de villes, qui sont autant de joyaux d’un patrimoine à la fois commun et divers. Les statistiques du produit national situent l’Europe bien en arrière des Etats-Unis. Il n’en est pas de même pour ce qui est du « développement humain » qui fait l’objet de comparaisons internationales prenant en compte une large batterie d’indices parmi lesquels le niveau d’enseignement, la qualité et l’accessibilité des services de santé, la mortalité post-natale et la longévité. La qualité de la vie en Europe devrait être un motif de fierté pour les Européens, même si bien des progrès sont encore à faire.
Un destin commun, un message universel
L’élément fondamental d’identité commune que créait la guerre froide a disparu. Ce fut un succès de l’Europe obtenu sans autre effort que celui de ses accomplissements pacifiques. La comparaison des succès de l’intégration libre à l’Ouest avec l’échec de l’intégration forcée à l’Est fut, de l’aveu même de Gorbatchev, un facteur de découragement pour la direction soviétique. Nous verrons au chapitre VIII comment une Europe qui aurait réussi son unité pourrait contribuer à un ordre mondial qui en soit un. Retenons pour le moment cette formule du président de la Commission, José Durâo Barroso : nous construisons un empire non impérial. Cet empire qui ne s’étend pas par la force ou l’influence hégémonique, mais par la libre adhésion, pourrait, à plus juste titre que les Etats-Unis, revendiquer « une destinée manifeste », celle de répandre la démocratie et l’état de droit par la persuasion et l’exemple plutôt que par la violence.
L’intervention militaire américaine en Irak a fait apparaître des divisions qui interdisent à l’Union d’exercer sur la scène internationale une influence en rapport avec sa dimension. Cependant les opinions publiques ont réagi de manière plus convergente que les gouvernements. Les difficultés rencontrées par les Etats-Unis, le contraste entre l’efficacité de leurs armes et le fiasco de leur administration a facilité le rapprochement des positions. Mais, en l’absence de mécanismes appropriés, ceux-là même qu’avait prévus le projet de constitution, il est vain d’espérer une unité de vue immédiate sur les diverses crises qui secouent la planète. Un effort patient et prolongé de rapprochement sera nécessaire. Un président de l’Union déchargé de fonctions nationales, assisté d’un ministre des Affaires étrangères y contribuerait. L’Union exerce déjà un soft power qui est loin d’être négligeable. Il se manifeste à l’Organisation Mondiale du Commerce, où elle s’exprime d’une seule voix, dans le domaine de l’écologie, grâce au protocole de Kyoto, dans les Balkans où elle pacifie peu à peu la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine et le Kosovo, en Afrique où elle défend les droits humains et les élections libres, tout en luttant contre la corruption. Aller plus loin suppose un accord explicite sur ce qu’est l’Union et sur son avenir.
Le débat nécessaire sur les finalités de l’Union
Le débat sur les finalités de l’Union ne devrait pas se limiter aux gouvernements. Les Parlements nationaux et européen devraient y être associés, par exemple au sein d’une nouvelle convention dont les débats seraient aussi largement diffusés que possible. Loin de se limiter aux institutions, ces débats devraient porter sur la répartition des compétences entre l’Union et les Etats, de manière à expliciter, mieux que ne l’avait fait le traité constitutionnel, la marge d’action qui doit demeurer à ceux-ci, en particulier pour tout ce qui touche à la protection sociale et à l’emploi. Il devrait porter également sur les mesures à prendre pour faire pénétrer le concept d’appartenance à l’Europe dans la conscience des citoyens. Trois catégories de mesures pourraient être prévues à cette fin : institutionnelles, éducatives, symboliques.
Mettre les institutions au service de l’identité
Une première question se pose, souvent débattue dans les colloques, plus rarement entre responsables gouvernementaux : quelle est la finalité institutionnelle du projet européen, un Etat fédéral, une fédération d’Etats et de peuples, une association d’Etats souverains ? On comprend que les gouvernements ne souhaitent pas poser une question aussi embarrassante, car propre à leur valoir des querelles entre eux mais aussi dans chacun de leurs pays et souvent au sein même des majorités politiques dont ils émanent. La Convention chargée de réfléchir à l’avenir de l’Union s’en était elle-même gardée. Sans doute avait-elle jugé qu’il n’était pas indispensable de qualifier l’aboutissement d’un processus qui, pour certains, était loin d’être arrivé à son terme, alors que d’autres estimaient qu’il avait déjà dépassé le stade acceptable ? Il n’en est pas moins de plus en plus difficile d’obtenir le soutien des peuples pour un voyage dont ils ignorent la destination. Jacques Delors a cru pouvoir résoudre le problème par le recours à ce que certains ont qualifié d’oxymore, figure de rhétorique exprimant une contradiction. La fédération d’Etats - nations de Delors rappellerait l’obscure clarté qui tombe des étoiles. Plusieurs des Etats membres actuels, le Royaume-Uni, l’Espagne, la Belgique sont composés de plusieurs nations. L’appellation « fédération d’Etats et de citoyens » répond mieux à la nature présente et à venir d’une Union qui n’a pas de précédent historique et donc pas de modèle
La réponse décisive qu’appellent les objections des souverainistes est autre. Une Union fédérale d’Etats et de citoyens ne sera pas la transposition des systèmes fédéraux existants. Les gouvernements des Etats membres continueront à prendre une part active à la définition et à la mise en œuvre de la politique de l’Union. Mais ils devront accepter, pour des raisons de démocratie et d’efficacité, de siéger sous l’autorité d’un président de l’Union, de prendre l’essentiel des décisions à travers la recherche d’un consensus, mais, si besoin est, à la majorité et d’en confier la mise en œuvre à des ministres de l’Union. De même, les parlements nationaux participeront au contrôle de la subsidiarité et devront participer, avec le Parlement européen, à la définition de la politique générale de l’Union.
La formation des futurs citoyens européens
L’école de Jules Ferry a donné des citoyens à la République. La formation des futurs citoyens européens doit commencer à l’école. L’essentiel n’est pas d’ennuyer les enfants avec l’ingrate description des institutions mais de leur transmettre les valeurs universelles que l’Europe s’efforce de promouvoir chez elle, autour d’elle et dans le monde. Il ne s’agit pas, comme pourraient le craindre certains enseignants, de développer une propagande en faveur de la politique européenne, mais de transmettre un héritage. Il s’agit aussi de favoriser l’esprit d’ouverture à la différence, de lutter contre tous les penchants identitaires, source d’intolérance et d’exclusion. Le champ des possibilités offertes par la coopération des systèmes nationaux d’enseignement est immense, comme l’a montré l’excellent petit ouvrage de Christine de Mazières et Babette Nieder. [1] L’apprentissage de deux langues au-delà de la langue maternelle devrait être un objectif commun pour tous les enfants d’Europe. Les échanges d’enseignants devraient être la règle à tous les niveaux, de façon que l’enseignement des langues et celui d’autres matières puisse être confié à des enseignants d’un autre pays. L’un des mérites des deux auteures est d’avoir montré comment tout cela pouvait être réalisé au meilleur coût. Enfin, la reconnaissance de pôles d’excellence universitaires devrait se traduire par l’internationalisation des meilleures Universités et grandes écoles et leur participation à l’effort commun de recherche dont la nécessité est unanimement reconnue. Sans remettre en cause la compétence des Etats et, dans certains pays, de collectivités autonomes, l’Union pourrait développer une politique de soutien aux Universités non labellisées pôles d’excellence, afin de leur permettre de s’améliorer et de s’internationaliser.
L’influence de plus en plus dominante de la télévision ne peut être ignorée de qui se préoccupe de la formation à la citoyenneté. L’ouverture d’un espace public de débat démocratique passe par la télévision qui se devrait d’organiser plus souvent et à des heures moins tardives la confrontation des idées entre responsables des différents pays. L’audience obtenue par la diffusion de la séance des questions au gouvernement par la chaîne publique FR III montre qu’une fraction de téléspectateurs pourrait être intéressée par la diffusion de débats entre personnalités européennes sur des sujets d’actualité. De telles émissions pourraient servir de support à un enseignement civique modernisé.
Les programmes d’échanges de jeunes dont le plus connu est Erasmus ont recueilli un vif succès. Leur extension s’impose, mais l’expérience a montré qu’ils ne suffisent pas à dissiper l’euroscepticisme de nombreux jeunes. C’est pourquoi le départ des bénéficiaires devrait être précédé d’une initiation aux valeurs européennes fondamentales.
L’Europe et les symboles
Il est temps de faire du 9 mai, anniversaire de la déclaration fondatrice de Robert Schuman, un jour férié commun à tous les Etats membres au cours duquel seraient exaltés les sentiments de solidarité entre peuples européens, de fierté pour le travail de réconciliation accompli et de soutien aux valeurs universelles qui sont celles de l’Europe. Quand Valéry Giscard d’Estaing avait souhaité remplacer le 8 mai, anniversaire de la victoire de 1945, par le 9, il s’était heurté à une vive résistance. Aussi serait-il judicieux de laisser les Etats qui le souhaiteraient maintenir la célébration de la victoire, quitte à associer celle-ci, qui fut une libération, à la fête de l’Europe, que celle-ci soit célébrée le 8 ou le 9. Sans le 8, le 9 n’était pas possible. Célébrer conjointement la libération de l’Europe et le début de son union serait hautement symbolique. Une compétition pourrait être organisée entre les Etats membres sur le thème de la célébration la mieux réussie, à la fois la plus populaire et la plus illustrative des valeurs européennes.
Une occasion d’identifier l’Europe à travers ses héros a été manquée lorsque les responsables politiques ont laissé aux experts le soin de concevoir les nouveaux billets libellés en euros. Pour s’épargner la difficulté du choix, les experts ont décidé de recourir à des images abstraites de ponts ou de portes censés évoquer les liens entre les Européens et leur ouverture à eux-mêmes et aux autres. Les eurosceptiques ont aussitôt vu dans ce choix l’illustration du caractère technocratique de l’Union. Qu’attend le Parlement européen pour dresser la liste des grandes personnalités, hommes ou femmes d’Etat, écrivains, artistes appelés à figurer, à tour de rôle, sur les nouveaux billets qui devront un jour ou l’autre remplacer ceux d’aujourd’hui ?
La meilleure manière de développer un sentiment d’allégeance dans les populations serait la création de services communs appelés à manifester la solidarité européenne. La création du fonds destiné à faire face aux conséquences sociales des délocalisations contribuerait à montrer à quoi peut servir l’Europe, à la condition d’être suffisamment doté et que ses interventions soient rapides, efficaces et visibles. Le projet de force d’intervention destinée à faire face aux catastrophes en Europe et hors d’Europe aurait à la fois le mérite de rendre les interventions plus efficaces et de symboliser l’Europe. Une force maritime commune destinée à la prévention des marées noires et autres catastrophes maritimes, une agence unifiée de gestion de l’espace aérien, un service intégré de surveillance des frontières, une agence d’alerte sanitaire sont quelques exemples de services communs qui devraient permettre un meilleur rapport coût - efficacité et rendre plus visible l’Union.
Une identité se construit
L’identité d’un groupe humain, a fortiori celle d’un groupe d’Etats et de citoyens, n’est pas une donnée intangible. Elle doit disposer, au départ, de bases communes préexistantes. Pour l’Union européenne, sa contribution à la paix et à la démocratie constitue ce socle, mais un socle à partir duquel il faut construire. La grande erreur des élites européennes a été de croire que ce qu’elles ressentaient comme une évidence l’était aussi ou le deviendrait peu à peu pour la masse des citoyens. La crise actuelle est en grande partie la conséquence de l’absence d’une grande politique de l’identité européenne.
[1] L’Europe par l’école ESKA 2006.
Le débat sur l'identité nationale me conduit à livrer aux lecteurs de ce blog qui ne les auraient pas encore lus des extraits du chapitre de mon livre "Aimer l'Europe" intitulé "Définir et promouvoir l'identité européenne".
Existe-t-il une identité européenne ?
La conscience d’un destin commun n’a pas encore donné naissance à un sentiment d’allégeance. La question de l’identité européenne n’est pas simple. S’agit-il d’une identité de culture ou de civilisation ? A supposer qu’elle existe, peut-elle servir de support à une construction politique ? Qui sommes-nous ? Qu’avons-nous en commun ?
Nous sommes des nations petites et moyennes, certaines ayant à un moment occupé le premier rang, aucune ne pouvant prétendre au salut individuel et moins encore à l’hégémonie. Nous sommes des peuples libres, mais tous, à l’exception de la Grande-Bretagne, libérés par autrui. Les pires tyrannies de l’Histoire sont nées sur notre continent. Deux catastrophes provoquées par nous-mêmes, volonté de puissance des uns, lâcheté des autres, égoïsme et aveuglement de tous, nous ont fait perdre le rang privilégié que nos talents nous avaient acquis. Nous sommes d’anciennes puissances coloniales, longtemps engoncées dans leur bonne conscience civilisatrice, surprises et humiliées par la révolte de nos anciens protégés et par les conditions, le plus souvent désastreuses, de nos départs précipités d’Afrique et d’Asie.
Nous sommes des peuples prospères dans l’ensemble et par comparaison avec bien d’autres. Nous avons su organiser sur les ruines de l’après-guerre des démocraties peu à peu stabilisées. Encouragés et aidés par le grand frère d’outre-atlantique, nous avons reconstruit ensemble nos économies et avons eu la surprenante intelligence de renforcer notre solidarité au sein d’institutions communautaires auxquelles ont successivement adhéré, dès qu’ils en ont eu la liberté, la plupart des pays du continent. Nous avons ainsi puissamment contribué à l’enracinement de la démocratie dans des pays longtemps soumis à des dictatures militaires ou au totalitarisme soviétique.
Après avoir mis le feu au monde, il appartenait aux Européens de donner l’exemple de l’apaisement, de la réconciliation, de la transformation en profondeur de leurs relations d’Etat à Etat, de peuple à peuple. C’est leur honneur de l’avoir fait, c’est leur malheur de n’avoir pas terminé leur ouvrage. Ils ne le termineront pas tant qu’ils ne seront pas parvenus à savoir en quoi ils sont différents, non certes meilleurs mais différents, voués à un destin commun et porteurs d’un message universel. Alors l’Europe pourra se doter de cette grande politique d’identité ouverte et de citoyenneté partagée qui lui fait aujourd’hui cruellement défaut.
En quoi les Européens sont-ils différents ?
Posséder une identité, c’est se distinguer. En quoi l’Europe se distingue-t-elle de l’Occident dont elle a longtemps constitué le foyer central et rayonnant ? Certainement pas par les trois sources communes à l’ensemble des Occidentaux. D’Athènes, nous vient l’harmonie, la rationalité, la science ; de Jérusalem, la subjectivité, la conscience, la morale ; de Rome, la loi et l’Etat. A cette triade chère à Valéry, on peut, avec Denis de Rougemont ajouter l’apport du christianisme qui, paradoxalement, en séparant le spirituel du temporel, fonde la laïcité et celui des Lumières à qui nous devons la tolérance religieuse et la liberté politique. On ne doit pas non plus négliger le vieux fond celte, germanique et slave, ainsi que le maillon arabe par lequel nous est parvenu l’essentiel de l’héritage grec.
En rappelant ces sources de notre civilisation dans une conférence prononcée devant l’association européenne des enseignants, Tsevan Todorov mettait en garde ses auditeurs contre la tentation de définir notre identité par écrémage, en ne retenant que ce qui nous sied. Chaque élément positif a son revers sombre. Violence et domination font partie de notre héritage, bien plus que liberté et tolérance. Cette lucidité sur notre passé, à commencer par le plus proche, est le premier trait qui nous distingue. Conscient des crimes commis en notre nom, la bonne conscience de nos devanciers nous surprend. Par compensation, il nous arrive de nous complaire dans l’auto - flagellation. La distance qui sépare des Etats-Unis une Europe prudente et sceptique, inclinant à la repentance, répugnant à l’usage de la violence et se faisant un emblème de l’abolition de la peine de mort saute aux yeux. Nous en flatter serait excessif car notre prudence ne va pas sans faiblesse et se satisfait de compter sur la puissance américaine. Mais nous devons être conscients de ce trait de notre personnalité collective pour en corriger les excès et en tirer le meilleur parti.
Une charte des droits fondamentaux a été élaborée par une première « convention » composée de représentants des Parlements nationaux et du Parlement européen présidée par un ancien président de la République fédérale d’Allemagne, Roman Herzog. Cet exercice, parfaitement réussi, contrairement à beaucoup de pronostics, a confirmé l’existence d’un accord entre les peuples de l’Union sur des valeurs communes définies en six titres : dignité, libertés, égalité, solidarité, citoyenneté, justice. Ces valeurs constituent le socle de l’identité européenne moderne. Cette Charte a été proclamée en décembre 2002, lors du sommet de Nice. Elle devait constituer le deuxième chapitre de la Constitution européenne, ce qui lui aurait donné une valeur juridique incontestable. Dès à présent, la jurisprudence de la Cour de Justice s’en inspire. Il s’agit du texte le plus ambitieux dédié à la protection des droits humains qui va bien au-delà des garanties offertes par les constitutions nationales. On peut citer l’interdiction de toutes les discriminations, le droit de manifester sa religion ou d’en changer, le droit à une bonne administration, à des tribunaux impartiaux, à la protection de la santé, de l’environnement et des consommateurs. Le modèle social européen est conforté dans plusieurs domaines auxquels les Français sont particulièrement attachés : la garantie des services d’intérêt général, la protection contre les licenciements injustifiés, le dialogue social, la lutte contre l’exclusion et la grande pauvreté.
Pluri - appartenance et diversité
Deux autres caractéristiques des Européens, la pluri - appartenance et la diversité sont,pour leur projet d’union, tout à la fois un redoutable obstacle et une chance exceptionnelle.
Chaque être humain relève d’identités multiples, celle de son sexe, de son âge, de sa profession, de sa ville, de sa région, de ses croyances, de sa nation, de sa langue, voire de ses habitudes alimentaires. La rivalité des nations européennes les a conduites à privilégier l’identité nationale sur toutes les autres. Lorsqu’elles se décidèrent à exorciser les vieux démons pour construire ensemble une « communauté », elles négligèrent l’effort nécessaire pour édifier une forte identité européenne, non pas comme abolition mais comme complément des autres. L’apprentissage de la pluri - appartenance devrait être le fondement de l’instruction civique en Europe. Ce serait le meilleur moyen de combattre les passions identitaires toujours prêtes à renaître, en particulier dans les régions qui ont été, plus que d’autres, victimes des rouleaux compresseurs et uniformisateurs nationaux.
Faute d’avoir développé ce thème populaire de la résistance à l’uniformisation, les Européens ont laissé leurs adversaires s’en emparer. Que n’avons-nous entendu sur le thème de la volonté centralisatrice et uniformisatrice des « technocrates de Bruxelles » ? En qualifiant ainsi l’autorité mise en cause, on se dispensait de s’interroger sur l’origine des décisions contestées.
Européisme et patriotisme
L’Europe doit résister à tout ce qui pourrait donner le sentiment d’une substitution. Opposer européisme et patriotisme est aussi absurde que mettre en concurrence l’affection d’un enfant pour ses parents et ses grands parents. La citoyenneté européenne ne peut se distinguer de la citoyenneté nationale dont elle est un complément suivant les termes même des traités. Aussi est-ce à tort que l’Europe est parfois accusée d’encourager les tendances sécessionnistes qui se manifestent ici et là. Les Etats ne sont pas près de s’effacer. Leur participation à la construction européenne les a plutôt renforcés, ne serait-ce qu’en les dotant d’une monnaie qui les protège contre les assauts de la spéculation que plusieurs d’entre eux, dont la France, subissaient périodiquement.
L’affirmation, au cours de la campagne des élections présidentielles de 2007 d’une identité nationale hégémonique, séparée des identités européenne et régionale, d’une mono – identité marque une dangereuse dérive. Au lieu d’encourager à l’ouverture, à la tolérance, au respect des diversités, elle risque de faire renaître un nationalisme à l’ancienne, source principale des catastrophes du XXème siècle. Les identités diverses ne se contrarient pas mais se confortent. Un bon citoyen se sent citoyen de sa commune, de sa région, de son pays, de l’Europe et du monde. Il peut privilégier telle ou telle de ces allégeances mais non ignorer les autres. Etre patriote aujourd’hui, c’est aussi être européen.
Eloge de la diversité, les frontières de l’Europe
Source incontestable de faiblesse, l’accumulation sur un aussi petit espace d’un si grand nombre de peuples différents est un trait essentiel de l’identité européenne qui doit être valorisé. Il constitue un élément essentiel de la qualité de vie des Européens qui n’ont pas besoin de franchir les océans pour se dépayser. Préserver la diversité européenne est un objectif essentiel de l’Union. Telle est la signification de la devise proposée par la Convention « Unie dans la diversité ». C’est cette diversité qui permet aux Européens de comprendre, mieux que d’autres, la complexité du monde. Encore faut-il qu’elle n’affaiblisse pas le sentiment « d’un destin désormais partagé » suivant la belle formule du traité de Rome.
Faute d’être d’avoir été précédé de l’approfondissement annoncé, le dernier élargissement de l’Union a donné à l’opinion l’impression d’un processus mal maîtrisé qui ne pouvait être ni expliqué, ni célébré. La peur de la concurrence des bas salaires de l’Est, cyniquement exploitée par les adversaires du traité constitutionnel, a été pour beaucoup dans l’échec du referendum, de même que les craintes soulevées par la candidature turque. Celle-ci mais aussi l’évolution de l’Ukraine et les aspirations européennes de nombreux pays issus de l’Union soviétique, de la Moldavie aux républiques du Caucase posent le problème des frontières ultimes de l’Union.
La fixation de ces frontières est une exigence forte de l’opinion, notamment en France. En dépit des apparences, prétendre fixer aujourd’hui les limites ultimes de l’Union serait une erreur politique majeure qui aurait beaucoup plus d’inconvénients que d’avantages. Les pays exclus, y compris ceux qui, comme la Russie, ne sont pas candidats, ressentiraient leur exclusion comme un affront. La seule exclusion possible est celle des pays dont aucune partie du territoire ne se situe sur le continent européen. C’est ce motif qui a conduit à écarter, sans drames, la candidature du Maroc. En l’absence de limites naturelles à l’est, les frontières de l’Union sont appelées à évoluer en fonction de ce qu’elle deviendra et de ce que deviendront ses voisins. Aucun traité, aucune constitution ne sauraient lier la volonté des générations futures. Les querelles passionnées à propos de la Turquie ont trait à une éventualité incertaine et lointaine. Elles s’expliquent par le caractère particulier de ce pays à cheval sur deux continents et deux cultures. L’ouverture de négociations d’adhésion alors que la Turquie est loin de satisfaire aux critères définis à Copenhague et ne reconnaît pas l’un des Etats membres n’est guère justifiable. En revanche, il faut reconnaître qu’une adhésion de ce pays aux principes de l’Union et à ses structures, si elle s’avérait possible, constituerait un atout de premier ordre dans la confrontation durable imposée à l’Europe par la vague islamiste qui déferle sur le monde arabo - musulman.
Un cadre de vie exceptionnel
La protection d’un cadre de vie façonné par les siècles est un autre élément capital de l’identité européenne. L’Europe peut se flatter de la contribution que ses politiques ont apportée à la sauvegarde d’un environnement menacé par l’urbanisation et l’évolution des techniques. La politique agricole, malgré ses imperfections, a contribué au maintien de la vie dans des zones qui, sans son appui, auraient été désertifiées. Il reste à accentuer l’infléchissement en direction d’un soutien à la ruralité et à moduler davantage les aides en faveur des formes d’agriculture respectueuses de l’environnement et des paysages. L’Europe a aussi contribué, au moyen de ses fonds structurels, à la rénovation des quartiers anciens de tant de villes, qui sont autant de joyaux d’un patrimoine à la fois commun et divers. Les statistiques du produit national situent l’Europe bien en arrière des Etats-Unis. Il n’en est pas de même pour ce qui est du « développement humain » qui fait l’objet de comparaisons internationales prenant en compte une large batterie d’indices parmi lesquels le niveau d’enseignement, la qualité et l’accessibilité des services de santé, la mortalité post-natale et la longévité. La qualité de la vie en Europe devrait être un motif de fierté pour les Européens, même si bien des progrès sont encore à faire.
Un destin commun, un message universel
L’élément fondamental d’identité commune que créait la guerre froide a disparu. Ce fut un succès de l’Europe obtenu sans autre effort que celui de ses accomplissements pacifiques. La comparaison des succès de l’intégration libre à l’Ouest avec l’échec de l’intégration forcée à l’Est fut, de l’aveu même de Gorbatchev, un facteur de découragement pour la direction soviétique. Nous verrons au chapitre VIII comment une Europe qui aurait réussi son unité pourrait contribuer à un ordre mondial qui en soit un. Retenons pour le moment cette formule du président de la Commission, José Durâo Barroso : nous construisons un empire non impérial. Cet empire qui ne s’étend pas par la force ou l’influence hégémonique, mais par la libre adhésion, pourrait, à plus juste titre que les Etats-Unis, revendiquer « une destinée manifeste », celle de répandre la démocratie et l’état de droit par la persuasion et l’exemple plutôt que par la violence.
L’intervention militaire américaine en Irak a fait apparaître des divisions qui interdisent à l’Union d’exercer sur la scène internationale une influence en rapport avec sa dimension. Cependant les opinions publiques ont réagi de manière plus convergente que les gouvernements. Les difficultés rencontrées par les Etats-Unis, le contraste entre l’efficacité de leurs armes et le fiasco de leur administration a facilité le rapprochement des positions. Mais, en l’absence de mécanismes appropriés, ceux-là même qu’avait prévus le projet de constitution, il est vain d’espérer une unité de vue immédiate sur les diverses crises qui secouent la planète. Un effort patient et prolongé de rapprochement sera nécessaire. Un président de l’Union déchargé de fonctions nationales, assisté d’un ministre des Affaires étrangères y contribuerait. L’Union exerce déjà un soft power qui est loin d’être négligeable. Il se manifeste à l’Organisation Mondiale du Commerce, où elle s’exprime d’une seule voix, dans le domaine de l’écologie, grâce au protocole de Kyoto, dans les Balkans où elle pacifie peu à peu la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine et le Kosovo, en Afrique où elle défend les droits humains et les élections libres, tout en luttant contre la corruption. Aller plus loin suppose un accord explicite sur ce qu’est l’Union et sur son avenir.
Le débat nécessaire sur les finalités de l’Union
Le débat sur les finalités de l’Union ne devrait pas se limiter aux gouvernements. Les Parlements nationaux et européen devraient y être associés, par exemple au sein d’une nouvelle convention dont les débats seraient aussi largement diffusés que possible. Loin de se limiter aux institutions, ces débats devraient porter sur la répartition des compétences entre l’Union et les Etats, de manière à expliciter, mieux que ne l’avait fait le traité constitutionnel, la marge d’action qui doit demeurer à ceux-ci, en particulier pour tout ce qui touche à la protection sociale et à l’emploi. Il devrait porter également sur les mesures à prendre pour faire pénétrer le concept d’appartenance à l’Europe dans la conscience des citoyens. Trois catégories de mesures pourraient être prévues à cette fin : institutionnelles, éducatives, symboliques.
Mettre les institutions au service de l’identité
Une première question se pose, souvent débattue dans les colloques, plus rarement entre responsables gouvernementaux : quelle est la finalité institutionnelle du projet européen, un Etat fédéral, une fédération d’Etats et de peuples, une association d’Etats souverains ? On comprend que les gouvernements ne souhaitent pas poser une question aussi embarrassante, car propre à leur valoir des querelles entre eux mais aussi dans chacun de leurs pays et souvent au sein même des majorités politiques dont ils émanent. La Convention chargée de réfléchir à l’avenir de l’Union s’en était elle-même gardée. Sans doute avait-elle jugé qu’il n’était pas indispensable de qualifier l’aboutissement d’un processus qui, pour certains, était loin d’être arrivé à son terme, alors que d’autres estimaient qu’il avait déjà dépassé le stade acceptable ? Il n’en est pas moins de plus en plus difficile d’obtenir le soutien des peuples pour un voyage dont ils ignorent la destination. Jacques Delors a cru pouvoir résoudre le problème par le recours à ce que certains ont qualifié d’oxymore, figure de rhétorique exprimant une contradiction. La fédération d’Etats - nations de Delors rappellerait l’obscure clarté qui tombe des étoiles. Plusieurs des Etats membres actuels, le Royaume-Uni, l’Espagne, la Belgique sont composés de plusieurs nations. L’appellation « fédération d’Etats et de citoyens » répond mieux à la nature présente et à venir d’une Union qui n’a pas de précédent historique et donc pas de modèle
La réponse décisive qu’appellent les objections des souverainistes est autre. Une Union fédérale d’Etats et de citoyens ne sera pas la transposition des systèmes fédéraux existants. Les gouvernements des Etats membres continueront à prendre une part active à la définition et à la mise en œuvre de la politique de l’Union. Mais ils devront accepter, pour des raisons de démocratie et d’efficacité, de siéger sous l’autorité d’un président de l’Union, de prendre l’essentiel des décisions à travers la recherche d’un consensus, mais, si besoin est, à la majorité et d’en confier la mise en œuvre à des ministres de l’Union. De même, les parlements nationaux participeront au contrôle de la subsidiarité et devront participer, avec le Parlement européen, à la définition de la politique générale de l’Union.
La formation des futurs citoyens européens
L’école de Jules Ferry a donné des citoyens à la République. La formation des futurs citoyens européens doit commencer à l’école. L’essentiel n’est pas d’ennuyer les enfants avec l’ingrate description des institutions mais de leur transmettre les valeurs universelles que l’Europe s’efforce de promouvoir chez elle, autour d’elle et dans le monde. Il ne s’agit pas, comme pourraient le craindre certains enseignants, de développer une propagande en faveur de la politique européenne, mais de transmettre un héritage. Il s’agit aussi de favoriser l’esprit d’ouverture à la différence, de lutter contre tous les penchants identitaires, source d’intolérance et d’exclusion. Le champ des possibilités offertes par la coopération des systèmes nationaux d’enseignement est immense, comme l’a montré l’excellent petit ouvrage de Christine de Mazières et Babette Nieder. [1] L’apprentissage de deux langues au-delà de la langue maternelle devrait être un objectif commun pour tous les enfants d’Europe. Les échanges d’enseignants devraient être la règle à tous les niveaux, de façon que l’enseignement des langues et celui d’autres matières puisse être confié à des enseignants d’un autre pays. L’un des mérites des deux auteures est d’avoir montré comment tout cela pouvait être réalisé au meilleur coût. Enfin, la reconnaissance de pôles d’excellence universitaires devrait se traduire par l’internationalisation des meilleures Universités et grandes écoles et leur participation à l’effort commun de recherche dont la nécessité est unanimement reconnue. Sans remettre en cause la compétence des Etats et, dans certains pays, de collectivités autonomes, l’Union pourrait développer une politique de soutien aux Universités non labellisées pôles d’excellence, afin de leur permettre de s’améliorer et de s’internationaliser.
L’influence de plus en plus dominante de la télévision ne peut être ignorée de qui se préoccupe de la formation à la citoyenneté. L’ouverture d’un espace public de débat démocratique passe par la télévision qui se devrait d’organiser plus souvent et à des heures moins tardives la confrontation des idées entre responsables des différents pays. L’audience obtenue par la diffusion de la séance des questions au gouvernement par la chaîne publique FR III montre qu’une fraction de téléspectateurs pourrait être intéressée par la diffusion de débats entre personnalités européennes sur des sujets d’actualité. De telles émissions pourraient servir de support à un enseignement civique modernisé.
Les programmes d’échanges de jeunes dont le plus connu est Erasmus ont recueilli un vif succès. Leur extension s’impose, mais l’expérience a montré qu’ils ne suffisent pas à dissiper l’euroscepticisme de nombreux jeunes. C’est pourquoi le départ des bénéficiaires devrait être précédé d’une initiation aux valeurs européennes fondamentales.
L’Europe et les symboles
Il est temps de faire du 9 mai, anniversaire de la déclaration fondatrice de Robert Schuman, un jour férié commun à tous les Etats membres au cours duquel seraient exaltés les sentiments de solidarité entre peuples européens, de fierté pour le travail de réconciliation accompli et de soutien aux valeurs universelles qui sont celles de l’Europe. Quand Valéry Giscard d’Estaing avait souhaité remplacer le 8 mai, anniversaire de la victoire de 1945, par le 9, il s’était heurté à une vive résistance. Aussi serait-il judicieux de laisser les Etats qui le souhaiteraient maintenir la célébration de la victoire, quitte à associer celle-ci, qui fut une libération, à la fête de l’Europe, que celle-ci soit célébrée le 8 ou le 9. Sans le 8, le 9 n’était pas possible. Célébrer conjointement la libération de l’Europe et le début de son union serait hautement symbolique. Une compétition pourrait être organisée entre les Etats membres sur le thème de la célébration la mieux réussie, à la fois la plus populaire et la plus illustrative des valeurs européennes.
Une occasion d’identifier l’Europe à travers ses héros a été manquée lorsque les responsables politiques ont laissé aux experts le soin de concevoir les nouveaux billets libellés en euros. Pour s’épargner la difficulté du choix, les experts ont décidé de recourir à des images abstraites de ponts ou de portes censés évoquer les liens entre les Européens et leur ouverture à eux-mêmes et aux autres. Les eurosceptiques ont aussitôt vu dans ce choix l’illustration du caractère technocratique de l’Union. Qu’attend le Parlement européen pour dresser la liste des grandes personnalités, hommes ou femmes d’Etat, écrivains, artistes appelés à figurer, à tour de rôle, sur les nouveaux billets qui devront un jour ou l’autre remplacer ceux d’aujourd’hui ?
La meilleure manière de développer un sentiment d’allégeance dans les populations serait la création de services communs appelés à manifester la solidarité européenne. La création du fonds destiné à faire face aux conséquences sociales des délocalisations contribuerait à montrer à quoi peut servir l’Europe, à la condition d’être suffisamment doté et que ses interventions soient rapides, efficaces et visibles. Le projet de force d’intervention destinée à faire face aux catastrophes en Europe et hors d’Europe aurait à la fois le mérite de rendre les interventions plus efficaces et de symboliser l’Europe. Une force maritime commune destinée à la prévention des marées noires et autres catastrophes maritimes, une agence unifiée de gestion de l’espace aérien, un service intégré de surveillance des frontières, une agence d’alerte sanitaire sont quelques exemples de services communs qui devraient permettre un meilleur rapport coût - efficacité et rendre plus visible l’Union.
Une identité se construit
L’identité d’un groupe humain, a fortiori celle d’un groupe d’Etats et de citoyens, n’est pas une donnée intangible. Elle doit disposer, au départ, de bases communes préexistantes. Pour l’Union européenne, sa contribution à la paix et à la démocratie constitue ce socle, mais un socle à partir duquel il faut construire. La grande erreur des élites européennes a été de croire que ce qu’elles ressentaient comme une évidence l’était aussi ou le deviendrait peu à peu pour la masse des citoyens. La crise actuelle est en grande partie la conséquence de l’absence d’une grande politique de l’identité européenne.
[1] L’Europe par l’école ESKA 2006.
30 mars 2007
La Déclaration de Berlin Rectification
Paris 30 mars
Contrairement à ce que j'ai imprudemment affirmé dans mon dernier message, la Déclaration de Berlin a bien été publiée dans le Monde (Page 10 du n° daté du 27 mars). Les commentateurs s'accordent à regretter le vague de ce texte qui a cependant le mérite de rappeler, en termes clairs, les fondamentaux de l'Europe. Les échanges diplomatiques qui ont précédé le Conseil européen ont confirmé un antagonisme croissant entre les pays qui ont ratifié le traité constitutionnel et les eurosceptiques qui refusent toute évolution vers l'Europe politique. La France devra choisir son camp. En observant un prudent silence ou, pire, en attribuant abusivement nos difficultés à Mandelson ou à Trichet, nos candidats présidentiels nous préparent bien mal à ce choix pourtant décisif.
Contrairement à ce que j'ai imprudemment affirmé dans mon dernier message, la Déclaration de Berlin a bien été publiée dans le Monde (Page 10 du n° daté du 27 mars). Les commentateurs s'accordent à regretter le vague de ce texte qui a cependant le mérite de rappeler, en termes clairs, les fondamentaux de l'Europe. Les échanges diplomatiques qui ont précédé le Conseil européen ont confirmé un antagonisme croissant entre les pays qui ont ratifié le traité constitutionnel et les eurosceptiques qui refusent toute évolution vers l'Europe politique. La France devra choisir son camp. En observant un prudent silence ou, pire, en attribuant abusivement nos difficultés à Mandelson ou à Trichet, nos candidats présidentiels nous préparent bien mal à ce choix pourtant décisif.
27 mars 2007
Identités
Paris 27 mars
L'apparition du thème de la nation dans la campagne masque le fait majeur de notre temps qui est celui des identités multiples. Exalter une identité, qu'elle soit locale, régionale, nationale ou supranationale au détriment des autres est dangereux. La mono-identité est source d'intolérance. Elle a nourri le nationalisme lui-même à l'origine des catastrophes du XXème siècle. Nos candidats seraient mieux inspirés s'ils exaltaient la pluri-appartenance, les citoyennetés multiples qui, loin de se nuire, se renforcent.
"Nous protégeons l'identité et les traditions diverses des Etats membres au sein de l'Union..." dit la Déclaration de Berlin, un beau texte qui a donné lieu à de longs commentaires dans le Monde sans que ce journal qui se veut de référence daigne le publier.
Autre surprise, samedi soir, l'ouverture du journal de FR IIIà un anti-européen notoire , auteur d'un livre sur l'Europe qui sombre, aussitôt après le beau film "Nous nous sommes tant haïs"sur Jean Monnet et les débuts de la construction européenne.
L'apparition du thème de la nation dans la campagne masque le fait majeur de notre temps qui est celui des identités multiples. Exalter une identité, qu'elle soit locale, régionale, nationale ou supranationale au détriment des autres est dangereux. La mono-identité est source d'intolérance. Elle a nourri le nationalisme lui-même à l'origine des catastrophes du XXème siècle. Nos candidats seraient mieux inspirés s'ils exaltaient la pluri-appartenance, les citoyennetés multiples qui, loin de se nuire, se renforcent.
"Nous protégeons l'identité et les traditions diverses des Etats membres au sein de l'Union..." dit la Déclaration de Berlin, un beau texte qui a donné lieu à de longs commentaires dans le Monde sans que ce journal qui se veut de référence daigne le publier.
Autre surprise, samedi soir, l'ouverture du journal de FR IIIà un anti-européen notoire , auteur d'un livre sur l'Europe qui sombre, aussitôt après le beau film "Nous nous sommes tant haïs"sur Jean Monnet et les débuts de la construction européenne.
24 mars 2007
Un mélancolique anniversaire
Paris
La France toujours traumatisée par le non du 29 mai 2005 ne célèbre pas officiellement le 5Oème anniversaire des traités de Rome présentés à tort comme le point de départ qui est en réalité la Déclaration Schuman inspirée par Monnet du 9 mai 1950.
Les discours des deux candidats qui demeurent en tête des sondages frisent le nationalisme. Les attaques contre la Banque centrale et le pacte de stabilité ont pour effet immédiat de nous isoler davantage. Mieux vaudrait plaider pour une extension des possibilités d'intervention du nouveau fonds destiné aux salariés victimes des délocalisations et travailler avec les Etats membres du groupe euro à une harmonisation juridique, fiscale et sociale.
A noter un intéressant rapport de l'ancienne ministre Noelle Lenoir montrant les premiers succès de la formule juridique de l'entreprise européenne. C'est en multipliant les entreprises réellement européennes c'est à dire délivrées des entraves nationales que l'on créera la base sociologique qui manque à l'Europe. Pourquoi ne pas faire d'EADS et d'Airbus des entreprises de statut européen ?
La France toujours traumatisée par le non du 29 mai 2005 ne célèbre pas officiellement le 5Oème anniversaire des traités de Rome présentés à tort comme le point de départ qui est en réalité la Déclaration Schuman inspirée par Monnet du 9 mai 1950.
Les discours des deux candidats qui demeurent en tête des sondages frisent le nationalisme. Les attaques contre la Banque centrale et le pacte de stabilité ont pour effet immédiat de nous isoler davantage. Mieux vaudrait plaider pour une extension des possibilités d'intervention du nouveau fonds destiné aux salariés victimes des délocalisations et travailler avec les Etats membres du groupe euro à une harmonisation juridique, fiscale et sociale.
A noter un intéressant rapport de l'ancienne ministre Noelle Lenoir montrant les premiers succès de la formule juridique de l'entreprise européenne. C'est en multipliant les entreprises réellement européennes c'est à dire délivrées des entraves nationales que l'on créera la base sociologique qui manque à l'Europe. Pourquoi ne pas faire d'EADS et d'Airbus des entreprises de statut européen ?
19 mars 2007
Les Européens à Lille
Paris 19 mars
Magnifique rassemblement samedi dernier à Lille avec beaucoup de jeunes. Le mérite en revient à Guillaume Klossa d'EuropaNova, à Sylvie Goulard et à Notre Europe aujourd'hui présidée par le ministre des finances italien Padoa-Schioppa qui a engagé les Français à abandonner la culture du veto.
Jacques Delors à l'ouverture avait regretté que les gouvernements ne parlent pas de leurs objectifs européens. ARRI était largement représenté. JM Fauve présidait un des ateliers. Un café litéraire a permis la présentation de livres.
Jean-Louis Bourlanges, Elizabeth Guigou et Pierre Lequiller ont fait entendre des appels à une prompte sortie de crise. Le clivage s'accentue entre ceux qui estiment nécessaire un nouveau referendum (Bourlanges) et ceux qui souhaitent l'éviter (Lequiller).
Magnifique rassemblement samedi dernier à Lille avec beaucoup de jeunes. Le mérite en revient à Guillaume Klossa d'EuropaNova, à Sylvie Goulard et à Notre Europe aujourd'hui présidée par le ministre des finances italien Padoa-Schioppa qui a engagé les Français à abandonner la culture du veto.
Jacques Delors à l'ouverture avait regretté que les gouvernements ne parlent pas de leurs objectifs européens. ARRI était largement représenté. JM Fauve présidait un des ateliers. Un café litéraire a permis la présentation de livres.
Jean-Louis Bourlanges, Elizabeth Guigou et Pierre Lequiller ont fait entendre des appels à une prompte sortie de crise. Le clivage s'accentue entre ceux qui estiment nécessaire un nouveau referendum (Bourlanges) et ceux qui souhaitent l'éviter (Lequiller).
13 mars 2007
Chirac: une conversion incomplète
Paris 13 mars 07
Depuis l'appel de Cochin inspiré par deux nationalistes anti-allemands, Pierre Juillet et Marie-France Garaud, jusqu'à son dernier discours aux Français, Chirac a fait du chemin. Il a compris que, sans l'Europe, la France n'avait pas d'avenir. Mais, européen résigné, Chirac a toujours préféré la défense étroite et à court terme d'intérêts nationaux particuliers à la promotion de l'intérêt général européen, l'agriculture plutôt que la recherche, la parité avec l'Allemagne au Conseil plutôt que le renforcement de la Commission et du Parlement. Aussi quitte-t-il la scène en laissant peu de regrets aussi bien dans la vieille que dans la nouvelle Europe.
Après son refus de l'intervention américaine en Irak, il avait tous les peuples européens avec lui. Plutôt que jouer cette carte, il a noué une liaison diplomatique à l'ancienne entre Paris, Moscou et Berlin qui n'avait pas d'avenir.
Reconnaissons lui toutefois le mérite de cette autocritique à propos du referendum perdu !
Depuis l'appel de Cochin inspiré par deux nationalistes anti-allemands, Pierre Juillet et Marie-France Garaud, jusqu'à son dernier discours aux Français, Chirac a fait du chemin. Il a compris que, sans l'Europe, la France n'avait pas d'avenir. Mais, européen résigné, Chirac a toujours préféré la défense étroite et à court terme d'intérêts nationaux particuliers à la promotion de l'intérêt général européen, l'agriculture plutôt que la recherche, la parité avec l'Allemagne au Conseil plutôt que le renforcement de la Commission et du Parlement. Aussi quitte-t-il la scène en laissant peu de regrets aussi bien dans la vieille que dans la nouvelle Europe.
Après son refus de l'intervention américaine en Irak, il avait tous les peuples européens avec lui. Plutôt que jouer cette carte, il a noué une liaison diplomatique à l'ancienne entre Paris, Moscou et Berlin qui n'avait pas d'avenir.
Reconnaissons lui toutefois le mérite de cette autocritique à propos du referendum perdu !
11 mars 2007
Rectification
Paris 11 mars
La conférence de présentation de mon livre "Aimer l'Europe" à Lyon le 29 Mars à 17h30 aura lieu non à la Maison de l'Europe mais à l'Ecole de Commerce européenne, 21 rue Alsace-Lorraine 69 001 Lyon.
Les dates, heures et lieux des trois autres conférences (IPSEC le 14, Lille le 17, Maison de l'Europe de Paris le 22) annoncées hier sont inchangées.
La conférence de présentation de mon livre "Aimer l'Europe" à Lyon le 29 Mars à 17h30 aura lieu non à la Maison de l'Europe mais à l'Ecole de Commerce européenne, 21 rue Alsace-Lorraine 69 001 Lyon.
Les dates, heures et lieux des trois autres conférences (IPSEC le 14, Lille le 17, Maison de l'Europe de Paris le 22) annoncées hier sont inchangées.
10 mars 2007
Enfin un succès ! "Aimer l'Europe"
Paris 10 février
Saluons l'accord sur les énergies renouvelables intervenu au Conseil européen de Bruxelles, et l'auto-critique de Jacques Chirac sur le referendum et l'insuccès de ses efforts pour faire aimer l'Europe. Il semble que l'appui des pays d'Europe centrale ait facilité la mention dans l'accord de l'intérêt de l'énergie nucléaire que souhaitait la France. Il est bon que, sur ce sujet au moins, nous soyons en harmonie avec ces pays. Il est bon pour l'Union que les coalitions dans le Conseil varient suivant les sujets.
"Aimer l'Europe" c'est le titre d'un petit ouvrage que je viens de publier chez l'éditeur "Lignes de Repères". Je me permets de vous recommander de le lire et de le faire connaître autour de vous, si d moins vous ressentez la nécessité d'une relance qui passe d'abord par une réhabilitation de l'idée européenne dans le coeur des femmes et des hommes. Je présenterai ce livre le 14 mars à 18h à l'Ipsec, 16, place du Général Catroux (ARRI), le 17 mars à 16h aux Etats-Généraux européens de Lille, le 22 mars à 18h à la Maison de l'Europe de Paris et le 29 mars à 17h30 à la Maison de l'Europe de Lyon (entrée libre en ces différents lieux).
Saluons l'accord sur les énergies renouvelables intervenu au Conseil européen de Bruxelles, et l'auto-critique de Jacques Chirac sur le referendum et l'insuccès de ses efforts pour faire aimer l'Europe. Il semble que l'appui des pays d'Europe centrale ait facilité la mention dans l'accord de l'intérêt de l'énergie nucléaire que souhaitait la France. Il est bon que, sur ce sujet au moins, nous soyons en harmonie avec ces pays. Il est bon pour l'Union que les coalitions dans le Conseil varient suivant les sujets.
"Aimer l'Europe" c'est le titre d'un petit ouvrage que je viens de publier chez l'éditeur "Lignes de Repères". Je me permets de vous recommander de le lire et de le faire connaître autour de vous, si d moins vous ressentez la nécessité d'une relance qui passe d'abord par une réhabilitation de l'idée européenne dans le coeur des femmes et des hommes. Je présenterai ce livre le 14 mars à 18h à l'Ipsec, 16, place du Général Catroux (ARRI), le 17 mars à 16h aux Etats-Généraux européens de Lille, le 22 mars à 18h à la Maison de l'Europe de Paris et le 29 mars à 17h30 à la Maison de l'Europe de Lyon (entrée libre en ces différents lieux).
02 mars 2007
Une campagne à la dérive
Platier 2 mars 07
Les trois grandes émissions de TF1 avec les trois principaux candidats ont reflété les préoccupations des Français quant à leur sort personnel, ce qui est bien naturel. Mais, bien que les participants aient été mieux sélectionnés que lors de la désatreuse émission de Chirac avec "les jeunes" avant le referendum, ce type d'émission a pour effet d'occulter tout débat sur la politique étrangère et de défense, sur la sortie de la crise européenne, sur le rôle de la France en Europe et dans le monde.
La montée spectaculaire de Bayrou dans les sondages devrait l'encourager à remettre la question européenne au centre de la campagne, tant il est vrai qu'aucun des problèmes qui préoccupent les Français, depuis la croissance, jusqu'au défi climatique ou à la lutte contre le terrorisme ne peut trouver de solution hors du cadre européen.
Les trois grandes émissions de TF1 avec les trois principaux candidats ont reflété les préoccupations des Français quant à leur sort personnel, ce qui est bien naturel. Mais, bien que les participants aient été mieux sélectionnés que lors de la désatreuse émission de Chirac avec "les jeunes" avant le referendum, ce type d'émission a pour effet d'occulter tout débat sur la politique étrangère et de défense, sur la sortie de la crise européenne, sur le rôle de la France en Europe et dans le monde.
La montée spectaculaire de Bayrou dans les sondages devrait l'encourager à remettre la question européenne au centre de la campagne, tant il est vrai qu'aucun des problèmes qui préoccupent les Français, depuis la croissance, jusqu'au défi climatique ou à la lutte contre le terrorisme ne peut trouver de solution hors du cadre européen.
24 février 2007
Difficultés franco-allemandes
Platier 24 février
Les relations franco-allemandes traversent une phase difficile. La crise ouverte à propos d’Airbus est sérieuse. Elle est aussi pleine d’enseignements. Contrairement aux affirmations des souverainistes, elle démontre les limites de la coopération entre Etats. Dès que les difficultés apparaissent, les réflexes nationalistes font obstacle aux solutions rationnelles. On ne gère pas une entreprise suivant une règle diplomatique et paritaire. Dans une logique d’intégration et non de coopération, les Etats doivent accepter des dépendances croisées et accepter l’émergence de vraies entreprises européennes.
L’affaire d’Airbus n’est pas la seule difficulté dans nos relations avec Berlin. Les attaques contre la BCE et son président de la part des principaux candidats à l’élection présidentielle n’ont pas seulement irrité les Allemands. Elles ont révélé notre isolement. La protection contre les excès de la concurrence asiatique devrait être recherchée dans une négociation d’ensemble englobant les droits sociaux et syndicaux, le travail des prisonniers, l’environnement, le dumping monétaire et non dans une vaine tentative pour affaiblir le cours de l’euro au risque de relancer l’inflation.
Les relations franco-allemandes traversent une phase difficile. La crise ouverte à propos d’Airbus est sérieuse. Elle est aussi pleine d’enseignements. Contrairement aux affirmations des souverainistes, elle démontre les limites de la coopération entre Etats. Dès que les difficultés apparaissent, les réflexes nationalistes font obstacle aux solutions rationnelles. On ne gère pas une entreprise suivant une règle diplomatique et paritaire. Dans une logique d’intégration et non de coopération, les Etats doivent accepter des dépendances croisées et accepter l’émergence de vraies entreprises européennes.
L’affaire d’Airbus n’est pas la seule difficulté dans nos relations avec Berlin. Les attaques contre la BCE et son président de la part des principaux candidats à l’élection présidentielle n’ont pas seulement irrité les Allemands. Elles ont révélé notre isolement. La protection contre les excès de la concurrence asiatique devrait être recherchée dans une négociation d’ensemble englobant les droits sociaux et syndicaux, le travail des prisonniers, l’environnement, le dumping monétaire et non dans une vaine tentative pour affaiblir le cours de l’euro au risque de relancer l’inflation.
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