Platier 9 juin
Tout d’abord les résultats
Une fois de plus l’abstention massive et de nouveau en progrès en France et ailleurs démontre l’incapacité des élites à susciter l’intérêt des peuples pour ce qui demeure le grand dessein géopolitique de notre temps. Or ce grand dessein ne connaîtra son accomplissement tant qu’il ne sera pas porté par une plus forte adhésion populaire. Parmi les causes de ce désintérêt, Jean-Louis Bourlanges privilégie l’attitude des gouvernements unanimes à faire semblant que l’Europe politique existe, alors qu’ils lui refusent les moyens d’exister. Un autre ancien député européen Michel Rocard a expliqué dans nos derniers Cahiers que le triple clivage – droite-gauche, fédéralistes-souverainistes, intérêts nationaux – contribuait au sérieux des travaux du Parlement mais ne favorisait pas le spectacle. Si déplorable qu’elle soit, gardons-nous de tirer des conclusions erronées de l’abstention. Tous les ensembles fédéraux, à l’exception de l’Allemagne qui a connu pour son malheur sa phase d’unitarisme, connaissent une abstention massive aux scrutins fédéraux.
Celles des listes en présence qui ont mis en avant les enjeux européens et le défi climatique en ont tiré bénéfice au détriment de celles qui ont fait de la politique intérieure. Les contestataires les plus radicaux de l’Union n’ont pas fait recette. L’extrême gauche, sous ses deux dénominations, a dirigé ses attaques sur les politiques et non plus sur un cadre institutionnel qu’elle récusait naguère.
L’Europe face à la crise
L’impuissance de l’Europe à répondre aux angoisses que génèrent dans une large partie du corps social les conséquences, en particulier pour l’emploi, d’une crise dont on ne voit pas la fin est aussi un puissant facteur d’euroscepticisme. Les grandes réunions médiatisées de chefs d’Etat ou de gouvernement, qu’elles soient au niveau de la zone euro, de l’UE ou du G 20, les annonces de règles nouvelles, celles par exemple contenues dans l’excellent rapport Larosière sur la régulation financière, la fin annoncée mais non accomplie des paradis fiscaux ou des rémunérations extravagantes ne sauraient remplacer une action massive de prise en charge des victimes, financière mais plus encore sous forme d’offres de formation. Or les instruments dont dispose l’Europe dans ces domaines, fonds social et depuis peu fonds d’adaptation à la mondialisation, sont dramatiquement sous-dimensionnés. Enserrée dans des cadres trop étroits, leur action est largement ignorée. De même, la coordination, au demeurant plus formelle qu’effective, de plans de relance nationaux ne saurait avoir l’impact psychologique et l’efficacité opérationnelle qu’aurait eu un plan de relance européen financé par le budget européen et privilégiant le développement durable. Au moment où le moteur franco-allemand prétend redémarrer, un examen de conscience des deux pays serait bienvenu : récurrent laxisme budgétaire de la France, égoïsme proclamé de l’Allemagne, refus des deux pays de donner un budget à l’UE…
Ce n’est pas un hasard si la seule institution vraiment fédérale de l’Union, avec la Cour de Justice, est celle dont l’action apparait à la fois la plus pertinente et la plus protectrice. La Banque centrale, longtemps critiquée pour une politique qui s’est révélée plus judicieuse que celle de la Fed américaine tant vantée, a pu, en coopération avec ses homologues, assurer la liquidité des banques. Ses interventions dites non conventionnelles contribuent utilement au redémarrage du crédit bancaire. L’euro donne aux pays qui l’ont adopté une garantie contre les attaques spéculatives dont on ne soulignera jamais assez la valeur pour les pays à tradition inflationniste. Il resterait à mutualiser la capacité d’emprunt des Etats membres de la zone euro pour que soit définitivement écarté tout risque de défaillance d’un Etat de faible dimension. Mais cela supposerait un pas en avant vers le fédéralisme auquel nos Etats ne sont pas prêts.
L’Europe dans le monde et le traité de Lisbonne
Que l’Europe gagnerait à être plus unie, un bref tour du monde et plus encore des questions qui agitent le monde, la Russie, la Chine, la nouvelle politique des Etats-Unis, la paix au Moyen-Orient, le défi climatique, la prolifération nucléaire, en apporte autant de démonstrations. Lors d’une récente conférence ARRI, Jean-Pierre Lévy chef de la cellule de prospective du Quai d’Orsay nous disait avoir été témoin de la satisfaction des dirigeants russes à l’annonce de l’échec du référendum sur le traité constitutionnel. Voilà qui en dit long sur le prix de nos divisions, en particulier sur la question capitale de notre approvisionnement en gaz. Le traité de Lisbonne élargit aux questions énergétiques les compétences de l’UE, renforce le statut du Haut Représentant pour la politique étrangère qui sera désormais vice-président de la Commission et présidera le Conseil des ministres des Affaires étrangères et crée un président à temps plein et à mandat prolongé du Conseil européen. Sa ratification devrait contribuer à favoriser une politique commune dont la nécessité est aveuglante en ce domaine comme dans bien d’autres. L’éventualité d’élections prématurées au Royaume-Uni qui amèneraient M.Cameron au pouvoir fait peser sur le traité de Lisbonne un aléa au moins aussi redoutable que l’humeur changeante des citoyens irlandais appelés aux urnes en octobre.
09 juin 2009
01 juin 2009
L’Europe protectrice
Paris, 29 mai.
Une loi européenne protège les enfants contre les jouets dangereux, venus notamment de Chine. Il semble démontré que l’addiction de nombreux enfants aux spectacles violents et en particulier à certains jeux vidéo contribue largement au déferlement de la violence juvénile et en particulier aux violences scolaires que nous rapportent chaque jour les médias. Pourquoi l’Europe n’interdirait-elle pas la diffusion commerciale ou sur internet de ces spectacles bien plus dangereux que les pires jouets chinois ? Elle pourrait le faire non au titre de l’éducation qui n’est pas de sa compétence mais au titre de la protection des consommateurs.
Une loi européenne protège les enfants contre les jouets dangereux, venus notamment de Chine. Il semble démontré que l’addiction de nombreux enfants aux spectacles violents et en particulier à certains jeux vidéo contribue largement au déferlement de la violence juvénile et en particulier aux violences scolaires que nous rapportent chaque jour les médias. Pourquoi l’Europe n’interdirait-elle pas la diffusion commerciale ou sur internet de ces spectacles bien plus dangereux que les pires jouets chinois ? Elle pourrait le faire non au titre de l’éducation qui n’est pas de sa compétence mais au titre de la protection des consommateurs.
23 mai 2009
Nouvelle menace sur le traité de Lisbonne
Paris, 23 mai. Le scandale des notes de frais des parlementaires britanniques fait peser une nouvelle menace sur le traité de Lisbonne. Si Gordon Brown était contraint à organiser des élections anticipées qui, si l’on en croit les sondages, donneraient le pouvoir aux conservateurs de M. Cameron, le risque serait grand de voir ce dernier remettre en cause la ratification du traité par le Royaume-Uni. Espérons donc que les Irlandais votent le plus tôt possible, ce qui devrait conduire les présidents eurosceptiques de Prague et de Varsovie à déposer des instruments de ratification déjà votés par leurs parlements, sans oublier l’attente allemande de l’avis du tribunal constitutionnel de Karlsrhue. Certains seront tentés de penser qu’une nouvelle défaillance anglaise aurait le mérite de clarifier la situation et de conduire à une Europe à plusieurs cercles. C’est un pari auquel je me refuse. Le climat dans lequel se déroule la campagne électorale ne permet guère d’espérer un sursaut. Il faut plutôt faire confiance au temps et à la force des choses qui sont nos meilleurs alliés.
14 mai 2009
Deux avis qui expliquent l'abstention sans la justifier
Paris, 14 mai. Deux anciens députés européens parmi les meilleurs que notre pays aient envoyés à Strasbourg nous éclairent sur deux causes méconnues du manque d’intérêt pour les élections européennes. Michel Rocard explique dans les cahiers d’ARRI, que la pluralité des clivages au sein du Parlement (droite-gauche, fédéralistes–eurosceptiques, intérêts nationaux) atténue les antagonismes. La qualité du travail y gagne ce que le spectacle y perd. Les Français s’indignent du consensus droite-gauche qui est à la base de tous les progrès de l’Europe. Jean-Louis Bourlanges, rappelait de son côté, dimanche dernier dans l’excellente émission de l’Esprit public sur France-Culture, que les gouvernements jouent à faire comme si l’Europe politique existait alors qu’ils lui refusent compétence dans les domaines essentiels et moyens budgétaires. Plus ou moins consciemment, les électeurs devinent ce faux-semblant et en tirent prétexte pour s’abstenir au lieu d’interpeller les candidats sur ce point capital.
06 mai 2009
Sarkozy et le leadership européen
Platier, 6 mai. « Trop longtemps la France n’a pas pris l’Europe au sérieux…L’Europe, ce n’est pas eux, c’est nous ». Soyons reconnaissants au président d’avoir prononcé ces phrases et d’avoir parlé de l’intérêt général européen. L’élan dont l’Europe manque si cruellement ne lui sera donné que quand elle disposera d’un leader européen reconnu comme tel par les peuples. Aucun chef d’Etat ou de gouvernement national ne peut durablement remplir ce rôle et moins encore un directoire des grands. Dans quelques mois sera désigné le président de la Commission et, si le traité de Lisbonne est ratifié, le président à temps complet du Conseil européen. Une occasion se présente de mettre deux personnalités de premier plan à la tête de l’Union, en attendant de fusionner les deux fonctions et de soumettre l’élection au suffrage des peuples. Voilà de quoi devraient nous parler les candidats aux élections de juin.
03 mai 2009
Du vin rosé à la pêche
Platier, 2 mai. L’autorisation de produire du vin rosé par coupage de vin rouge et de vin blanc est en passe de devenir un nouveau thème de la démagogie anti-européenne. Les producteurs français de rosé y voient un risque de concurrence déloyale. Michel Barnier encore ministre de l’agriculture et tête de liste UMP en Ile de France se flatte d’avoir obtenu des règles d’étiquetage propres à éviter toute confusion. Or on vient d’apprendre par Jean Quatremer, correspondant permanent de Libération à Bruxelles, que l’autorisation de coupage de vins blancs et rouges avait été sollicitée par la France pour répondre au souhait de certains viticulteurs de faire face à la concurrence de vins coupés de pays tiers. Une fois de plus, l’Europe est critiquée pour une mesure prise à la demande de la France sans que les autorités françaises ne fassent de grands efforts pour rétablir la vérité. De même qui ose dire que, sans les quotas de pêche critiqués devant les pêcheurs par le président de la République en personne, il n’y aurait plus de poissons dans les eaux européennes et donc plus de pêcheurs!
24 avril 2009
Enfin une étude sur l'activité des parlementaires européens
Paris, 24 avril. Le Monde daté du 23 avril fait écho à une étude réalisée par un ancien assistant parlementaire, non seulement sur l’assiduité aux séances plénières mais sur la participation aux travaux des commissions et la rédaction de rapports des membres du Parlement. Discutable, comme toute évaluation quantitative, cette étude n’est pas moins riche d’enseignements et mériterait une large diffusion. On y apprend que, parmi les députés français, Marine Le Pen et Philippe de Villiers sont les champions de l’absentéisme et de l’inactivité. Les meilleures notes reviennent à Joseph Daul, UMP et président du groupe PPE, à la socialiste Pervenche Bérès qui rachète ainsi son attitude lors du référendum sur le traité constitutionnel, à la verte Hélène Flautre et au socialiste Kader Arif. Par contre, les socialistes Vincent Peillon et Stéphane Le Foll sont mal classés. Vincent Peillon tente de se justifier en évoquant la charge que représente sa participation à la direction du PS et à l’élaboration de son programme européen. Il ne semble pas que la participation aux travaux du Parlement et la compétence européenne aient été en tête des critères de choix des candidats à l’élection de juin.
20 avril 2009
L'Europe une fois de plus désunie
Paris, 20 avril. Combien de temps faudra-t-il encore attendre pour que les gouvernements européens, en retard sur les peuples, comprennent que, pour se faire entendre, ils doivent tenir un discours cohérent et s’exprimer d’une seule voix ? La conférence des Nations Unies sur les droits de l’homme était une occasion remarquable de faire entendre la voix d’une Europe unie autour de ses valeurs. L’absence des uns, la participation hésitante des autres, l’attitude défensive face aux provocations attendues du président iranien, le silence des présidents des principales institutions de l’Union, quelle triste image donnée à ces citoyens qui hésitent à se rendre aux urnes de juin ! Réjouissons-nous cependant qu’un peu de fermeté ait permis d’éviter les scandales du premier Durban.
10 avril 2009
La démocratie européenne fragilisée par l'abstentionnisme
Paris, 10 avril. Il est difficile de prévoir si la crise conduira les électeurs aux urnes le 7 juin. Paradoxalement, l’accroissement des pouvoirs du Parlement européen, la qualité généralement reconnue de ses débats plus apaisés et moins simplistes que ceux des Parlements nationaux, sa contribution à la législation européenne dans des domaines qui touchent directement les citoyens n’ont pas conduit à une meilleure participation. Le taux d’abstention croissant à chaque élection fragilise la démocratie européenne et réduit les chances de donner à l’UE la dimension politique qui lui manque. On attend la campagne d’information qui ne se bornerait pas à appeler à aller voter mais qui rappellerait le rôle joué par le Parlement dans la lutte contre le dumping social à propos de la libération des services ou dans la protection de la santé contre les risques chimiques et, plus généralement dans la défense des droits fondamentaux en Europe et dans le monde.
05 avril 2009
L'Europe et le G20
Paris, 5 avril. On ne peut que se féliciter du succès du G20. L’intégration de la Chine et des autres grands pays émergents dans la gouvernance mondiale est un pas encore modeste mais significatif vers une réponse collective aux défis planétaires, de même que le renforcement du rôle et des moyens du FMI. Est-ce l’amorce de cette monnaie mondiale souhaitée par la Chine et qui serait la meilleure des réponses à la crise ? Le bilan pour l’Europe est moins clair. La surreprésentation de l’Europe (six Etats, le président de la Commission mais pas celui de la zone euro) est le triste signe de sa division et de ses faiblesses. La dérive en direction d’un système intergouvernemental dominé par les grands Etats n’annonce rien de bon. L’entente franco-allemande un moment rétablie ne résisterait pas à la nécessité de cette relance de bien plus grande ampleur que réclament, sans doute à juste titre les Etats-Unis. C’est l’absence de prise en charge par l’Union des victimes de la crise qui me parait d’autant plus consternante que nul ne s’en émeut alors que les élections approchent. Qu’attend-on pour faire du fonds d’adaptation à la mondialisation un fonds de reconversion des travailleurs ayant perdu leur emploi et pour multiplier par quatre ou cinq sa dotation ? S’il fallait sauver les banques, ne faut-il pas sauver les hommes…et les femmes !
29 mars 2009
L'Europe insuffisamment unie à la veille du G 20
Platier, 29 mars. Dominique Strauss-Kahn a regretté, dans son intervention télévisée de jeudi, l’incapacité des Européens à mettre en œuvre un plan commun de sauvetage des banques. Il aurait aussi bien pu regretter l’éclatement de la représentation de l’UE et même de la zone euro au FMI. Or il est essentiel que les Européens s’accordent sur la réforme du système monétaire international et pas seulement sur de nouveaux plans de relance ou des mesures de régulation financière. Certes la tâche est difficile car il faudrait combiner une création immédiate de liquidités à court terme et un plan de sortie de crise destiné à faire face à la menace inflationniste que risque de créer l’hyper-endettement de la plupart des grands Etats. Curieusement ce sujet majeur demeure l’Arlésienne des débats préparatoires au 2 avril.
Je signale l’intérêt exceptionnel de la page Débats Horizons du Monde (page 17) daté du samedi 28 mars. On y trouve deux appels au sursaut de l’Europe, l’un du philosophe allemand Beck, l’autre signé des enfants d’Erasmus et un article collectif sur les « paradis fiscaux » signé entre autres par Lebègue, Rosanvallon et Viveret.
Je signale l’intérêt exceptionnel de la page Débats Horizons du Monde (page 17) daté du samedi 28 mars. On y trouve deux appels au sursaut de l’Europe, l’un du philosophe allemand Beck, l’autre signé des enfants d’Erasmus et un article collectif sur les « paradis fiscaux » signé entre autres par Lebègue, Rosanvallon et Viveret.
25 mars 2009
Le scandale des listes bloquées
Paris, 25 mars. La désignation des candidats des deux principaux partis de gouvernement aux élections européennes semble obéir dans notre pays à des critères étrangers à la compétence, à l’expérience, à la capacité d’influence au sein du Parlement. Les plus actifs des parlementaires sortants sont ainsi écartés des listes ou des positions éligibles. Ce scandale conduit à en dénoncer un autre : la règle peu démocratique des listes bloquées qui prive les électrices et électeurs de la possibilité de modifier l’ordre des listes, de rayer des noms, voire d’en ajouter et, tout au moins, d’indiquer des préférences, droits reconnus sous des formes variables dans la plupart des pays de l’Union. Cette règle donne en fait aux partis un droit quasi exclusif de désignation des futurs élus et contribue, avec la pauvreté des relais médiatiques, à une abstention massive. Qui prendra l’initiative d’une pétition citoyenne contre les listes bloquées ?
24 mars 2009
Un appel qui vient à son heure
Paris, 24 mars. Sept personnalités européennes, Carlo Azeglio Ciampi, Jacques Delors, Mario Soares, Jerzy Buzek, Peter Sutherland, Jean-Luc Dehaene et Guy Verhofstadt, ont lancé, jeudi 19 mars, un appel à la mobilisation des citoyens en vue des prochaines élections européennes. Rédigé par l'ancien ministre italien Tommaso Padoa Schioppa avec l'aide de cinq Think Tanks (Istituto Affari Internazionali (Roma), Centro Studi sul Federalismo (Turin), Institut für Europäische Politik (Berlin), Notre Europe (Paris), Federal Trust (Londres), demande aux forces politiques nationales et européennes de: - mobiliser l'opinion publique dans un véritable débat sur l'avenir de l'UE ; - sélectionner des candidats qualifiés et engager à construire une UE plus forte ; - élaborer des programmes d'esprit européen ; - refuser le déclassement des élections sous la forme d'une compétition nationale ; - utiliser pleinement les pouvoirs du Parlement européen ; - présenter aux élections un candidat du parti ou de la coalition pour le poste de président de la Commission de façon à permettre aux électeurs de se prononcer directement sur ce choix ; - réformer le budget de l'UE pour en faire un instrument plus efficace au service du développement des politiques communes.
19 mars 2009
Une bombe à retardement
Paris,19 mars. Face à une crise qui s’aggrave sans cesse, le seul remède envisagé jusqu’alors est celui de l’endettement. Ce phénomène prend des proportions gigantesques aux Etats-Unis, dont le penchant pour un endettement sans contrôle a conduit la plupart des institutions financières à la faillite. Aussi bien l’administration Obama exerce-t-elle des pressions considérables sur les Européens en vue d’une plus grande contribution de leur part au redémarrage d’une économie mondiale en état d’asphyxie. Disposant d’une monnaie encore jeune et privée de l’appui d’un budget fédéral, les Européens ne peuvent avoir la même indifférence que les Américains aux conséquences d’un endettement excessif. Même s’ils ne le reconnaîtraient pas volontiers, les Américains, sans la souhaiter, n’écartent pas l’hypothèse d’une solution à leur endettement par une inflation qu’ils espèrent, sans doute imprudemment, pouvoir garder sous contrôle. Les Chinois dont les avoirs en dollars viennent de dépasser ceux du Japon manifestent leur inquiétude.
Pour l’Europe en revanche, le recours à l’inflation ne saurait être une solution. On sait l’allergie à l’inflation que conserve l’Allemagne de son expérience historique. Face à une menace inflationniste, les tensions au sein de la zone euro deviendraient vite insupportables et destructrices. Elles représenteraient un péril redoutable pour la monnaie unique. Céder aux pressions de Washington en vue d’une augmentation massive des plans de relance européens constituerait une véritable bombe à retardement. S’ajoutant au fait que la situation de l’Europe, notamment continentale, est un peu moins préoccupante que celle des Etats-Unis (situation moins catastrophique de la plupart institutions financières, filets sociaux de sécurité), la conscience de ce danger explique l’appel à la résistance que Français et Allemands viennent de lancer.
Faut-il pour autant se résigner à la prolongation d’une crise qu’un processus cumulatif mondial ne cesse d’aggraver ? Faut-il laisser sans réponse l’appel de Washington à une relance plus forte ? N’est-il pas temps d’envisager des remèdes sans précédent à une crise sans précédent ? N’existe-t-il pas d’autres instruments que le recours à toujours plus d’endettement ? Pourquoi ne pas donner au FMI le mandat de soutenir une demande mondiale qui s’étouffe par l’octroi exceptionnel et strictement encadré d’un montant de droits de tirage spéciaux à répartir entre tous les Etats de la planète, suivant des critères intégrant à la fois la satisfaction des besoins humains fondamentaux, l’encouragement à la bonne gestion et l’adaptation de l’appareil productif aux exigences du développement durable ? Les objections à cette proposition d’une « planche à billets » mondiale sont certes considérables : risque de dérapage démagogique, difficultés de répartition, atteinte à la souveraineté des Etats. Ils sont à mettre en regard des avantages à attendre d’une mesure qui combinerait la sortie de crise par stimulation de la demande et une réponse plus rapide à une menace de changement climatique dont chaque jour confirme l’urgence et le sérieux.
Outre son principal avantage, la réduction du recours à l’endettement, la mise en œuvre d’un plan de relance conçu à l’échelle mondiale devrait faciliter la mise en cohérence des plans nationaux. L’exemple de l’industrie automobile est particulièrement éclairant. Au lieu de maintenir des productions ne correspondant plus à la demande en sauvant de la faillite des entreprises qui n’ont pas su prévoir une évolution inéluctable, les aides seraient réservées à la conception de voitures propres.
Pour l’Europe en revanche, le recours à l’inflation ne saurait être une solution. On sait l’allergie à l’inflation que conserve l’Allemagne de son expérience historique. Face à une menace inflationniste, les tensions au sein de la zone euro deviendraient vite insupportables et destructrices. Elles représenteraient un péril redoutable pour la monnaie unique. Céder aux pressions de Washington en vue d’une augmentation massive des plans de relance européens constituerait une véritable bombe à retardement. S’ajoutant au fait que la situation de l’Europe, notamment continentale, est un peu moins préoccupante que celle des Etats-Unis (situation moins catastrophique de la plupart institutions financières, filets sociaux de sécurité), la conscience de ce danger explique l’appel à la résistance que Français et Allemands viennent de lancer.
Faut-il pour autant se résigner à la prolongation d’une crise qu’un processus cumulatif mondial ne cesse d’aggraver ? Faut-il laisser sans réponse l’appel de Washington à une relance plus forte ? N’est-il pas temps d’envisager des remèdes sans précédent à une crise sans précédent ? N’existe-t-il pas d’autres instruments que le recours à toujours plus d’endettement ? Pourquoi ne pas donner au FMI le mandat de soutenir une demande mondiale qui s’étouffe par l’octroi exceptionnel et strictement encadré d’un montant de droits de tirage spéciaux à répartir entre tous les Etats de la planète, suivant des critères intégrant à la fois la satisfaction des besoins humains fondamentaux, l’encouragement à la bonne gestion et l’adaptation de l’appareil productif aux exigences du développement durable ? Les objections à cette proposition d’une « planche à billets » mondiale sont certes considérables : risque de dérapage démagogique, difficultés de répartition, atteinte à la souveraineté des Etats. Ils sont à mettre en regard des avantages à attendre d’une mesure qui combinerait la sortie de crise par stimulation de la demande et une réponse plus rapide à une menace de changement climatique dont chaque jour confirme l’urgence et le sérieux.
Outre son principal avantage, la réduction du recours à l’endettement, la mise en œuvre d’un plan de relance conçu à l’échelle mondiale devrait faciliter la mise en cohérence des plans nationaux. L’exemple de l’industrie automobile est particulièrement éclairant. Au lieu de maintenir des productions ne correspondant plus à la demande en sauvant de la faillite des entreprises qui n’ont pas su prévoir une évolution inéluctable, les aides seraient réservées à la conception de voitures propres.
13 mars 2009
Réédition d'Aimer l'Europe. Une colère d'Alfred Grosser
Paris, 13 mars. Mon livre publié en février 2007 étant épuisé, l’approche des élections européennes ont conduit l’éditeur Lignes de Repères à prendre le risque, avec l’appui d’ARRI, d’une réédition. Cette nouvelle édition contient diverses mises à jour et un dernier chapitre entièrement nouveau portant sur « l’Europe dans les crises ». J’espère que cette réédition sera utile à ceux qui, candidats ou simples électeurs, voudront mettre à profit la campagne des élections européennes pour rappeler tout ce que nous devons à l’Europe et, plus encore, ce qu’elle pourrait nous apporter si les Etats lui donnaient les moyens de répondre aux attentes.
Hier matin, Alfred Grosser a dénoncé, lors d’un petit-déjeuner sur les relations franco-allemandes, organisé par le Mouvement européen, la fermeture des centres culturels français dans les pays de l’UE, notamment en Allemagne, et la fin des émissions de RFI à destination de ces pays. Observateur attentif des sociétés allemande et française, l’éminent professeur s’attend à une révolte sociale dans les deux pays, face au chômage mais aussi au cynisme révélé par la crise financière.
Hier matin, Alfred Grosser a dénoncé, lors d’un petit-déjeuner sur les relations franco-allemandes, organisé par le Mouvement européen, la fermeture des centres culturels français dans les pays de l’UE, notamment en Allemagne, et la fin des émissions de RFI à destination de ces pays. Observateur attentif des sociétés allemande et française, l’éminent professeur s’attend à une révolte sociale dans les deux pays, face au chômage mais aussi au cynisme révélé par la crise financière.
08 mars 2009
L'UE bouclier contre la xénophobie selon The Economist
Paris, 8 mars. Le célèbre hebdomadaire anglais qui, naguère, destinait la constitution européenne à la corbeille, dénonce dans son dernier numéro les tentations populistes et xénophobes que la crise suscite dans de nombreux pays de l’UE et pas seulement à l’Est. Il se réjouit du rôle de bouclier contre ces éventuelles dérives qui résulte de l’appartenance à l’Union. Il est rare de trouver dans la presse britannique, même de qualité, un éloge de l’UE portant sur autre chose que le marché unique. Saluons donc cette prise de position judicieuse mais inhabituelle.
04 mars 2009
A crise mondiale remèdes mondiaux
Paris, 4 mars. Le dernier sommet européen de dimanche n’a marqué aucun progrès en direction d’un plan cohérent de sortie de crise. La bénédiction donnée à des plans nationaux mal coordonnés et qui parfois se contrarient est affligeante. Face à une demande qui s’est effondrée, à quoi sert-il de soutenir la production d’automobiles invendables ? La logique voudrait que les aides publiques soient strictement réservées à la mise au point de voitures propres et à l’aide aux travailleurs privés d’emploi. Un signe d’espoir cependant : dans un article paru dans le supplément économie du Monde daté du 3 mars, le célèbre éditorialiste du Financial Times, Martin Wolf fait appel au FMI, considère que ses ressources « doivent atteindre un tout autre ordre de grandeur » et se déclare favorable à l’émission de droits de tirage spéciaux. Quand les gouvernements admettront-ils que, hormis le sauvetage nécessaire des banques, leurs interventions individuelles par la course à l’endettement et au déficit budgétaire ne font que ruiner un peu plus la confiance et ne sont pas à la mesure d’une crise mondiale qui appelle des remèdes mondiaux ?
25 février 2009
Un changement de paradigme. Suite
Paris, 25 février. A quoi sert-il d’aider à maintenir des productions pour lesquelles la demande s’est effondrée ? A moins que l’on ne compte sur la stimulation de la demande chez les autres. La nécessité d’un équilibre entre offre et demande à l’échelle européenne est aussi évidente que jusqu’à présent méconnue. L’industrie automobile a besoin d’aide pour concevoir des voitures propres mais cela demandera des années et ne peut donc contribuer à une relance immédiate. L’aide devrait être communautaire pour éviter toute distorsion de concurrence.
La réunion de Berlin préparatoire au G 20 de Londres a été positive, notamment en ce qui concerne la mise en cause des paradis fiscaux. Mais le problème essentiel qui consiste à rétablir au niveau mondial une demande solvable sans quoi l’économie va continuer à s’effondrer sur tous les continents demeure sans solution. Le seul plan de relance qui pourrait nous éviter la catastrophe sociale qui s’annonce ne peut qu’être mondial et stimuler la demande des consommateurs aussi bien que celle des Etats.
La réunion de Berlin préparatoire au G 20 de Londres a été positive, notamment en ce qui concerne la mise en cause des paradis fiscaux. Mais le problème essentiel qui consiste à rétablir au niveau mondial une demande solvable sans quoi l’économie va continuer à s’effondrer sur tous les continents demeure sans solution. Le seul plan de relance qui pourrait nous éviter la catastrophe sociale qui s’annonce ne peut qu’être mondial et stimuler la demande des consommateurs aussi bien que celle des Etats.
20 février 2009
L'avenir de l'OTAN
Platier, 20 février. La retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN sera pleinement justifiée s’il permet de nouveaux progrès en direction d’une défense européenne que devrait faciliter le traité de Lisbonne et s’il se traduit par la constitution d’un pilier européen de l’Alliance. C‘est aussi l’occasion de s’interroger sur l’avenir d’une alliance limitée à un espace géographique et destinée à faire face à une menace qui a changé de nature. Le danger extérieur vient aujourd’hui de l’existence de mouvements fanatiques utilisant le terrorisme et parvenant à se rendre maîtres de structures étatiques qui s’apparentent davantage à des bandes de malfaiteurs qu’à des Etats au sens traditionnel de ce mot. Ce danger est redoutable par la force du sentiment compréhensible de revanche des cruautés et des humiliations de l’époque coloniale et par l’existence d’armes de destruction massive pouvant un jour tomber entre les mains de fanatiques ayant recours au suicide collectif après avoir longtemps utilisé le suicide individuel comme arme de leur combat. N’est-il pas temps, dans ces conditions, de penser à la transformation de l’Alliance en une mutuelle mondiale des Etats de droit, ouverte en premier lieu aux désormais nombreuses et puissantes démocraties du tiers-monde, à commencer par l’Inde, elle-même victime du terrorisme ? La désoccidentalisation d’une Alliance vouée à la défense des valeurs démocratiques serait un acte ultime de décolonisation éminemment favorable à notre sécurité dans une perspective de long terme. Que faire de la Chine et de la Russie dans un tel schéma ? La réponse n’est pas évidente, sans doute plus ouverte envers la Chine qui, malgré son régime tyrannique, a fait des pas vers l’Etat de droit nécessaire à son développement, plus sévère envers la Russie qui parait s’en éloigner chaque jour et à qui une mise en garde collective ferait le plus grand bien. Voilà ce que les partis qui critiquent le retour dans l’OTAN avec autant de vigueur qu’ils avaient critiqué en son temps la décision du général de Gaulle devraient réfléchir s’ils avaient le sens des évolutions historiques à long terme.
12 février 2009
L'horizon s'assombrit
Paris, 12 février. Une menace nouvelle pèse sur le traité de Lisbonne. Un nouveau recours a été déposé contre sa ratification devant la Cour constitutionnelle allemande de Karlsruhe dont on devrait connaître la décision au printemps. Le président de la République fédérale ne déposera les instruments de ratification qu’après un arrêt de la Cour constatant la conformité du traité avec la loi fondamentale. Aux incertitudes polonaise, tchèque et irlandaise vient s’ajouter une incertitude allemande. N’oublions pas enfin le risque d’une élection anticipée en Grande-Bretagne qui pourrait amener au pouvoir un parti conservateur eurosceptique qui s’empresserait d’organiser un référendum sur Lisbonne en préconisant le non. En revanche, les sondages sont devenus très favorables en Irlande à telle enseigne que certains envisageraient de hâter le nouveau vote irlandais.s Or l’entrée en vigueur du nouveau traité est plus nécessaire que jamais pour améliorer les chances d’une stratégie commune face à une crise qui menace d’être encore plus grave qu’on ne l’imaginait et surtout de rétablir une confiance que menacent de détruire les politiques désastreuses du chacun pour soi.
07 février 2009
Sarkozy et le marché unique
Paris, 7 février. Dans son intervention télévisée de jeudi soir, le président de la République a semblé conditionner l’aide à l’industrie automobile à l’engagement de ne pas importer en France de voitures fabriquées hors de nos frontières. En mentionnant expressément la république tchèque, il s’est attiré une protestation des autorités de ce pays. En affirmant le droit de leur pays d’exporter des voitures en France, même fabriquées par des entreprises françaises, le gouvernement de Prague n’a fait que rappeler un principe fondamental du marché unique. Du strict point de vue des intérêts français, est-il opportun d’interdire aux constructeurs français de mettre à profit les coûts de production inférieurs des nouveaux Etats membres alors que leurs concurrents allemands ne s’en privent pas ? D’un point de vue plus général, n’est-il pas dans notre intérêt que ces Etats se développent et deviennent des partenaires solvables dont le niveau des salaires se rapprochera des nôtres ? Le protectionnisme qui menace d’aggraver la crise n’est plus celui des contingents et des droits de douane. Il prend la forme d’engagements demandés aux firmes bénéficiaires d’aide des gouvernements.
02 février 2009
Un changement de paradigme
Paris, 2 février. La persistance de la crise bancaire et l’avalanche de licenciements et de fermetures d’entreprises qui déferle sur tous les continents montre que, comme dans les années trente, nous changeons de paradigme. La lutte contre la rareté n’est plus de mise. La demande solvable correspond de moins en moins à des capacités de production inemployées qui, en disparaissant, provoquent un nouvel effondrement de la demande. Keynes est de retour. Les politiques de création monétaire nationales sous la forme d’une bulle d’emprunts publics, loin de rétablir la confiance, affectent la crédibilité des monnaies. La stabilité de l’euro tient plus à la faiblesse du dollar qu’à la santé des économies européennes, celle du dollar plus à la faiblesse de l’euro qu’à la santé de l’économie américaine. La solution rationnelle consisterait, comme Keynes le proposait en 1945, lors de la création du FMI, à créer une monnaie mondiale gérée en fonction de l’intérêt général d’une économie depuis longtemps mondialisée. Mais les grands Etats ne sont pas plus prêts à renoncer à leur souveraineté monétaire qu’ils ne l’étaient en 1945. Aucun d’entre eux n’ose afficher le recours à la création monétaire pure et simple, la bonne vieille planche à billets, alors que leurs pratiques s’en rapprochent de plus en plus. Nul ne semble se souvenir que le FMI a la faculté de créer de la monnaie en émettant des droits de tirage. A défaut d’une monnaie mondiale encore utopique, ne pourrait-on imaginer un plan mondial de relance alimenté, non par une bulle de crédits, mais par une émission monétaire temporaire et encadrée, ne profitant pas qu’aux pays riches ? Bien sûr la répartition entre les Etats et les conditions exigibles seraient un casse-tête diplomatique, mais l’aggravation et le prolongement de la crise, désormais prévisible à défaut d’un plan mondial, ne constitue-t-elle pas un bien plus grave casse-tête ?
24 janvier 2009
Une première leçon de la crise
Paris, 24 janvier. La crise montre la fragilité d’une union monétaire qui n’a pas été accompagnée d’une union économique et budgétaire. Désormais les taux d’intérêts exigés des pays membres de la zone euro qui étaient très proches ont tendance à s’écarter. Les pays aux finances les plus dégradées risquent d’être placés devant un choix impossible: quitter la zone euro pour pouvoir dévaluer mais avec le prix insupportable d’une politique d’austérité prolongée. La raison voudrait que la Banque centrale garantisse la solvabilité des Etats membres et que ceux-ci se soumettent à une stricte discipline budgétaire. Le relâchement des disciplines imposé par la crise est dangereux. A plus long terme, seul un budget commun substantiel alimenté par une fiscalité commune est de nature à assurer la pérennité de l’union monétaire.
19 janvier 2009
Une déclaration de Bruno Lemaire à propos de l'Allemagne
Paris 19 janvier. Mon silence prolongé s’explique par le temps consacré à la mise à jour de mon livre « Aimer l’Europe » dont la réédition devrait paraître fin février avant l’ouverture de la campagne des élections européennes de juin.
Lors de mon exposé du 15 janvier devant l’Observatoire de l’Europe d’ARRI, j’ai signalé une déclaration intéressante du nouveau secrétaire d’Etat aux Affaires européennes Bruno Lemaire, bon connaisseur de l’Allemagne, à propos du "travail de mémoire exceptionnel réussi par les Allemands", qui « mérite d’être salué parce qu’aucun peuple en Europe n’a été capable de le poursuivre avec autant de ténacité et de courage » Bruno Lemaire ajoute : « Les Allemands estiment que nous ne reconnaissons pas toujours à sa juste valeur cet effort et que nous portons davantage notre attention sur ce qui ne va pas. » Cette déclaration est extraite de l’audition du nouveau secrétaire d’Etat devant la commission des Affaires européennes du Sénat le 18 décembre 2008.
Lors de mon exposé du 15 janvier devant l’Observatoire de l’Europe d’ARRI, j’ai signalé une déclaration intéressante du nouveau secrétaire d’Etat aux Affaires européennes Bruno Lemaire, bon connaisseur de l’Allemagne, à propos du "travail de mémoire exceptionnel réussi par les Allemands", qui « mérite d’être salué parce qu’aucun peuple en Europe n’a été capable de le poursuivre avec autant de ténacité et de courage » Bruno Lemaire ajoute : « Les Allemands estiment que nous ne reconnaissons pas toujours à sa juste valeur cet effort et que nous portons davantage notre attention sur ce qui ne va pas. » Cette déclaration est extraite de l’audition du nouveau secrétaire d’Etat devant la commission des Affaires européennes du Sénat le 18 décembre 2008.
06 janvier 2009
Meilleurs voeux à la présidence tchèque
Paris, 6 janvier. Malgré tous ses inconvénients, la présidence tournante a un avantage, celui d’obliger chacun des Etats membres, quelle que soit sa taille, à s’impliquer à fond dans la vie et dans les politiques de l’Union. L’effet pédagogique sur les cadres politiques et administratifs mais aussi sur la population dans son ensemble n’est pas négligeable. N’espérons pas que le président Vaclav Klaus qui en aurait tant besoin y soit sensible. En comparant l’UE à l’URSS il se ridiculise, en se déclarant dissident, il insulte les vrais dissidents qui voyaient dans l’Europe un espoir de liberté. Par chance, c’est en République tchèque le premier ministre et non le président qui détient le pouvoir et qui présidera le Conseil européen. Nicolas Sarkozy n’a pas eu l’élégance de lui adresser les vœux de succès qu’on attend d’un prédécesseur pour son successeur. Sa tâche sera rude. A la crise économique s’ajoute la guerre de Gaza et ses horreurs. Régler le conflit du Proche-Orient est, pour l’Europe, un intérêt vital. Notre unité peut contribuer à convaincre le nouveau président américain de prendre des risques. Seuls les Etats-Unis peuvent imposer une paix équitable mais nous pouvons les encourager et les aider.
31 décembre 2008
Les dix ans de l'euro
Paris, 31 décembre. Les dix ans de l’euro auraient mérité une célébration à la mesure des services que nous a rendus la monnaie unique. Chacun sait que les monnaies affaiblies par une gestion laxiste des finances publiques, à commencer par la nôtre, auraient été emportées par la tourmente de l’automne. Il eut été juste de reconnaître la sagesse dont avait fait preuve la Banque centrale en dépit de critiques démagogiques venues de tous côtés. On aurait aussi pu rappeler que loin d’avoir fait monter les prix, l’euro nous a valu dix ans sans inflation. Aux onze fondateurs de 1999 se sont joints Chypre, Malte, la Grèce et la Slovénie le 1er janvier 2002. Les seize seront demain dix-sept avec l’adhésion de la Slovaquie. Malheureusement, l’euro et la politique monétaire sont de peu de secours face à la crise qui va rendre plus difficiles, mais aussi plus désirables, les adhésions ultérieures. A supposer qu’elle souhaite adopter l’euro, ce qui n’est pas le cas pour des raisons politiques, la Grande-Bretagne ne répondrait à aucun des critères. La livre sterling qui avait atteint un cours de 1,7 euro est désormais à parité avec la monnaie européenne.
Que 2009 nous soit favorable!
Que 2009 nous soit favorable!
24 décembre 2008
Bon Noël !
Paris, 24 décembre. Une sévère bronchite m’a mis sur le flan, m’a contraint de rester à Paris et a retardé mon travail de mise à jour de mon livre « Aimer l’Europe » qui devrait être réédité en avril pour la campagne des élections européennes de juin. En attendant, les bilans de la présidence française vont se multiplier. Bilan à la fois brillant et contrasté, brillant par la capacité exceptionnelle de réaction et d’initiative dont a fait preuve Nicolas Sarkozy face aux trois crises auxquelles il eut à faire face, contrasté par suite du refroidissement avec l’Allemagne provoqué principalement par le lancement particulièrement mal conçu du projet d’Union méditerranéenne. On peut aussi s’interroger sur le relatif effacement de la Commission qu’à mon avis les commentateurs exagèrent. Barroso a été associé mais n’a guère fait preuve d’initiative. Etait-ce de son fait ? La facilité avec laquelle on a cédé aux Irlandais sur leur exigence d’avoir toujours un commissaire en dit long sur ce que les Etats attendent de la Commission. Un jour viendra où ils regretteront de l’avoir systématiquement affaiblie. Bon Noël à mes lecteurs !
15 décembre 2008
La désinvolyure de France 2
Paris, 15 décembre. Les lecteurs de ce blog partagent sans doute l’indignation qui m’a fait envoyer la lettre ci-dessous à Patrick de Carolis. N’’hésitez pas à joindre votre protestation à la mienne !
Monsieur le Président,
Les habitués du journal de 20 heures de France 2 déploraient depuis longtemps que la chaîne emblématique du service public donne systématiquement priorité aux faits divers sur l’information politique nationale et internationale et n’accorde qu’un intérêt restreint aux enjeux européens. Vendredi soir 12 décembre, cette désinvolture a dépassé les bornes. Alors que venait de s’achever le dernier Conseil européen tenu sous présidence française et alors qu’un accord historique sur la lutte contre le changement climatique avait été obtenu, il a fallu attendre 20 h 15 pour que le sujet soit brièvement traité. Auparavant un long moment avait été consacré à l’important problème du mode d’envoi des contraventions au code de la route à leurs destinataires.
Au moment où la suppression de la publicité tend à souligner la vocation particulière des chaînes du service public permettez à l’un des animateurs d’une association qui s’attache à développer la connaissance des réalités européennes et internationales de protester contre une attitude qui tend, pour flatter ce qu’on suppose, sans doute à tort, être la préférence du public, à privilégier l’accessoire au détriment de l’essentiel.
Je vous prie d’agréer, monsieur le Président, l’expression de ma considération distinguée.
Robert Toulemon
Monsieur le Président,
Les habitués du journal de 20 heures de France 2 déploraient depuis longtemps que la chaîne emblématique du service public donne systématiquement priorité aux faits divers sur l’information politique nationale et internationale et n’accorde qu’un intérêt restreint aux enjeux européens. Vendredi soir 12 décembre, cette désinvolture a dépassé les bornes. Alors que venait de s’achever le dernier Conseil européen tenu sous présidence française et alors qu’un accord historique sur la lutte contre le changement climatique avait été obtenu, il a fallu attendre 20 h 15 pour que le sujet soit brièvement traité. Auparavant un long moment avait été consacré à l’important problème du mode d’envoi des contraventions au code de la route à leurs destinataires.
Au moment où la suppression de la publicité tend à souligner la vocation particulière des chaînes du service public permettez à l’un des animateurs d’une association qui s’attache à développer la connaissance des réalités européennes et internationales de protester contre une attitude qui tend, pour flatter ce qu’on suppose, sans doute à tort, être la préférence du public, à privilégier l’accessoire au détriment de l’essentiel.
Je vous prie d’agréer, monsieur le Président, l’expression de ma considération distinguée.
Robert Toulemon
10 décembre 2008
Inquiétudes sur la relation franco-allemande
Paris, 10 décembre. A la veille du dernier Conseil européen sous présidence française, l’état des relations franco-allemandes a de quoi inquiéter. Est-il vrai que Mme Merkel a été tenue à l’écart de la réunion de Londres ? Le rapprochement avec la Grande-Bretagne est une excellente chose mais ne doit pas s’accompagner d’un refroidissement avec Berlin. Alors que nous sommes menacés de la pire crise économique depuis la dernière guerre, le moment est venu de resserrer les rangs. Nous devrions avoir plus de compréhension pour un pays viscéralement attaché au bon ordre de ses finances et plus familier des longues concertations que des initiatives improvisées. Nous payons aujourd’hui le prix des refus opposés aux offres allemandes répétées d’union politique fédérale au sein de la grande Europe, à Maastricht avec Kohl en 1990, au moment du mémorandum Schaüble – Lamers de 1994, puis en 2000 lors du discours de Fischer à l’Université Humboldt. Nous payons aussi le prix de tant d’années de laxisme budgétaire qui nous laissent fort dépourvus alors que la bise est venue.
03 décembre 2008
Un plan de relance mal parti
Paris, 3 décembre. On mesure aujourd’hui les conséquences de la décision prise jadis, avec l’accord de la France, de limiter le budget européen à 1% du produit communautaire. Sans les instruments étatiques que seraient un Trésor public européen et un vrai budget, couvrant l’essentiel des dépenses de recherche et d’innovation civile et militaire, ce qui serait source d’économies par élimination des doublons, il est illusoire d’attendre un plan européen de relance à la mesure de la gravité de la crise. A cette difficulté structurelle s’ajoute l’attitude décevante d’Angela Merkel, de plus en plus critiquée dans son pays. Là encore, les torts sont partagés. Nous serions mieux placés pour plaider en faveur d’une relance keynésienne si nous avions mis nos finances en ordre quand la croissance était là. La partie ne sera pas facile pour la présidence française au prochain Conseil européen, d’autant que les nouveaux Etats membres ne veulent pas compromettre leurs chances d’intégrer l’euro en mettant leur budget en déficit.
Pendant ce temps les Chinois dévaluent leur yuan déjà sous-évalué ! Oserons-nous réagir et comment ?
Pendant ce temps les Chinois dévaluent leur yuan déjà sous-évalué ! Oserons-nous réagir et comment ?
28 novembre 2008
De Prague à Dublin et à Bruxelles
Paris, 28 novembre. A peine rentré de Dublin, où il avait osé comparer les adversaires du traité de Lisbonne aux dissidents de l’ère soviétique, le président europhobe Klaus n’a pas pu empêcher la Cour constitutionnelle tchèque de donner son feu vert à la ratification. L’Irlande sera bientôt le seul pays récalcitrant, ce qui est un comble de la part d’un pays qui a tant reçu de l’Union et qui n’a échappé à la faillite que grâce à son appartenance à la zone euro. Il serait temps de montrer un peu plus de fermeté à l’égard des Irlandais, notamment en refusant de céder à leur exigence de disposer en permanence d’un Commissaire, ce qui aurait pour résultat de rendre tout nouvel élargissement impossible. Les médias ont signalé la décision irlandaise de donner une garantie discriminatoire aux titulaires de comptes des banques irlandaises. Mais on a omis de préciser qu’ils avaient du rapporter cette mesure sur intervention de la Commission. Serait-ce le début d’une attitude plus ferme ?
Quant au plan de relance de la Commission, il vient bien tard et apparait plus comme l’habillage européen de plans nationaux que comme un plan réellement européen et à la mesure de l’enjeu qui est considérable tant la crise menace d’être profonde et durable.
Quant au plan de relance de la Commission, il vient bien tard et apparait plus comme l’habillage européen de plans nationaux que comme un plan réellement européen et à la mesure de l’enjeu qui est considérable tant la crise menace d’être profonde et durable.
24 novembre 2008
Les institutions européennes face à la crise.
Paris, 24 novembre. Il est possible de dresser un premier bilan de l’efficacité des institutions européennes face à la crise. Celle qui s’en tire le mieux est la BCE dont la rigueur naguère critiquée s’est révélée justifiée et qui a dès cet été contribué puissamment à maintenir la liquidité du système bancaire tout en venant au secours de pays membres en difficulté. Jamais le rôle stabilisateur de l’euro n’a été aussi évident. La Présidence française a réussi à réunir au sommet le Conseil de l’euro en y invitant Gordon Brown qui y a apporté un concours utile ainsi qu’à obtenir d’un Bush réticent la convocation à Washington d’un groupe des 20 - ou 22 si on y ajoute l’Espagne et les Pays-Bas - pays qui dominent l’économie mondiale. La présence de la Chine, de l’Inde, du Brésil est une novation capitale qui laisse espérer l’édification d’un ordre mondial monétaire et financier plus consensuel. L’activisme de Sarkozy n’a cependant pas été sans agacer une Allemagne qui supporte mal les initiatives improvisées et redoute de devoir payer pour les erreurs des autres. D’où les difficultés d’aujourd’hui. Le bilan de la Commission est aussi contrasté. Bonne réaction au titre de la concurrence qui a obligé l’Irlande à renoncer à une politique discriminatoire de soutien des avoirs bancaires mais jusqu’à présent défaut d’initiative de relance économique. Le Parlement qui peut se flatter d’avoir été le premier à agiter la sonnette d’alarme exerce une forte pression sur la Commission. Il reste que les opinions comprennent mal que tant d’argent ait été mobilisé au profit des banques et si peu pour faire face aux conséquences d’une crise qui est désormais autant économique et sociale que financière. C’est dans ce domaine qu’on attend une initiative, par exemple une augmentation significative des moyens et un élargissement des critères d’intervention du Fonds d’adaptation à la mondialisation dont la mission est de contribuer à la reconversion des salariés qui perdent leur emploi.
17 novembre 2008
Le silence des socialistes
Paris, 17 novembre. Le peu de place apparemment accordé aux enjeux européens dans les débats chaotiques du PS sont une autre source d’étonnement. Ni la préparation des élections européennes de l’an prochain, ni l’avenir du traité de Lisbonne, ni le concours que l’Europe pourrait apporter à la sortie de crise ne semblent avoir retenu l’attention des protagonistes du congrès. Seul l’appel de Benoit Hamon à des protections contre la concurrence des pays à bas salaires a fait surface mais ne semble pas avoir donné lieu au débat de fond qu’il méritait. A vrai dire, les gouvernements, après avoir condamné à Washington la tentation du protectionnisme, se préparent, Etats-Unis en tête, à protéger leur industrie automobile, non par des droits de douane ou des mesures de contingentement mais par des subventions dont l’effet sur la concurrence ne sera pas négligeable.
11 novembre 2008
La querelle des commémorations
Paris, 11 novembre. Le rapport Kaspi proposant de limiter les commémorations nationales aux 8 mai, 14 juillet et 11 novembre donne lieu à l’un de ces débats dont raffolent les médias. Une fois de plus notre pays se tourne vers son passé et ferme les yeux sur l’avenir. Mieux vaudrait s’interroger sur le sens nouveau qui pourrait être donné à des commémorations un peu moins guerrières. Vous trouverez ci-dessous un article paru sous ma signature dans la Croix du 30 avril dernier.
Européaniser les commémorations guerrières
La mort du dernier poilu, Lazare Ponticelli, immigré italien engagé volontaire, renvoyé dans l’armée italienne et devenu pacifiste au contact des réalités atroces de la guerre est l’occasion d’une réflexion sur nos commémorations des tragédies qui ont marqué le dernier siècle. Le moment n’est-il pas venu de transformer la signification de ces manifestations en les orientant davantage vers l’avenir, vers la communion des mémoires, vers la réconciliation des anciens ennemis, vers l’unité de l’Europe ?
La prochaine présidence française de l’Union européenne pourrait donner à notre pays l’occasion d’avancer deux propositions qui compenseraient, dans une certaine mesure, le signe négatif donné par l’élimination des symboles du nouveau traité européen.
L’une de ces propositions consisterait à joindre, du moins pour les pays qui, comme la France, commémorent la victoire finale de la Seconde Guerre mondiale le 8 mai, en une seule célébration l’effondrement du nazisme et l’appel de Robert Schuman ; chaque pays qui accepterait cette proposition serait alors libre de fixer cette célébration le 8 ou le 9 mai. La justification est claire : sans la chute du nazisme qui fut pour l’Allemagne autant une libération qu’une défaite, le démarrage de la construction européenne n’aurait pas été possible.
L’autre proposition serait de célébrer en novembre à la fois la réconciliation des anciens ennemis et la chute du mur de Berlin, prélude à la libération de la moitié orientale du continent. Là encore, chaque Etat serait libre du choix du jour, 9 ou 11, mais l’hommage aux victimes serait associé à la joie de la libération.
Ces deux propositions devraient faire l’objet d’un accord franco-allemand et, si possible, franco-anglais, avant d’être officialisées. Un accord des Allemands pour associer le souvenir des morts de la première guerre mondiale et la chute du mur ne se conçoit que dans le contexte d’une démarche à fort contenu européen. Les diverses associations européennes pourraient s’unir pour promouvoir cette démarche dans les deux pays, puis dans l’ensemble de l’Union européenne.
Les commentaires exprimés à l’occasion de la mort du dernier poilu et du voyage du président de la République au plateau des Glières permettent de penser que ces propositions répondent à une attente d’un large public et seraient favorablement accueillies par l’opinion, du moins en France. Elles contribueraient à rajeunir des commémorations qui risquent de perdre toute signification pour les générations à venir. Toutefois elles ne répondraient pleinement à leur objet – conforter l’image de l’Europe en l’associant au concept de paix et de réconciliation – qu’à la condition d’être adoptées par un nombre significatif d’Etats, anciens ou nouveaux membres. L’appui d’organisations européennes représentatives de la société civile serait hautement souhaitable pour vaincre l’inertie naturelle des gouvernements.
Robert Toulemon
Européaniser les commémorations guerrières
La mort du dernier poilu, Lazare Ponticelli, immigré italien engagé volontaire, renvoyé dans l’armée italienne et devenu pacifiste au contact des réalités atroces de la guerre est l’occasion d’une réflexion sur nos commémorations des tragédies qui ont marqué le dernier siècle. Le moment n’est-il pas venu de transformer la signification de ces manifestations en les orientant davantage vers l’avenir, vers la communion des mémoires, vers la réconciliation des anciens ennemis, vers l’unité de l’Europe ?
La prochaine présidence française de l’Union européenne pourrait donner à notre pays l’occasion d’avancer deux propositions qui compenseraient, dans une certaine mesure, le signe négatif donné par l’élimination des symboles du nouveau traité européen.
L’une de ces propositions consisterait à joindre, du moins pour les pays qui, comme la France, commémorent la victoire finale de la Seconde Guerre mondiale le 8 mai, en une seule célébration l’effondrement du nazisme et l’appel de Robert Schuman ; chaque pays qui accepterait cette proposition serait alors libre de fixer cette célébration le 8 ou le 9 mai. La justification est claire : sans la chute du nazisme qui fut pour l’Allemagne autant une libération qu’une défaite, le démarrage de la construction européenne n’aurait pas été possible.
L’autre proposition serait de célébrer en novembre à la fois la réconciliation des anciens ennemis et la chute du mur de Berlin, prélude à la libération de la moitié orientale du continent. Là encore, chaque Etat serait libre du choix du jour, 9 ou 11, mais l’hommage aux victimes serait associé à la joie de la libération.
Ces deux propositions devraient faire l’objet d’un accord franco-allemand et, si possible, franco-anglais, avant d’être officialisées. Un accord des Allemands pour associer le souvenir des morts de la première guerre mondiale et la chute du mur ne se conçoit que dans le contexte d’une démarche à fort contenu européen. Les diverses associations européennes pourraient s’unir pour promouvoir cette démarche dans les deux pays, puis dans l’ensemble de l’Union européenne.
Les commentaires exprimés à l’occasion de la mort du dernier poilu et du voyage du président de la République au plateau des Glières permettent de penser que ces propositions répondent à une attente d’un large public et seraient favorablement accueillies par l’opinion, du moins en France. Elles contribueraient à rajeunir des commémorations qui risquent de perdre toute signification pour les générations à venir. Toutefois elles ne répondraient pleinement à leur objet – conforter l’image de l’Europe en l’associant au concept de paix et de réconciliation – qu’à la condition d’être adoptées par un nombre significatif d’Etats, anciens ou nouveaux membres. L’appui d’organisations européennes représentatives de la société civile serait hautement souhaitable pour vaincre l’inertie naturelle des gouvernements.
Robert Toulemon
04 novembre 2008
Deux signes d'espoir
Platier 4 novembre. Submergés par les débats relatifs à la crise et à l’élection américaine, deux événements heureux risquent de passer inaperçus. D’une part, la première conférence de l’Union pour la Méditerranée tenue à Marseille ne s’est pas bornée à fixer le siège de ladite Union à Barcelone, gage de continuité, mais à adopter une longue déclaration dont le principal intérêt est qu’elle a été signée à la fois par les pays arabes et par Israël. D’autre part, les ministres britannique et français des Affaires étrangères se sont rendus ensemble au Congo pour tenter de mettre fin aux massacres dans la région du Kivu, partie est du pays proche du Rwanda. Ce voyage commun marque une heureuse rupture avec une vieille et encore récente tradition de rivalité franco-britannique en Afrique qui explique, pour une part, l’incapacité des Européens à mettre fin, sinon à prévenir le génocide des Tutsis. .
28 octobre 2008
Article sur la crise pour le bulletin d'ARRI
Platier 28 octobre. La crise financière est d’abord une crise bancaire. Les banques américaines ont consenti des prêts hypothécaires dont le remboursement devenait aléatoire si la hausse de l’immobilier se renversait. Les mensualités faibles au départ mais rapidement croissantes ensuite ne pouvaient être couvertes qu’au moyen de nouveaux emprunts. La pratique de la titrisation permettait de noyer dans des produits composites et opaques toute sortes de créances immobilières ou autres et de les céder aux banques du monde entier. On croyait réduire les risques en les diluant. En fait, on généralisait la fragilité d’un système bancaire largement mondialisé. Dans le même temps, les opinions étaient scandalisées par une sorte de mégalomanie du monde de la finance se traduisant par des rémunérations astronomiques et des parachutes dorés consentis parfois à des dirigeants en échec.
La faillite de Lehman Brothers qu’on croyait trop grosse pour tomber et l’effondrement des cours de Bourse ont contraint les gouvernements à agir. Après une première réunion limitée aux Européens membres du G8, un accord est intervenu au sein de l’eurogroupe sur une proposition du Premier ministre britannique judicieusement invité au conseil de l’euro. Une garantie publique sera donnée par chaque Trésor national aux crédits interbancaires asséchés par la méfiance généralisée. De surcroît, les Etats procèderont, si besoin est, à la recapitalisation des banques en difficulté. Des sommes considérables ont été annoncées. Il ne s’agit pas de crédits budgétaires mais de garanties financées par l’emprunt auxquelles il ne sera pas ou peu nécessaire de faire appel si, comme on l’espère, la confiance revient.
Le Secrétaire américain au Trésor Paulson, après avoir difficilement obtenu du Congrès 700 milliards de dollars en vue du rachat des actifs pourris des banques semble s’être résigné à suivre l’exemple européen. Enfin, lors d’une réunion au sommet à Pékin, il a été décidé qu’une une conférence de remise à plat générale du système monétaire et financier mondial s’ouvrirait le 15 novembre à Washington.
La crise devrait avoir des suites positives si elle conduit à la construction d’un ordre mondial rénové. La supervision des banques, les agences de notation, les normes comptables, les paradis fiscaux, les fonds spéculatifs, le rôle du FMI seront à l’ordre du jour. Au plan européen, elle a montré la solidité et l’utilité de l’euro sans lequel la crise bancaire se serait accompagnée d’une crise monétaire au détriment des pays à monnaie faible. Plusieurs pays dont l’Irlande et la Hongrie ont échappé à la faillite grâce à l’aide de la BCE.
Reste enfin à savoir quelles conséquences aura la crise des banques sur l’économie réelle. L’effondrement des cours de Bourse révèle l’extrême pessimisme des opérateurs. L’Union ne dispose ni des instruments étatiques que seraient un budget et un trésor fédéraux, ni de la volonté politique d’utiliser sa capacité d’emprunt. Il n’est même pas certain que les Etats s’accordent sur un système intégré de contrôle bancaire ou sur une représentation commune au FMI. En cas d’aggravation de la crise, on devrait s’inspirer de ce formidable facteur de confiance et de sécurité que constituent, l’euro et la Banque centrale dont la prudence contraste rétrospectivement et heureusement avec le laxisme de la Réserve fédérale américaine.
L’opinion publique a du mal à comprendre que les Etats puissent dégager des sommes gigantesques pour sauver les banques alors que l’argent public manque pour tout le reste , y compris pour sauver les milliers d’enfants qui chaque jour meurent de faim comme aime à nous le rappeler le très médiatique socialiste genevois Jean Ziegler.
Quelques mots enfin sur les autres priorités d’une présidence française très active.
Sauver le traité de Lisbonne après l’échec du referendum irlandais n’est pas facile. Le risque est grand de voir le traité abandonné si l’on ne parvient pas à faire revoter les Irlandais. La présidence tournante est devenue une absurdité. Que se serait-il passé si la présidence avait été tchèque comme elle le sera à partir du 1er janvier ?
En plein mois d’août, la tentative légitime mais imprudente du président géorgien de rétablir son autorité en Ossétie du Sud, province sécessionniste soutenue par la Russie et la réaction brutale et disproportionnée de cette dernière constituait un autre défi pour la Présidence. Il faut être reconnaissant au Président de la République de la promptitude de sa réaction.
Les autres priorités de la présidence française suivent leur cours. Un compromis sur la libération de l’énergie vient d’être obtenu. Le pacte sur l’immigration très controversé vient également d’être approuvé, mais son application ne sera pas facile. La hausse des produits alimentaires a réduit les pressions que subissait la PAC. La crise financière a conduit deux pays, l’Italie et la Pologne à demander une atténuation des engagements concernant la lutte contre le changement climatique et les émissions de gaz à effet de serre. Une accélération des plans d’isolement des logements n’en serait pas moins un utile élément de relance. Une sortie de crise rapide à laquelle l’Union aurait efficacement contribué lui donnerait un élan qui lui serait bien utile.
Enfin je signale trois ouvrages d’un vif intérêt : les Mémoires pour aujourd’hui et pour demain de l’ancien ministre Jean François-Poncet, l’Europe frigide d’Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël et promoteur d’un musée de l’Europe à Bruxelles et l’Union européenne dans le temps long de notre ami, le professeur Quermonne.
Robert Toulemon
La faillite de Lehman Brothers qu’on croyait trop grosse pour tomber et l’effondrement des cours de Bourse ont contraint les gouvernements à agir. Après une première réunion limitée aux Européens membres du G8, un accord est intervenu au sein de l’eurogroupe sur une proposition du Premier ministre britannique judicieusement invité au conseil de l’euro. Une garantie publique sera donnée par chaque Trésor national aux crédits interbancaires asséchés par la méfiance généralisée. De surcroît, les Etats procèderont, si besoin est, à la recapitalisation des banques en difficulté. Des sommes considérables ont été annoncées. Il ne s’agit pas de crédits budgétaires mais de garanties financées par l’emprunt auxquelles il ne sera pas ou peu nécessaire de faire appel si, comme on l’espère, la confiance revient.
Le Secrétaire américain au Trésor Paulson, après avoir difficilement obtenu du Congrès 700 milliards de dollars en vue du rachat des actifs pourris des banques semble s’être résigné à suivre l’exemple européen. Enfin, lors d’une réunion au sommet à Pékin, il a été décidé qu’une une conférence de remise à plat générale du système monétaire et financier mondial s’ouvrirait le 15 novembre à Washington.
La crise devrait avoir des suites positives si elle conduit à la construction d’un ordre mondial rénové. La supervision des banques, les agences de notation, les normes comptables, les paradis fiscaux, les fonds spéculatifs, le rôle du FMI seront à l’ordre du jour. Au plan européen, elle a montré la solidité et l’utilité de l’euro sans lequel la crise bancaire se serait accompagnée d’une crise monétaire au détriment des pays à monnaie faible. Plusieurs pays dont l’Irlande et la Hongrie ont échappé à la faillite grâce à l’aide de la BCE.
Reste enfin à savoir quelles conséquences aura la crise des banques sur l’économie réelle. L’effondrement des cours de Bourse révèle l’extrême pessimisme des opérateurs. L’Union ne dispose ni des instruments étatiques que seraient un budget et un trésor fédéraux, ni de la volonté politique d’utiliser sa capacité d’emprunt. Il n’est même pas certain que les Etats s’accordent sur un système intégré de contrôle bancaire ou sur une représentation commune au FMI. En cas d’aggravation de la crise, on devrait s’inspirer de ce formidable facteur de confiance et de sécurité que constituent, l’euro et la Banque centrale dont la prudence contraste rétrospectivement et heureusement avec le laxisme de la Réserve fédérale américaine.
L’opinion publique a du mal à comprendre que les Etats puissent dégager des sommes gigantesques pour sauver les banques alors que l’argent public manque pour tout le reste , y compris pour sauver les milliers d’enfants qui chaque jour meurent de faim comme aime à nous le rappeler le très médiatique socialiste genevois Jean Ziegler.
Quelques mots enfin sur les autres priorités d’une présidence française très active.
Sauver le traité de Lisbonne après l’échec du referendum irlandais n’est pas facile. Le risque est grand de voir le traité abandonné si l’on ne parvient pas à faire revoter les Irlandais. La présidence tournante est devenue une absurdité. Que se serait-il passé si la présidence avait été tchèque comme elle le sera à partir du 1er janvier ?
En plein mois d’août, la tentative légitime mais imprudente du président géorgien de rétablir son autorité en Ossétie du Sud, province sécessionniste soutenue par la Russie et la réaction brutale et disproportionnée de cette dernière constituait un autre défi pour la Présidence. Il faut être reconnaissant au Président de la République de la promptitude de sa réaction.
Les autres priorités de la présidence française suivent leur cours. Un compromis sur la libération de l’énergie vient d’être obtenu. Le pacte sur l’immigration très controversé vient également d’être approuvé, mais son application ne sera pas facile. La hausse des produits alimentaires a réduit les pressions que subissait la PAC. La crise financière a conduit deux pays, l’Italie et la Pologne à demander une atténuation des engagements concernant la lutte contre le changement climatique et les émissions de gaz à effet de serre. Une accélération des plans d’isolement des logements n’en serait pas moins un utile élément de relance. Une sortie de crise rapide à laquelle l’Union aurait efficacement contribué lui donnerait un élan qui lui serait bien utile.
Enfin je signale trois ouvrages d’un vif intérêt : les Mémoires pour aujourd’hui et pour demain de l’ancien ministre Jean François-Poncet, l’Europe frigide d’Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël et promoteur d’un musée de l’Europe à Bruxelles et l’Union européenne dans le temps long de notre ami, le professeur Quermonne.
Robert Toulemon
22 octobre 2008
Quelques leçons à tirer de la crise
Paris, 22 octobre. A ceux qui douteraient de l’utilité de l’Europe organisée, la crise actuelle devrait achever d’ouvrir les yeux. Sans les institutions européennes et le cadre de travail en commun construit au long des années, le plan d’ensemble de sauvetage du crédit n’aurait pu être adopté, sans la monnaie unique les devises seraient sous tension, sinon déjà dévaluées ou réévaluées, sans la BCE l’Irlande et la Hongrie seraient en faillite. Hier à Strasbourg, Sarkozy a reçu l’accueil qu’il méritait et a félicité le Parlement d’avoir tiré depuis longtemps la sonnette d’alarme. La Commission peu présente au cours de la crise, bien que Sarkozy ait eu la sagesse d’associer son président à toutes ses démarches, devrait maintenant reprendre l’initiative face à la crise économique et sociale qui menace. L’approche des élections européennes de juin prochain devrait inciter les partis pro-européens à en débattre au lieu de s’enfermer dans leurs traditionnels débats nationaux. Pendant ce temps les Villiers et autres Dupont-Aignan s’emploient à rassembler les europhobes de toute l’Europe en vue d’un vote contre le traité de Lisbonne dont la ratification devient d’autant plus urgente.
14 octobre 2008
Une heureuse issue mais des questions sans réponses
Paris, 14 octobre. La panique devant l’aggravation de la crise a permis à l’activisme de notre Président d’aboutir à un résultat inespéré : rétablir la confiance par une manifestation d’unité européenne à laquelle on ne croyait plus. La conférence de presse de dimanche soir au cours de laquelle se sont exprimés d’une seule voix, Sarkozy, Barroso, Juncker et Trichet manifestait de manière éclatante cette unité retrouvée. En début de séance de l’eurogroupe, Gordon Brown était venu présenter son plan de garantie aux prêts interbancaires qui s’est révélée la mesure la mieux adaptée. Même l’eurosceptique anglais avait soudain réalisé qu’une manifestation d’unité européenne était la condition d’un retour de la confiance. Même les Américains ont reconnu la pertinence du plan européen. Notre satisfaction ne doit pas nous dispenser de nous poser plusieurs questions. Que se serait-il passé si la présidence avait été exercée par une personnalité ne disposant pas de l’énergie et du volontarisme de Sarkozy ? Le président à temps complet et à mandat prolongé du traité de Lisbonne aurait-il eu l’autorité suffisante ? Sarkozy ne s’est-il pas substitué à une Commission dont on aurait pu attendre plus d’initiative ? Et surtout quelles leçons tirera-t-on de ce désastre d’une finance devenue folle ? Les Belges n’ont pas obtenu le principe d’un régulateur bancaire unique qui serait seul en mesure de connaître la situation de l’ensemble du système bancaire de l’Union. On parle d’un nouveau Bretton Woods mais on ne parle pas de l’unité de représentation de l’Union au FMI. Enfin et surtout, osera-t-on financer par des emprunts communautaires le plan de relance qui serait nécessaire pour éviter que la crise financière ne se transforme en crise économique et sociale ? Qu’on ne nous parle pas de l’excès d’endettement public alors que toutes les vannes du crédit ont été ouvertes, à juste titre, pour sauver les banques.
09 octobre 2008
L'Europe sans Etat
Paris, 10 octobre. Dans la crise bancaire qui ne cesse de s’aggraver, l’Europe ne dispose que d’une institution capable d’agir, sa Banque centrale. Nous payons cher l’absence d’un ministre européen des Finances, d’une fiscalité, d’un Trésor et d’un budget fédéraux. En leur absence, les gouvernements ne peuvent que tenter de coordonner des actions inévitablement inspirées davantage par les intérêts nationaux que par l’intérêt commun. L’Irlande privilégie ses banques en leur consentant une garantie exclusive, l’Allemagne qui supporte mal son rôle de payeur, ne veut pas payer pour les erreurs des autres, avant de s’apercevoir que l’une de ses principales banques est en faillite, la France, par les déclarations maladroites d’un conseiller du Président donne l’impression de vouloir laisser filer un peu plus ses déficits. Il faudra peut-être s’y résigner momentanément. Mais est-ce le moment de le dire ? En fait c’est ce fameux super-Etat dénoncé par les souverainistes de tout bord, qui nous manque, non certes un super-Etat mais un Etat minimum doté des outils sans lesquels l’organisation de la solidarité et la défense des intérêts communs est impossible.
02 octobre 2008
Que fait la Commission?
Paris, 2 octobre. A qui se fier dans la tourmente ? Sarko fait ce qu’il peut mais l’éternel boulet de notre déficit décrédibilise ses initiatives comme on vient de le voir encore aujourd’hui avec le refus des Allemands de financer un fonds de sauvetage des banques que souhaitent, parait-il, les Néerlandais. Dans des circonstances aussi sérieuses, on aimerait que la Commission se fasse entendre et dissipe le soupçon de demeurer paralysée par l’ultra-libéralisme du commissaire Mc Creevie. A ma connaissance, sa principale proposition vise la création d’un superviseur commun des banques qui n’a que trop tardé. Qu’attend-elle pour proposer la représentation commune au FMI dans le cadre duquel devra se reconstruire le nouvel ordre financier et monétaire d’un monde multipolaire et globalisé devenu fou faute d’un minimum de pilotage commun ? L’éclatement des représentations au FMI est « ridicule », suivant le mot de Juncker qui, lui, parvient un peu mieux à se faire entendre. Seule la BCE tient le cap, injecte les milliards nécessaires au maintien de la liquidité et résiste aux pressions démagogiques. Tous ceux qui s’extasiaient sur le génial Greenspan opposé au maniaque de la lutte contre l’inflation font profil bas.
26 septembre 2008
Une chance pour l'Europe?
Paris, 26 septembre. La reconnaissance générale de la nécessité d’une régulation des marchés financiers qui ne se conçoit pas à l’échelle nationale offre une chance à l’Europe d’échapper à la conjonction de l’ultra-libéralisme et du souverainisme qui la condamnent à l’impuissance. Attali a raison d’affirmer la nécessité d’une régulation non seulement européenne mais mondiale. La vocation de l’Europe est de montrer la voie, en mettant à profit le choc de la crise, pour proposer notamment l’élimination des paradis fiscaux. Faute d’initiatives rapides et audacieuses, le sentiment que l’Europe ne sert à rien alimentera la vague d’euroscepticisme qui déferle même dans les pays qui en ont été les plus grands bénéficiaires. Ce sentiment, l’impasse institutionnelle résultant du non irlandais et l’aggravation prévisible de la conjoncture économique créent une situation dangereuse qui rappelle de mauvais souvenirs. Le chacun pour soi est plus tentant mais aussi dangereux que jamais en temps de grandes difficultés.
16 septembre 2008
L'Europe face à la crise
Platier, 16 septembre. La faillite de Lehman Brothers ouvre une phase nouvelle de crise dont il est difficile de prévoir les conséquences pour l’Europe. Seule mesure prise face à la crise avant sa subite aggravation, la Banque européenne d’investissement est invitée à accroître ses concours aux petites et moyennes entreprises. C’est un moyen d’utiliser la capacité d’emprunt de l’Europe, la BEI obtenant des concours aux meilleures conditions. Encore faudrait-il faire connaître aux PME françaises ces nouvelles possibilités qu’elles ignorent largement si j’en crois les remarques de Colombani lors de l’émission la rumeur du monde de France-Culture de samedi dernier. Mme Lagarde voudrait aller plus loin dans la voie d’une coordination des politiques économiques. Malheureusement l’état désastreux de ses finances publiques affaiblit la voix de la France dans ce domaine. Faire financer le revenu de solidarité active par les épargnants (à l’exception des bénéficiaires du bouclier fiscal) est sans doute politiquement habile. Mais n’était-il pas possible de trouver les ressources nécessaires dans des économies plutôt que dans un nouvel impôt ?
08 septembre 2008
Sarkozy, Barroso, Solana : un progrès de l'Europe politique
Platier, 8 septembre. Le voyage à Moscou du président du Conseil européen accompagné du président de la Commission et du Haut-Représentant pour la politique étrangère marque un progrès de l’union politique de l’Europe par rapprochement de l’intergouvernemental et du communautaire qui anticipe sur le traité de Lisbonne. Sur le fond des relations avec la Russie, je salue la déclaration de Kouchner envisageant la création d’une « centrale européenne d’achat de gaz », proposition contenue dans mon dernier message. L’appui des Allemands à une telle initiative changerait le rapport de forces au profit de l’Europe. Peut-on l’espérer ? L’avenir nous le dira.
03 septembre 2008
Un succès de l'Europe à confirmer
Platier, 3 septembre. La résolution commune adoptée par le Conseil européen extraordinaire après un débat où, comme il est normal, des opinions diverses ont été exprimées, est un incontestable succès pour l’Europe et pour le président du Conseil européen. La relative modération des Européens est justifiée par les responsabilités d’un président géorgien coupable d’une initiative brutale et mal venue qui revenait à se jeter dans le piège tendu par les Russes. Il faut aussi se souvenir de l’abolition des autonomies abkhazes et ossètes décidée par nationalisme aussitôt après l’indépendance. Bien entendu, cela ne saurait justifier l’extrême brutalité et l’excès de la réaction russe qui rappelle fâcheusement un temps qu’on croyait révolu. Il reste aux Européens à se doter de la seule arme qui leur permette de faire bouger Moscou : confier à l’Union les négociations sur l’approvisionnement en énergie. Nous sommes dépendants du gaz russe. Mais à qui les Russes vendraient leur gaz si nous cessions de l’acheter ?
27 août 2008
L'épreuve géorgienne
Platier, 27 août. La réunion du Conseil européen judicieusement convoqué par son président sera, pour l’Europe, une redoutable épreuve : celle de définir une attitude commune qui ne soit pas le plus petit commun dénominateur. Au stade actuel de la construction européenne, ce n’est pas la règle d’unanimité en politique étrangère qui est la plus gênante, mais l’absence d’une Autorité commune reconnue comme telle par les Etats dont la mission serait d’exprimer l’intérêt commun européen et de mobiliser l’appui des gouvernements. Ni la Commission, ni le Haut représentant, ni le président du Conseil européen ne sont en mesure d’assumer ce rôle. La première est affaiblie et les gouvernements ne lui reconnaissent pas ce rôle en politique étrangère, le second n’a pas un mandat et une visibilité suffisants, le troisième est chef d’un Etat national, donc toujours suspect de faire passer le point de vue de son pays avant celui de l’Europe. On voit par là combien désastreux a été le refus de ratification du traité de Lisbonne par les Irlandais. Le ministre irlandais des Affaires européennes vient de préconiser un nouveau vote, à titre personnel. Mais l’opinion y demeure hostile. Voilà à quoi tient l’avenir de notre continent!
21 août 2008
Hommage à Henri Cartan
Platier, 20 août. J’apprends avec tristesse la mort à 104 ans d’Henri Cartan. Cet éminent mathématicien, fondateur du groupe Bourbaki qui a renouvelé les mathématiques à l’Ecole normale, titulaire des distinctions les plus prestigieuses, a terminé sa longue vie en militant européen exemplaire. Membre particulièrement actif et fidèle de l’AFEUR, il fait partie de ces personnalités de qualité exceptionnelle, telles le professeur Leprince-Ringuet, le philosophe Alexandre Marc, les ambassadeurs Soutou et Hessel, les professeurs Gerbet, Grosser, Quermonne, Rovan, mes anciens collègues Albert et Berthoin, l’ancien ministre Hubert Curien, Marcel Boiteux qui ont encouragé et soutenu mon action européenne. La particularité d’Henri Cartan était sa conviction absolue que seule une Europe dotée d’institutions fédérales pouvait répondre à la double exigence de démocratie et d’efficacité. La force de cette conviction était telle qu’elle l’a conduit, alors qu’il avait quatre-vingts ans, à une candidature de témoignage aux élections européennes de 1984. Henri Cartan s’était aussi mobilisé, avec son ami Laurent Schwartz, en faveur des mathématiciens soumis aux persécutions de la tyrannie soviétique. On ne faisait jamais appel en vain à la générosité de ce grand citoyen dont les titres éminents n’avaient en rien affecté la modestie.
12 août 2008
A propos de la guerre en Géorgie
Platier, 12 août. Aux confins de notre continent, le conflit russo-géorgien nous rappelle que la paix demeure fragile et que la guerre est une horreur, le pire moyen de régler les différends entre Etats. Il devrait aussi nous inviter à une réflexion sur la défense européenne et l’avenir de l’OTAN. Au lieu de nous interroger sur le bien-fondé d’une réintégration, acquise en fait depuis longtemps, des structures de l’Alliance, mieux vaudrait nous préparer à proposer au futur président des Etats-Unis une réflexion commune sur le rôle de l’OTAN dans l’après-guerre froide. Cela supposerait un débat intense entre Européens, y compris bien sûr avec les nouveaux Etats membres de l’Est. Pour moi, la question fondamentale est de décider si l’OTAN doit demeurer une alliance régionale traditionnelle fondée sur des intérêts essentiellement stratégiques et occidentaux, ou se donner comme objectif la défense de l’Etat de droit, d’abord en Europe, dans notre voisinage et, dans la mesure du possible, partout dans le monde. La deuxième formule me parait la seule défendable à long terme. Elle devrait conduire à ouvrir une Alliance devenue multipolaire à celles des puissances émergentes qui ont choisi ou choisiraient, sinon la démocratie, du moins l’Etat de droit. L’évolution de la Russie serait peut-être moins inquiétante si un réel partenariat stratégique avec l’Alliance lui avait été offert. Qu’attendons-nous pour établir, sur cette base, des relations étroites avec le Japon, l’Inde, l’Afrique du Sud, les démocraties latino-américaines ? Ne serait-ce pas le meilleur moyen d’éviter ce conflit des civilisations tant redouté et de préparer la nécessaire et toujours différée réforme des Nations-Unies ?
07 août 2008
Echec à Pékin, succès dans les Balkans
Platier, 7 août. Sarkozy assistera à l’ouverture des Jeux et ne verra pas le Dalaï Lama. Il est lamentable que les pays membres de l’UE aient été incapables d’adopter une attitude commune. L’ont-ils même tenté ? En contraste, saluons le succès que représente pour l’UE le fait que la Bulgarie et la Roumanie aient accepté sans protester les observations sévères de la Commission sur la persistance d’un niveau inacceptable de corruption, observations assorties de sanctions financières. Echec dans le premier cas de la méthode intergouvernementale exigeant l’unanimité des 27, succès dans le second de la méthode communautaire, pré-fédérale, qui permet de décider par délégation et à la majorité. Bien entendu l’échec est plus médiatisé et commenté que le succès !
03 août 2008
OMC : la gouvernance mondiale en recul
Platier, 3 août. Plus que les conséquences économiques, douloureuses surtout pour les petits pays pauvres, dont la capacité de négociation bilatérale est faible, c’est le signal que donne l’échec des négociations de Genève qui est désastreux. Un pas en arrière est fait sur la route de cette gouvernance mondiale dont le monde a plus que jamais besoin. C’est l’Inde qui porte la principale responsabilité de l’échec. Mais l’UE n’a pas joué le rôle moteur qui aurait pu être le sien si elle s’était montrée plus unie. Contribuer à cette union était le devoir du président du Conseil européen, tenu par ses fonctions de modérer la défense des seuls intérêts nationaux.
23 juillet 2008
Bruxelles bouc émissaire, ça continue de plus belle.
Platier, 23 juillet. Bien que nombre de nos dirigeants reconnaissent l’effet dévastateur sur l’opinion de la pratique consistant à utiliser « Bruxelles » comme bouc émissaire, cette pratique se poursuit de plus belle, dans les déclarations gouvernementales et dans les médias sous influence. La Commission veut la mort des pêcheurs, alors qu’elle suit les avis des scientifiques sur la menace de disparition de la ressource et s’oppose à une forme de subvention illégale au regard du droit de la concurrence. Idem pour la TVA sur le pétrole, alors que le gouvernement peut abaisser la TIPP ou consentir des aides sociales aux catégories victimes de la hausse des carburants. Quant à la TVA sur les restaurants, est-ce raisonnable de se priver d’une recette de plusieurs milliards dans l’état de déficit de nos finances publiques ?
20 juillet 2008
L'émiettement conduit au directoire
Platier, 20 juillet. Une rumeur inquiétante voudrait que, pour les amadouer, on promette aux Irlandais qu’ils auront toujours leur commissaire. La formule du traité constitutionnel, reprise dans le traité de Lisbonne, celui de la rotation égalitaire, était mauvaise. Revenir à la règle d’un commissaire par Etat serait pire. Elle encouragerait la partition, l’éclatement. Imagine-t-on une Commission où l’ancienne Yougoslavie disposerait de six ou sept commissaires ? Pourquoi pas deux commissaires belges, un Flamand et un Wallon ? Les petits pays ne se rendent pas compte qu’en exigeant d’être « représentés » dans la Commission, ils affaiblissent l’institution qui les protège contre la tentation des grands de constituer un directoire des puissants, qui conduirait bientôt à l’éclatement de l’Union. La seule solution compatible avec l’adhésion programmée des pays balkaniques non encore membres est de confier la composition de la Commission à son président, sur le seul critère de la compétence et sans autre contrainte que celle de ne pas nommer plus de deux commissaires de la même nationalité. Il appartiendra au président de composer un collège équilibré susceptible de recueillir l’approbation du Parlement et du Conseil européen.
17 juillet 2008
Un succès qui revient de loin
Platier, 13 juillet. La réunion à Paris de tous les leaders arabes riverains ou proches de la Méditerranée, à la seule exception de Khadafi, des premiers ministres turc et israélien et des 27 de l’UE, est en elle-même un incontestable succès. Succès d’autant plus remarquable qu’il revient de très loin ! Trois erreurs majeures avaient été commises dans le lancement du projet, sous l’influence du souverainiste Henri Guaino. Présenter ce projet comme celui d’une Union méditerranéenne calquée sur le modèle de l’UE, en exclure les Etats européens non riverains, ignorer le processus de Barcelone tout en prétendant utiliser les crédits prévus dans ce cadre. Voilà qui augurait mal de l’avenir d’un projet lancé, de surcroît, sans consultation préalable au mépris de nos engagements franco-allemands et européens. Le mérite d’Angela Merkel fut de s’opposer à une initiative qui, ignorait, au départ, la politique étrangère et de voisinage de l’Europe et le processus de Barcelone, celui de Jean-Pierre Jouyet de convaincre Nicolas Sarkozy de se replier, non pas comme on le dit à tort sur un projet moins ambitieux, mais sur le seul projet susceptible de rassembler les Méditerranéens sans diviser les Européens et de bénéficier des acquis de Barcelone.
Le plus, par rapport à Barcelone, est le caractère paritaire de la nouvelle structure. A vrai dire cette parité demeurera précaire et artificielle tant qu’aux 27 de l’UE feront face seize pays divisés et parfois en état de conflit permanent, et pas seulement au Moyen-Orient. Ces conflits sont autant d’obstacles à surmonter pour assurer l’avenir de la nouvelle union et pour justifier son nom. Puisse-t-elle aussi contribuer, comme l’a fait avec succès l’UE, à répandre l’état de droit et, si possible, la démocratie et le respect des droits humains, y compris la liberté de religion, dans des pays qui en sont encore, pour la plupart bien éloignés. Quoi qu’il en soit, une différence majeure différenciera l’Union pour la Méditerranée de l’Union européenne : la libre circulation des personnes, objectif de la première, pomme de discorde pour la seconde.
J’apprends à l’instant l’accident mortel dont Bronislaw Geremek vient d’être victime. Il était, avec Vaçlav Havel, la plus grande figure d’Européen venue des nations-soeurs enfin libérées. Comme Havel, il ne séparait pas le combat pour la liberté du combat pour l’Europe. Il avait été récemment appelé à la présidence de la Fondation Jean Monnet qui conserve à Lausanne les archives du Père de l’Europe.
Le retard de la diffusion de ce message est dû à une panne que je vous prie d’excuser.
Le plus, par rapport à Barcelone, est le caractère paritaire de la nouvelle structure. A vrai dire cette parité demeurera précaire et artificielle tant qu’aux 27 de l’UE feront face seize pays divisés et parfois en état de conflit permanent, et pas seulement au Moyen-Orient. Ces conflits sont autant d’obstacles à surmonter pour assurer l’avenir de la nouvelle union et pour justifier son nom. Puisse-t-elle aussi contribuer, comme l’a fait avec succès l’UE, à répandre l’état de droit et, si possible, la démocratie et le respect des droits humains, y compris la liberté de religion, dans des pays qui en sont encore, pour la plupart bien éloignés. Quoi qu’il en soit, une différence majeure différenciera l’Union pour la Méditerranée de l’Union européenne : la libre circulation des personnes, objectif de la première, pomme de discorde pour la seconde.
J’apprends à l’instant l’accident mortel dont Bronislaw Geremek vient d’être victime. Il était, avec Vaçlav Havel, la plus grande figure d’Européen venue des nations-soeurs enfin libérées. Comme Havel, il ne séparait pas le combat pour la liberté du combat pour l’Europe. Il avait été récemment appelé à la présidence de la Fondation Jean Monnet qui conserve à Lausanne les archives du Père de l’Europe.
Le retard de la diffusion de ce message est dû à une panne que je vous prie d’excuser.
09 juillet 2008
L'Europe et l'arrogance chinoise
Platier, 9 juillet. Il est satisfaisant que la décision du président Sarkozy d’assister à la séance d’ouverture des Jeux olympiques ait été prise avec l’accord de ses collègues. Il l’est moins qu’elle coïncide avec les menaces proférées par l’ambassadeur de Chine en France dans le cas où le Président recevrait le Dalaï Lama. Cette affaire apporte une nouvelle démonstration de l’urgence d’une attitude commune des Européens à l’égard d’une Chine de plus en plus arrogante.
07 juillet 2008
De nouveau la BCE bouc émissaire
Platier, 7 juillet. Le président de la République a cru bon de critiquer, certes modérément, la nouvelle hausse des taux annoncée par la Banque centrale européenne. Or la faiblesse des réactions de l’Europe face aux menaces que les crises bancaires et pétrolières font peser sur la croissance est d’abord le résultat du refus des gouvernements d’utiliser la capacité d’action de l’Union, notamment sa capacité d’emprunt qui est potentiellement considérable. L’endettement excessif de plusieurs Etats membres, dont la France, est le principal argument des adversaires d’un endettement de l’Union. En effet, une politique anti-crise cohérente consisterait en un effort de désendettement des Etats qui serait facilité par le relais d’un budget communautaire prenant en charge une part significative des investissements d’avenir, notamment dans les économies d’énergies, les énergies renouvelables, la recherche, l’innovation, la création de centres d’excellence universitaires. La fonction de l’Europe n’est pas seulement d’être protectrice. Elle est aussi, elle devrait être de préparer l’avenir.
20 juin 2008
Gordon Brown sauveur du traité de Lisbonne ?
Platier, 20 juin. Après un vote ultime de la Chambre des Lords, la reine a signé hier l’acte de ratification par le Royaume-Uni. Ainsi le premier ministre Gordon Brown qu’on prétend eurotiède n’a pas saisi le prétexte du vote des Irlandais pour suspendre ou retarder le processus de ratification. Désormais l’obstacle principal se situe à Prague où le Parlement est divisé et le président Klaus violemment europhobe. Le gouvernement sera-t-il en mesure d’imposer au président une signature qu’il sera porté à refuser ? En cas de défaillance des Tchèques, le même choix devrait leur être proposé qu’aux Irlandais : se rallier à la majorité ou transformer leur adhésion en simple association, suivant le modèle norvégien ou suisse.
Autre sujet d’inquiétude, le désaccord franco-allemand sur un éventuel plafonnement de la TVA sur les carburants. Notre situation budgétaire nous place en bien mauvaise position pour proposer des mesures visant à réduire les recettes fiscales, au risque en outre d’atténuer l’effet dissuasif de la hausse des prix sur la consommation.
La Commission est invitée à faire des propositions sans qu’une orientation lui soit indiquée. On lui souhaite bien du plaisir. Le Conseil européen n’a pas non plus jugé utile de s’interroger sur le fossé qui s’est creusé entre les élites et les peuples, ni sur le bien-fondé de la règle d’unanimité pour toute révision des traités. C’eut été trop demander !
Je me mets en congé de blog pour deux semaines. Rendez-vous le 7 juillet
Autre sujet d’inquiétude, le désaccord franco-allemand sur un éventuel plafonnement de la TVA sur les carburants. Notre situation budgétaire nous place en bien mauvaise position pour proposer des mesures visant à réduire les recettes fiscales, au risque en outre d’atténuer l’effet dissuasif de la hausse des prix sur la consommation.
La Commission est invitée à faire des propositions sans qu’une orientation lui soit indiquée. On lui souhaite bien du plaisir. Le Conseil européen n’a pas non plus jugé utile de s’interroger sur le fossé qui s’est creusé entre les élites et les peuples, ni sur le bien-fondé de la règle d’unanimité pour toute révision des traités. C’eut été trop demander !
Je me mets en congé de blog pour deux semaines. Rendez-vous le 7 juillet
15 juin 2008
Le non dfes Irlandais ne doit pas être pris à la légère
Platier, 15 juin. L’histoire de la construction européenne est ponctuée de succès mais aussi d’échecs, celui de la Communauté de Défense en 1954, du plan Fouchet en 1962, du traité constitutionnel en 2005. Les échecs ont été surmontés mais toujours au prix d’un retard dans l’intégration et d’un amoindrissement des ambitions. Le rejet du traité de Lisbonne par le peuple irlandais, en dépit des avantages dont l’Irlande a bénéficié et malgré les prises de position quasi-unanimes des cadres du pays, ne doit pas être pris à la légère. Il revêt selon moi une gravité exceptionnelle et ceci pour deux raisons. Tout d’abord, les chances de sauver le traité sont faibles quoiqu’en disent les dirigeants français et allemands. Les eurosceptiques britanniques et tchèques, en tête desquels le président Klaus proclament déjà la mort du traité et demandent l’arrêt du processus de ratification. En second lieu, le vote des Irlandais, après celui des Français et des Néerlandais démontre le lamentable échec des élites politiques, sociales, économiques, intellectuelles, spirituelles de la plupart de nos pays à faire percevoir aux citoyennes et citoyens ordinaires, aux jeunes en particulier, la véritable dimension de l’entreprise européenne. On ne tombe pas amoureux d’un marché disait Jacques Delors. Non l’Europe n’est pas qu’un marché. C’est le seul grand dessein à notre portée, un moyen inespéré d’échapper au déclin que nous promet notre affaiblissement démographique dans un monde de colosses émergents, une recette pour défendre ensemble nos intérêts plutôt que nous affaiblir dans ces conflits sans fin qui ont jalonné notre Histoire, une entreprise sans précédent de construction d’une nation de nations modèle de réconciliation que tant de régions du monde nous envient sans se montrer capables de le reproduire et qui s'imposera à l'échelle mondiale pour faire face aux défis planétaires.
Certains rêvent d’une Europe des projets qui se substituerait à celle des institutions, comme si les projets pouvaient se passer d’un cadre institutionnel légitime et efficace. D’autres rêvent d’une avant-garde fédérale dont s’excluraient les sceptiques. Mais où est la volonté politique extrêmement forte sans laquelle un tel projet ne pourrait surmonter les oppositions de tous ceux qui refusent une Europe forte et plus encore si elle devait s’organiser sans eux. Au-delà de la recherche nécessaire d’une sortie de cette nouvelle crise, l’essentiel pour nos dirigeants est de parvenir à faire « aimer l’Europe ». C’est ce qui explique le titre donné à mon dernier livre. Il reste hélas plus actuel que jamais !
Certains rêvent d’une Europe des projets qui se substituerait à celle des institutions, comme si les projets pouvaient se passer d’un cadre institutionnel légitime et efficace. D’autres rêvent d’une avant-garde fédérale dont s’excluraient les sceptiques. Mais où est la volonté politique extrêmement forte sans laquelle un tel projet ne pourrait surmonter les oppositions de tous ceux qui refusent une Europe forte et plus encore si elle devait s’organiser sans eux. Au-delà de la recherche nécessaire d’une sortie de cette nouvelle crise, l’essentiel pour nos dirigeants est de parvenir à faire « aimer l’Europe ». C’est ce qui explique le titre donné à mon dernier livre. Il reste hélas plus actuel que jamais !
10 juin 2008
Le referendum irlandais ou la démonstration par l'absurde
Paris, 10 juin. Que le sort d'un continent dépende de l'humeur des seuls Irlandais met en lumière deux absurdités du mode de révision des traités européens.
En premier lieu, il est déraisonnable et même contraire aux exigences démocratiques de demander aux simples citoyens de se prononcer sur des textes qu'ils ne sont pas en mesure de lire ni de comprendre s'ils avaient le courage de les lire. Le referendum ne se justifie que pour des questions simples, claires et qui puissent s'exprimer en peu de mots.
En second lieu, dans une Union de près de trente membres, la révision des traités ne peut être soumise à la règle d'unanimité qui a pour résultat qu'un seul puisse imposer sa volonté à tous les autres. Il est aisé de concevoir une autre procédure démocratique et respectueuse des souverainetés. La réforme serait adoptée dès lors qu'elle serait approuvée par une majorité d'Etats à définir (deux tiers ou trois quarts) représentant la majorité de la population de l'Union. Les pays minoritaires auraient le choix de se rallier à la majorité ou de se retirer de l'UE et de négocier un accord d'association. Si l'on souhaitait néanmoins recourir au referendum, celui-ci devrait intervenir le même jour dans tous les Etats membres, les citoyens étant informés des conséquences d'un éventuel vote négatif.
Il est inadmissible que le pays qui a tiré le plus de profit de son appartenance à l'Union pusse condamner l'Union à une paralysie durable. Le pire n'est jamais sûr mais il faudra tirer les leçons de cet épisode quel que soit le résultat.
En premier lieu, il est déraisonnable et même contraire aux exigences démocratiques de demander aux simples citoyens de se prononcer sur des textes qu'ils ne sont pas en mesure de lire ni de comprendre s'ils avaient le courage de les lire. Le referendum ne se justifie que pour des questions simples, claires et qui puissent s'exprimer en peu de mots.
En second lieu, dans une Union de près de trente membres, la révision des traités ne peut être soumise à la règle d'unanimité qui a pour résultat qu'un seul puisse imposer sa volonté à tous les autres. Il est aisé de concevoir une autre procédure démocratique et respectueuse des souverainetés. La réforme serait adoptée dès lors qu'elle serait approuvée par une majorité d'Etats à définir (deux tiers ou trois quarts) représentant la majorité de la population de l'Union. Les pays minoritaires auraient le choix de se rallier à la majorité ou de se retirer de l'UE et de négocier un accord d'association. Si l'on souhaitait néanmoins recourir au referendum, celui-ci devrait intervenir le même jour dans tous les Etats membres, les citoyens étant informés des conséquences d'un éventuel vote négatif.
Il est inadmissible que le pays qui a tiré le plus de profit de son appartenance à l'Union pusse condamner l'Union à une paralysie durable. Le pire n'est jamais sûr mais il faudra tirer les leçons de cet épisode quel que soit le résultat.
06 juin 2008
Un surprenant article du Financial Times
Paris, 6 juin. Un article paru dans le Financial Times rapporté dans l’excellente lettre « Oui à l’Europe » de Francis Fontaine du 6 juin se prononce vigoureusement en faveur d’une adhésion du Royaume-Uni à Schengen et à l’euro, faute de quoi le Royaume demeurera dans une position marginale. L’auteur de l’article, Willem Buiter, écrit cette phrase surprenante dans un journal britannique : « The future of Europe is federal » Quel lecteur de ce message pourra me dire qui est ce Willem Buiter ?
02 juin 2008
Nos contradictions face à la hausse des prix du pétrole
Paris, 2 juin. De retour après un bref voyage aux USA, je retrouve les contradictions françaises. Alors que tout commande la réduction de nos consommations de combustibles fossiles et d’émission de CO2, nous envisageons de subventionner pêcheurs, camionneurs, taxis et agriculteurs douloureusement frappés par la hausse des prix du pétrole. Ne serait-il pas plus raisonnable de reconnaître et d’accompagner la nécessité d’une reconversion partielle de ces activités ? Trop de pêcheurs recherchent des poissons en voie de raréfaction si bien que le tonnage de gazole par tonne de poisson pêché ne cesse d’augmenter, trop de camions encombrent nos routes pour des transports souvent irrationnels ou que le fer ou le cabotage maritime pourraient assurer s’ils étaient mieux organisés, trop d’agriculteurs utilisent trop d’engrais et de pesticides ou herbicides coûteux et dangereux. Demandons à l’Europe de faciliter ces reconversions et non d’abaisser la TVA ou d’accroître des quotas de pêche déjà jugés excessifs par les scientifiques. Le refus prévisible et justifié des subventions, allègements fiscaux et autres mesures démagogiques permettra une fois de plus de faire porter le chapeau à « Bruxelles ».
19 mai 2008
Démocratiser la désignation des hauts dirigeants européens
Platier 19 mai. Le député européen Alain Lamassoure, reprenant une suggestion de Valéry Giscard d’Estaing relative à la sélection des candidats à la nouvelle présidence du Conseil européen, propose de démocratiser en la faisant précéder de débats publics télévisés la sélection des candidats et la désignation des futurs hauts dirigeants de l’Union. Ainsi pourraient être appréciées les qualités de représentation et de conciliation requises pour la présidence du Conseil européen, de dynamisme et d’impulsion requise du président de la Commission, de diplomatie et de sagesse politique requises du haut-représentant. Ainsi l’opinion publique n’aurait pas le sentiment d’être tenue à l’écart avant de se prononcer lors des élections européennes. Il serait à cet égard souhaitable que les grands partis s’entendent sur la désignation de leurs candidats notamment pour la présidence de la Commission, désormais soumise à l’élection par le Parlement.
Malgré les souhaits de Nicolas Sarkozy de situer plusieurs de ces nominations au cours de sa présidence, la tentation sera grande de les différer jusqu’aux élections européennes du printemps 2009 afin de faciliter l’équilibre entre grands et petits, anciens et nouveaux, centre gauche et centre droit. L’essentiel est que l’opinion n’ait pas le sentiment d’être une fois de plus tenue à l’écart et que les citoyens, percevant mieux les enjeux soient incités à participer au vote.
Hélas nos médias portent peu d’intérêt à ces questions, retenus qu’ils sont par les relations au sein de la majorité ou par la compétition au sein du parti socialiste. Il est vrai que tout est suspendu au vote des Irlandais. Que ne leur a-t-on donné le choix entre approuver le traité ou quitter l’Union !
Malgré les souhaits de Nicolas Sarkozy de situer plusieurs de ces nominations au cours de sa présidence, la tentation sera grande de les différer jusqu’aux élections européennes du printemps 2009 afin de faciliter l’équilibre entre grands et petits, anciens et nouveaux, centre gauche et centre droit. L’essentiel est que l’opinion n’ait pas le sentiment d’être une fois de plus tenue à l’écart et que les citoyens, percevant mieux les enjeux soient incités à participer au vote.
Hélas nos médias portent peu d’intérêt à ces questions, retenus qu’ils sont par les relations au sein de la majorité ou par la compétition au sein du parti socialiste. Il est vrai que tout est suspendu au vote des Irlandais. Que ne leur a-t-on donné le choix entre approuver le traité ou quitter l’Union !
16 mai 2008
Une réaction salutaire
Platier, 16 mai. Faisant suite à une déclaration vigoureuse de son président Jean-Claude Juncker s’élevant contre le scandale des primes de départ mirobolantes accordées à certains hauts dirigeants d’entreprises, y compris après de mauvaises performances, le Conseil des ministres des finances de la zone euro s’est prononcé le 13 mai pour plus de modération dans la rémunération des dirigeants au moment où la lutte contre l’inflation renaissante conduit la BCE à recommander la modération salariale. Espérons que J-C Juncker ne s’en tiendra pas là mais s’engagera dans la lutte contre les paradis fiscaux et autres niches accueillantes de l’argent du crime et de la corruption. Une action vigoureuse et visible de l’Europe dans ces domaines sensibles serait un moyen, parmi d’autres, de lui rendre sa crédibilité dans les milieux populaires.
10 mai 2008
Jouyet souhaite faire du 9 mai un jour férié
Paris, 10 mai. Hier sur le parvis de l’hôtel de ville JP Jouyet s’est exprimé après Anne Hidalgo, maire adjointe et organisatrice de la manifestation au nom de la Ville, le commissaire Jacques Barrot, l’ambassadeur de Slovénie, un représentant d’Arianespace, des délégations du Parlement et de la Commission. Il a dit notamment qu’il souhaiterait que le 9 mai devienne un jour férié dans l’ensemble des pays membres de l’UE. Peut-on espérer que la France fasse cette proposition à l’occasion de sa présidence ? De récentes déclarations de Valéry Giscard d’Estaing et avant-hier de Jean-Claude Juncker sur Europe 1 ont relancé cette bataille des symboles si importants pour la promotion de l’identité européenne. J’y ai moi-même modestement contribué par un article publié dans la Croix du 30 avril où j’ai repris l’essentiel de mon message blog du 20 mars : européaniser les commémorations guerrières.
06 mai 2008
Europe sociale, mondialisation et protection des travailleurs
Paris 6 mai La décision la plus efficace qu’ait prise l’Europe pour répondre au défi de la mondialisation demeure largement ignorée. La création récente du fonds d’adaptation à la mondialisation a déjà permis la reconversion de dizaines de milliers de salariés victimes directes ou indirectes des délocalisations. Ni à droite, ni à gauche on ne fait connaître cette action. Nul ne demande l’augmentation de dotations budgétaires encore insuffisantes et surtout l’assouplissement de critères trop rigides qui réservent le bénéfice du fonds aux victimes de licenciements massifs de la part de grandes entreprises. Quand on parle en France d’Europe sociale, on pense surtout aux services publics et davantage pour protéger les services nationaux que pour promouvoir ces services européens qui seraient source d’économie et d’efficacité dans bien des domaines. On oublie la nécessité de répondre à l’angoisse de la masse des gens qui se demandent quand viendra leur tour. Ce n’est pas en prolongeant l’agonie d’entreprises non compétitives mais en assurant la reconversion dans les meilleures conditions de leurs salariés que l’on relèvera le défi de la mondialisation. C'est en montrant à quoi sert l'Europe que l'on réduira le fossé qui s'est creusé entre elle et les catégories menacées.
29 avril 2008
Les enseignements du rapport Cohen-Tanugi
Paris 29 avril. Une des principales leçons à tirer du rapport est le fiasco de la
« méthode ouverte de coordination » que j’ai, en son temps, qualifiée de morale sans obligation ni sanction. Il s’agissait, pour les gouvernements de faire semblant d’agir en échappant à toute contrainte et surtout en évitant tout transfert de fonds on de moyens d’action à l’UE. De même, La combinaison des pulsions souverainiste et ultra-libérale fait obstacle à la pourtant nécessaire et urgente réglementation des activités bancaires L’échec sera toujours la rançon du refus de l’intégration récusée au profit de la coopération. De même encore, les Européens se condamnent au ridicule et à l’impuissance en se montrant incapables de coordonner leurs positions dans les institutions financières et monétaires internationales et en se refusant à envisager, même à terme et même pour les membres de la zone euro, une représentation unifiée au FMI, à la Banque mondiale et à la Banque des Règlements Internationaux. Souhaitons que l’excellent rapport de Laurent Cohen-Tanugi fasse émerger ces questions lors des débats préalables à la présidence française.
« méthode ouverte de coordination » que j’ai, en son temps, qualifiée de morale sans obligation ni sanction. Il s’agissait, pour les gouvernements de faire semblant d’agir en échappant à toute contrainte et surtout en évitant tout transfert de fonds on de moyens d’action à l’UE. De même, La combinaison des pulsions souverainiste et ultra-libérale fait obstacle à la pourtant nécessaire et urgente réglementation des activités bancaires L’échec sera toujours la rançon du refus de l’intégration récusée au profit de la coopération. De même encore, les Européens se condamnent au ridicule et à l’impuissance en se montrant incapables de coordonner leurs positions dans les institutions financières et monétaires internationales et en se refusant à envisager, même à terme et même pour les membres de la zone euro, une représentation unifiée au FMI, à la Banque mondiale et à la Banque des Règlements Internationaux. Souhaitons que l’excellent rapport de Laurent Cohen-Tanugi fasse émerger ces questions lors des débats préalables à la présidence française.
26 avril 2008
Dialogue de sourds à propos de la crise alimentaire
Platier, 26 avril. Les conséquences à tirer de la crise alimentaire pour la politique agricole commune donnent lieu à un dialogue de sourds qui augure mal des discussions prévues sur la réforme de la PAC. Pour les uns, la menace d’un déficit alimentaire mondial devrait conduire à maintenir, voire à renforcer, l’ensemble des mesures de soutien à la production agricole ; pour les autres, la hausse des prix, qui s’annonce durable, rend désormais inutiles et injustifiées les aides aux agriculteurs. Les uns et les autres ont tort et raison à la fois. Les premiers ont raison de rappeler l’utilité d’une production accrue. Ils ont tort de demander le maintien de subventions présentement injustifiées. Les seconds ont raison de dénoncer des aides présentement inutiles. Ils ont tort de négliger les garanties dont doivent disposer les agriculteurs face à des marchés instables et soumis aux aléas climatiques.
Le moyen intelligent de réconcilier ces points de vue en apparence contradictoires est de s’attaquer à un vice majeur des politiques européennes qui n’est pas propre au secteur agricole, la rigidité. Cesser de verser les aides au revenu dès que le niveau des prix assure un revenu suffisant, les rétablir dès que les conditions de marché, voire les conditions climatiques, le justifient et ne fonction de la situation des diverses catégories de producteurs, voilà ce qu’il faudrait faire. Pourquoi est-ce aussi difficile ? Parce que les gouvernements, ne faisant pas confiance à la Commission et ne se faisant pas confiance à eux-mêmes, ont préféré s’engager dans des accords budgétaires pluri-annuels rigides, inadaptables à une conjoncture changeante, plutôt que de laisser à la Commission le soin d’adapter les interventions aux nécessités du moment.
Bien entendu, au-delà de ces divergences, tout le monde devrait s’accorder pour la suppression des subventions à l’exportation qui ruinent les agricultures vivrières du Sud, notamment en Afrique, et pour l’augmentation corrélative de l’aide alimentaire sans laquelle la famine menace de frapper de nombreux pays, tout en veillant à ce que cette aide ne fasse pas obstacle au développement des productions locales, ce qui, de nouveau, suppose une grande souplesse dans les modalités de l’action et son adaptation à des réalités diverses et changeantes.
Le moyen intelligent de réconcilier ces points de vue en apparence contradictoires est de s’attaquer à un vice majeur des politiques européennes qui n’est pas propre au secteur agricole, la rigidité. Cesser de verser les aides au revenu dès que le niveau des prix assure un revenu suffisant, les rétablir dès que les conditions de marché, voire les conditions climatiques, le justifient et ne fonction de la situation des diverses catégories de producteurs, voilà ce qu’il faudrait faire. Pourquoi est-ce aussi difficile ? Parce que les gouvernements, ne faisant pas confiance à la Commission et ne se faisant pas confiance à eux-mêmes, ont préféré s’engager dans des accords budgétaires pluri-annuels rigides, inadaptables à une conjoncture changeante, plutôt que de laisser à la Commission le soin d’adapter les interventions aux nécessités du moment.
Bien entendu, au-delà de ces divergences, tout le monde devrait s’accorder pour la suppression des subventions à l’exportation qui ruinent les agricultures vivrières du Sud, notamment en Afrique, et pour l’augmentation corrélative de l’aide alimentaire sans laquelle la famine menace de frapper de nombreux pays, tout en veillant à ce que cette aide ne fasse pas obstacle au développement des productions locales, ce qui, de nouveau, suppose une grande souplesse dans les modalités de l’action et son adaptation à des réalités diverses et changeantes.
23 avril 2008
Tibet et Jeux olympiques: le gâchis
Platier 23 avril. Les manifestations violentes contre la flamme olympique et ses porteurs étaient bien la forme la plus inappropriée de protestation en faveur d’un peuple adepte de la non violence. Avoir bousculé une jeune handicapée chinoise vaut à la France une ire toute particulière des Chinois et oblige notre Président à dépêcher à Pékin trois envoyés de haut rang, pour une démarche pénible d’excuses. Nous payons le prix de l’erreur qui a consisté à ne pas donner une absolue priorité à la recherche d’une attitude européenne commune, alors que devant exerçer la présidence au moment des Jeux, il nous appartenait de prendre l’initiative. Peut-être n’est-il pas trop tard. On voit bien ce que l’Europe gagnerait, en prestige et en influence, à subordonner la participation de ses dirigeants à la cérémonie d’ouverture, à un geste de Pékin en direction du Dalaï Lama. On voit aussi ce qu’elle perdrait à se diviser ou à se laisser aller, dans le désordre, à des manifestations intempestives que la propagande chinoise ne manque pas d’utiliser au risque d’alimenter des passions nationalistes effrayantes si l’on met en perspective l’ascension désormais prévisible de la Chine au premier rang des puissances mondiales.
21 avril 2008
Adieu à René Foch
Platier 21 avril. René Foch nous a quittés dans les premiers jours d’avril. Cette triste nouvelle m’est parvenue à mon retour du voyage ARRI dans le Caucase sans que j’ai pu connaître les circonstances de ce décès et la date d’un éventuel hommage de ses amis. Je ne veux pas tarder davantage pour saluer la mémoire de ce grand Européen. Depuis sa retraite après une brillante carrière à la Commission d’Euratom, puis à la Commission européenne, René Foch n’a cessé de suivre avec une attention vigilante et éclairée l’actualité européenne, livrant ses analyses en particulier dans l’excellente revue France-Forum dont il était un collaborateur régulier. Il avait participé dés les années soixante-dix aux activités de l’AFEUR, se signalant par la régularité de sa participation et la pertinence des questions qu’il posait. Proche de Valéry Giscard d’Estaing, il s’efforçait de contribuer à une orientation plus franchement européenne de la politique française que rendait difficile le poids des post-gaullistes dans sa majorité. Particulièrement averti des questions de défense, René Foch avait compris, avant beaucoup d’autres, que le chemin de la Défense européenne passait par une OTAN rééquilibrée.
14 avril 2008
Retour d'Arménie et de Géorgie
Paris 14 avril L’association Réalités et Relations Internationales (ARRI) qu’a rejoint l’AFEUR en 2004 organise des voyages combinant la découverte et les contacts. S’agissant de l’Arménie et de la Géorgie, où nous étions ces jours derniers, ceux-ci ont été riches d’enseignements. Le découpage de frontières arbitrairement tracées par Staline ont placé le Nagorny-Karabagh en Azerbaïdjan alors qu’il est peuplé d’Arméniens qui se sont soustraits à l’autorité de Bakou, l’Abkhasie et l’Ossétie du Sud en Géorgie, alors que ces deux territoires échappent à l’autorité de Tbilissi et bénéficient d’un appui de la Russie. Ces conflits qualifiés de basse intensité par les diplomates peuvent à tout moment dégénérer, tant sont grandes les tensions ethniques, politiques et religieuses dans ce Caucase déchiré. L’influence de l’UE dans cette zone où s’applique la politique de voisinage est considérable et s’exerce en faveur de la paix et de la lutte pour l’Etat de droit et le développement. Elle le serait plus encore si l’Europe affirmait davantage son unité. Tandis que la Géorgie affiche son intention de rejoindre l’Union et de s’en rendre digne, fût-ce à long terme, l’Arménie, désireuse de conserver les sympathies de Moscou, se montre plus prudente. Curieusement, elle souhaite l’adhésion de la Turquie à l’UE qui serait pour elle une garantie de sécurité. Moins attachée que la diaspora à la dénonciation du génocide, elle n’en fait pas moins une condition de la réconciliation qu’elle souhaite avec la Turquie, notamment pour des raisons de désenclavement économique.
Les pays du Caucase sont reliés à la Méditerranée par la mer Noire. Pourquoi ne pas les inviter à participer à la future Union pour la Méditerranée ? Ainsi s’établirait un lien entre les politiques de voisinage en direction du Sud et de L’Est
Les pays du Caucase sont reliés à la Méditerranée par la mer Noire. Pourquoi ne pas les inviter à participer à la future Union pour la Méditerranée ? Ainsi s’établirait un lien entre les politiques de voisinage en direction du Sud et de L’Est
01 avril 2008
Deux exemples de la "non Europe"
Paris, 1er avril
L’actualité nous offre deux exemples des carences de l’Europe, de son refus d’exister, qui ne suscitent pas même l’attention des médias et demeurent inconnus des citoyens.
On débat, à longueur d’émissions ou de pages de journaux sur l’éventuel boycottage des Jeux olympiques ou de leur cérémonie d’ouverture, sans que soit le plus souvent posée la seule question qui importe : comment assurer une position commune de l’UE, à défaut de quoi les prises de position diverses et contradictoires et les protestations individuelles n’auront aucune portée et aucun effet sinon celui de faire éclater aux yeux du monde l’inexistence de l’Europe.
Même spectacle lamentable sur un tout autre sujet. Les commentaires relatifs à la réforme du FMI ignorent le plus souvent la question fondamentale qui est celle d’une représentation commune de la zone euro que devrait rendre possible la réforme des statuts. Il semble que nul n’envisage de soulever la question. Comment dès lors oser parler de l’influence de l’Europe, de sa prétendue volonté de civiliser la mondialisation ?
L’actualité nous offre deux exemples des carences de l’Europe, de son refus d’exister, qui ne suscitent pas même l’attention des médias et demeurent inconnus des citoyens.
On débat, à longueur d’émissions ou de pages de journaux sur l’éventuel boycottage des Jeux olympiques ou de leur cérémonie d’ouverture, sans que soit le plus souvent posée la seule question qui importe : comment assurer une position commune de l’UE, à défaut de quoi les prises de position diverses et contradictoires et les protestations individuelles n’auront aucune portée et aucun effet sinon celui de faire éclater aux yeux du monde l’inexistence de l’Europe.
Même spectacle lamentable sur un tout autre sujet. Les commentaires relatifs à la réforme du FMI ignorent le plus souvent la question fondamentale qui est celle d’une représentation commune de la zone euro que devrait rendre possible la réforme des statuts. Il semble que nul n’envisage de soulever la question. Comment dès lors oser parler de l’influence de l’Europe, de sa prétendue volonté de civiliser la mondialisation ?
27 mars 2008
Un discours révélateur
Platier, 27 mars Pardon d’abord pour l’erreur de date de mon précédent message. Il s’agissait du 23 mars et non du 23 janvier !
Le discours prononcé par le président de la République devant les deux Chambres du Parlement britannique en dit plus long sur la politique européenne du Chef de l’Etat que toutes ses précédentes déclarations. On ne peut qu’approuver l’hommage chaleureux rendu au parlementarisme britannique et à l’admirable résistance à Hitler. Proposer de faire de l’entente cordiale une entente amicale rompt heureusement avec une certaine hargne anti-anglaise héritée du gaullisme. Le refus de capituler en Afghanistan devant les talibans et Al Quaïda ne peut qu’être approuvé, même si l’on peut s’interroger sur un engagement toujours insuffisant, trop exclusivement occidental et pollué par le désastre irakien. Enfin l’affirmation de la solidarité atlantique achève de dissiper les illusions d’une certaine diplomatie française tentée par le tiers-mondisme et que les erreurs de Bush paraissaient justifier.
Préoccupants sont d’autres aspects du discours présidentiel. L’éloge sans nuances de la nation et de l’Etat, de la conception britannique et française de l’identité et de la souveraineté, l’appel à changer l’Europe apparemment pour limiter son champ d’action plutôt que pour la rendre plus démocratique et plus efficace, l’absence de toute référence à la méthode communautaire, l’illusion d’une politique européenne orientée sinon dictée par les trois principaux pays de l’Union sont autant de positions problématiques. Le risque est grand de ramener la politique européenne à un jeu d’équilibre de puissance à la mode du XIXème siècle, c'est-à-dire à la stérilité de la coopération inter-étatique. Un exemple : la mise en garde adressée aux dirigeants chinois aurait plus de chances d’être prise au sérieux si Sarkozy avait affirmé la nécessité d’une position commune des Vingt-sept. Il s’en est bien gardé se réservant la possibilité d’une position particulière de la France, de nul effet si elle demeurait isolée et déshonorante si la France devait se distinguer en paraissant faire prévaloir ses intérêts commerciaux sur ses principes. Enfin l’allégeance atlantique ne se conçoit que dans une perspective d’équilibre entre partenaires égaux, sinon en puissance du moins en capacité de décision, c'est-à-dire dans la perspective d’une Europe fédérale. Voilà certes le discours de vérité que les Anglais n’étaient pas prêts à entendre, pas plus que notre président n’était prêt à l’exprimer.
Le discours prononcé par le président de la République devant les deux Chambres du Parlement britannique en dit plus long sur la politique européenne du Chef de l’Etat que toutes ses précédentes déclarations. On ne peut qu’approuver l’hommage chaleureux rendu au parlementarisme britannique et à l’admirable résistance à Hitler. Proposer de faire de l’entente cordiale une entente amicale rompt heureusement avec une certaine hargne anti-anglaise héritée du gaullisme. Le refus de capituler en Afghanistan devant les talibans et Al Quaïda ne peut qu’être approuvé, même si l’on peut s’interroger sur un engagement toujours insuffisant, trop exclusivement occidental et pollué par le désastre irakien. Enfin l’affirmation de la solidarité atlantique achève de dissiper les illusions d’une certaine diplomatie française tentée par le tiers-mondisme et que les erreurs de Bush paraissaient justifier.
Préoccupants sont d’autres aspects du discours présidentiel. L’éloge sans nuances de la nation et de l’Etat, de la conception britannique et française de l’identité et de la souveraineté, l’appel à changer l’Europe apparemment pour limiter son champ d’action plutôt que pour la rendre plus démocratique et plus efficace, l’absence de toute référence à la méthode communautaire, l’illusion d’une politique européenne orientée sinon dictée par les trois principaux pays de l’Union sont autant de positions problématiques. Le risque est grand de ramener la politique européenne à un jeu d’équilibre de puissance à la mode du XIXème siècle, c'est-à-dire à la stérilité de la coopération inter-étatique. Un exemple : la mise en garde adressée aux dirigeants chinois aurait plus de chances d’être prise au sérieux si Sarkozy avait affirmé la nécessité d’une position commune des Vingt-sept. Il s’en est bien gardé se réservant la possibilité d’une position particulière de la France, de nul effet si elle demeurait isolée et déshonorante si la France devait se distinguer en paraissant faire prévaloir ses intérêts commerciaux sur ses principes. Enfin l’allégeance atlantique ne se conçoit que dans une perspective d’équilibre entre partenaires égaux, sinon en puissance du moins en capacité de décision, c'est-à-dire dans la perspective d’une Europe fédérale. Voilà certes le discours de vérité que les Anglais n’étaient pas prêts à entendre, pas plus que notre président n’était prêt à l’exprimer.
23 mars 2008
Les leçons du Tibet
Paris, 23 janvier L’attitude à adopter face à la répression chinoise est le type même de la question sur laquelle l’UE devrait s’exprimer d’une seule voix. En nous montrant plus accommodants que Britanniques et Allemands, nous ne gagnerons rien, sinon la perte du prestige que devrait nous valoir la présence au Quai d’Orsay de Bernard Kouchner. Seule une prise de position commune de l’UE décidant par exemple une abstention générale de participation, non aux Jeux Olympiques, mais à la séance d’ouverture, si la répression devait se poursuivre, serait de nature à impressionner les dirigeants chinois, en même temps qu’elle contribuerait à renforcer l’image de l’Union auprès de ses propres citoyens.
Autre leçon à tirer de ce triste épisode, à l’usage en particulier d’Hubert Védrine : l’attachement aux droits humains fondamentaux n’est pas l’apanage des Occidentaux. Tous les peuples y sont attachés. C’est l’honneur de l’Occident de les défendre contre tous les gouvernements tyranniques de la planète. Mais l’Occident et en particulier l’Europe devrait faire plus d’efforts pour rallier à cette cause les jeunes démocraties du Sud. La sympathie que manifeste l’Inde envers les Tibétains et le Dalaï Lama montre que la tâche n’est pas insurmontable.
Autre leçon à tirer de ce triste épisode, à l’usage en particulier d’Hubert Védrine : l’attachement aux droits humains fondamentaux n’est pas l’apanage des Occidentaux. Tous les peuples y sont attachés. C’est l’honneur de l’Occident de les défendre contre tous les gouvernements tyranniques de la planète. Mais l’Occident et en particulier l’Europe devrait faire plus d’efforts pour rallier à cette cause les jeunes démocraties du Sud. La sympathie que manifeste l’Inde envers les Tibétains et le Dalaï Lama montre que la tâche n’est pas insurmontable.
20 mars 2008
Européaniser nos commémorations guerrières
Paris, 20 mars 08 La mort du dernier poilu, Lazare Ponticelli, immigré italien engagé volontaire, renvoyé dans l’armée italienne et devenu pacifiste au contact des réalités atroces de la guerre, est l’occasion d’une réflexion sur nos commémorations des tragédies qui ont marqué le dernier siècle. Le moment n’est-il pas venu de transformer la signification de ces manifestations en les orientant davantage vers l’avenir, vers la communion des mémoires, vers la réconciliation des anciens ennemis, vers l’unité de l’Europe ?
La prochaine présidence française de l’UE pourrait donner à notre pays l’occasion d’avancer deux propositions qui compenseraient, dans une certaine mesure, le signe négatif donné par l’élimination des symboles du nouveau traité européen. L’une consisterait à joindre en une seule célébration l’effondrement du nazisme et l’appel de Robert Schuman, chaque pays qui accepterait cette proposition étant libre de fixer cette célébration le 8 ou le 9 mai. La justification est claire : sans la chute du nazisme qui fut pour l’Allemagne autant une libération qu’une défaite, le démarrage de la construction européenne n’aurait pas été possible. L’autre proposition serait de faire du 11 novembre une fête de la réconciliation, toutes les victimes étant honorées sans distinction de nationalité.
Ces deux propositions devraient faire l’objet d’un accord franco-allemand avant d’être officialisées. Les diverses associations européennes pourraient s’unir pour les promouvoir dans les deux pays. Les commentaires exprimés ces jours derniers à l’occasion de la mort du dernier poilu et du voyage du président de la République au plateau des Glières permettent de penser que ces propositions répondent à l'attente d’un large public et seraient favorablement accueillies par l’opinion, du moins en France.
La prochaine présidence française de l’UE pourrait donner à notre pays l’occasion d’avancer deux propositions qui compenseraient, dans une certaine mesure, le signe négatif donné par l’élimination des symboles du nouveau traité européen. L’une consisterait à joindre en une seule célébration l’effondrement du nazisme et l’appel de Robert Schuman, chaque pays qui accepterait cette proposition étant libre de fixer cette célébration le 8 ou le 9 mai. La justification est claire : sans la chute du nazisme qui fut pour l’Allemagne autant une libération qu’une défaite, le démarrage de la construction européenne n’aurait pas été possible. L’autre proposition serait de faire du 11 novembre une fête de la réconciliation, toutes les victimes étant honorées sans distinction de nationalité.
Ces deux propositions devraient faire l’objet d’un accord franco-allemand avant d’être officialisées. Les diverses associations européennes pourraient s’unir pour les promouvoir dans les deux pays. Les commentaires exprimés ces jours derniers à l’occasion de la mort du dernier poilu et du voyage du président de la République au plateau des Glières permettent de penser que ces propositions répondent à l'attente d’un large public et seraient favorablement accueillies par l’opinion, du moins en France.
14 mars 2008
Heureux dénouement après une querelle dont on aurait pu faire l'économie
Platier, 14 mars L’accord unanime sur la relance du processus de Barcelone devenu Union pour la Méditerranée est une bonne nouvelle. Il reste à voir si les querelles entre les pays de la rive sud permettront des actions concrètes et d’où viendra l’argent. Qu’attend-on pour associer à l’entreprise les pays du Golfe qui ne sont pas plus éloignés de la Méditerranée que le Portugal ou la Mauritanie ?
L’énergie qu’a dû déployer la diplomatie française pour rétablir l’harmonie franco-allemande sur ce projet si mal engagé aurait été mieux employée pour faire avancer la politique d’approvisionnement énergétique, la lutte contre les paradis fiscaux, la politique du climat, le développement des actions de reconversion des travailleurs victimes des délocalisations.
Ratifier le traité de Lisbonne, c’est bien, montrer à quoi sert l’Europe, ce serait encore mieux
L’énergie qu’a dû déployer la diplomatie française pour rétablir l’harmonie franco-allemande sur ce projet si mal engagé aurait été mieux employée pour faire avancer la politique d’approvisionnement énergétique, la lutte contre les paradis fiscaux, la politique du climat, le développement des actions de reconversion des travailleurs victimes des délocalisations.
Ratifier le traité de Lisbonne, c’est bien, montrer à quoi sert l’Europe, ce serait encore mieux
13 mars 2008
Réciprocité dans le marché des armements
Platier, 11 mars 08 Je suis surpris que le succès obtenu par l’industrie européenne qui vient d’obtenir une énorme commande du Pentagone pour des avions ravitailleurs en vol n’ait pas conduit à rappeler la campagne déclenchée chez nous contre l’achat de chasseurs américains par la Pologne. L’intérêt commun des Européens et des Américains est dans l’ouverture d’un vaste marché concurrentiel des armements source potentielle de rationalisation, d’élimination des doublons et d’économies. Que cet exemple, s’il est confirmé, en dépit des protestations de certains membres du Congrès, serve au moins à convaincre les Européens de réaliser chez eux un vrai marché commun des armements, seul moyen de commencer à réduire le fantastique écart de puissance qui nous sépare des Américains dans ce domaine et que ne doit pas faire oublier un succès remarquable mais isolé.
02 mars 2008
Jouyet rectifie
Paris, 2 mars 08 En transformant l’Union méditerranéenne en Union pour la Méditerranée, Jean-Pierre Jouyet fait une tentative louable pour sortir le Président de la difficulté. Sera-ce suffisant ? L’étape suivante pourrait être : l’Union européenne pour la Méditerranée, élément essentiel de la « politique de voisinage ».
Inscription à :
Articles (Atom)
