01 juillet 2016

Pourquoi l'Europe s'occupe de tout ?



Platier, 1er juillet.
Il est vrai que le contraste est frappant entre la multiplicité des directives visant à protéger la santé ou l’environnement et l’insuffisance des politiques de sécurité et de défense. La raison en est simple. Les Etats ont accepté l’harmonisation des réglementations nationales nécessaire à la réalisation effective du marché unique tout en désirant conserver le contrôle des domaines régaliens. La tendance générale à la surprotection a conduit parfois à une application excessive du principe de précaution que la France a jugé bon d’inscrire dans sa constitution. Il est facile d’ironiser sur la directive relative aux fromages sans laquelle la France ne pourrait exporter ses fromages au lait cru. Il serait irresponsable et stupide de vouloir détruire le réseau d’experts venant de toutes les capitales de notre continent qui, réunies par la Commission au long de dizaines d’années, ont fait de l’Europe la région du monde où la protection des consommateurs est la mieux assurée. Ceux-là même qui dénoncent la fureur réglementariste de la Commission s’alarment de la possible remise en cause de certaines protections par le traité de partenariat transatlantique en cours de négociation.

28 juin 2016

La bataille des idées



  Platier, 28 juin.
A quelque chose malheur est bon. L’Europe occupe la première place dans les médias. Je retrouve l’envie de dénoncer les fausses affirmations qui ont émaillé la campagne Outre-Manche et dont certaines sont reprises dans le débat en France. La plus banale consiste à faire croire que l’UE serait gouvernée par des technocrates non élus et, par conséquent éloignés des préoccupations des citoyens. Laurent Wauquiez pousse la démagogie au point de proposer la suppression de la Commission. D’une part, le rôle de l’instance bruxelloise est de proposer et d’exécuter, les organes de décision législative étant le Conseil (des ministres) et le Parlement. D’autre part, la plupart des commissaires ont été élus mais pas plus que les ministres nationaux ne sont élus pour exercer la fonction ministérielle. La désignation de la Commission est le résultat d’un processus complexe dans lequel s’équilibrent les influences du Parlement et des gouvernements. Dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, on n’a pas pris la peine d’expliquer que l’UE n’étant pas un Etat, ne pouvait être gouvernée que par des coalitions. Le reproche fondé que l’on peut faire à la  Commission est de ne pas oser rechercher le soutien de l’opinion dans sa fonction de défense de l’intérêt général de l’Union face aux intérêts particuliers des Etats, alors que ceux-ci l’utilisent comme un commode bouc émissaire.
Mon prochain message portera sur cet autre reproche adressé à l’Europe de se mêler de tout. Reproche en partie fondé mais dont les causes ne sont jamais explicitées.  

24 juin 2016

Regarder la réalité en face. Un échec majeur



Platier, 24 juin.
 Le vote des Britanniques après une campagne qui n’a pas fait honneur à la démocratie est un échec majeur pour tous ceux qui considèrent la construction européenne comme le projet géopolitique le plus significatif après l’ère sinistre des guerres mondiales. Chacun devrait s’interroger sur sa part de responsabilité. La principale est celle de gouvernements qui n’ont pas pris la mesure des souffrances infligées aux catégories populaires par une mondialisation non régulée. Aussitôt après doit être dénoncé le défaut d’explication, le refus d’écrire un récit européen, le défaitisme dans la bataille des idées, une sorte de matérialisme se voulant pragmatique mais incapable de répondre aux aspirations de la jeunesse. On a laissé sans réagir s’imposer l’idée suivant laquelle l’UE souffrirait d’un déficit démocratique sans expliquer que plus de démocratie, c’est-à-dire plus de décisions à la majorité, signifierait moins de souveraineté.
Que faire maintenant ? On aimerait se persuader, avec Michel Rocard, que le départ des Anglais élimine le frein qui entrave l’Europe depuis près d’un demi-siècle et qu’une relance serait possible sur une base éventuellement plus restreinte. Outre le fait que toute l’énergie des gouvernements sera dédiée à la difficile négociation de retrait d’un Royaume désuni, on ne voit pas la France se résigner à de vraies réformes ni l’Allemagne accepter un budget fédéral de relance. On imagine enfin le désastre que serait un projet d’Europe politique excluant les pays d’Europe centrale alors que leur démocratisation et leur intégration étaient, jusqu’à une date récente, le plus grand succès politique dont pouvait se prévaloir l’Europe.