30 mars 2015

Adieu à Michel Albert

Adieu à Michel Albert
Michel Albert nous a quittés le 19 mars à l’âge de 85 ans. Il avait été victime en décembre d’une chute qui avait provoqué une hémorragie cérébrale. Avec lui disparait l’un des plus brillants avocats de la cause européenne, non de l’Europe impuissante des souverainetés étatiques mais d’une Europe fédérale limitée dans son champ de compétences mais disposant des moyens de décider et d’agir, telle que l’avaient conçue Jean Monnet et Robert Schuman.
 De modeste origine, il était un produit exemplaire de la méritocratie républicaine. Passé par Sciences Po et l’ENA, docteur en économie, il tenait sans doute en partie de ses racines populaires une exceptionnelle capacité d’écoute et d’empathie. Son caractère chaleureux n’était pas pour rien dans ses succès et dans l’influence qu’il put exercer en des circonstances diverses. Jeune inspecteur des finances, il assura, en 1959, le secrétariat général du groupe Rueff – Armand chargé de concevoir des réformes propres à favoriser la croissance économique. Déjà, parmi de multiples propositions qui suscitèrent de vives résistances, figurait la remise en cause du statut des taxis. L’exigence de la modernisation devait être, avec l’Europe, le fil directeur de sa brillante carrière. Je le connaissais depuis que nous nous étions rencontrés à l’inspection des finances. Nous partagions la même conviction que la construction d’une Europe unie serait la tâche de notre génération et contribuerait à la modernisation de la France. Après un séjour au Maroc où il créa une inspection des finances, il rejoignit les institutions communautaires en 1963. Après être passé par la Banque européenne d’investissement (BEI), il intégra les services de la Commission en tant que directeur des structures et du développement économique. Etant moi-même à Bruxelles depuis 1962, nous fîmes ensemble la douloureuse expérience de la dérive provoquée par la diplomatie du général de Gaulle dont nous admirions cependant la contribution au redressement de l’économie française et à la réconciliation franco-allemande. Le refus français du fédéralisme qui persista après la démission du général de Gaulle, alors qu’était levé le veto à l’adhésion du Royaume-Uni, ne permit pas que le premier élargissement de la Communauté s’accompagnât d’un pas en direction d’une Europe politique.
Le champ de réflexion privilégié de Michel Albert était l’économique et le social plus que le juridique et l’institutionnel. Il a été l’inventeur du modèle rhénan. Ainsi mit-il en lumière dans un ouvrage paru en 1991 sous le titre Capitalisme contre capitalisme qui connut un grand succès l’opposition qu’il discernait entre un capitalisme rhénan pratiquant dialogue social, cogestion et souci du long terme et un capitalisme anglo-américain soumis à la loi des résultats à court terme, où l’intérêt des actionnaires prime celui de l’entreprise. La crise née des abus de la finance aux Etats-Unis devait confirmer la pertinence de son analyse. Elle démontrait aussi que la maîtrise de la mondialisation n’irait pas sans la construction patiente d’un ordre supranational dont l’Union européenne était le modèle le plus accompli, si imparfait soit-il.
Dès les années soixante, Michel Albert avait eu l’occasion d’affirmer son engagement européen et humaniste, lors d’une collaboration avec Jean-Jacques Servan-Schreiber, éphémère leader du parti radical, auprès duquel sa faculté de séduction s’était exercée. Après avoir largement participé à la rédaction du défi américain,  best seller paru en 1968 sous la signature de JJSS, il affirma ses convictions dans Ciel et terre, manifeste du parti radical.
Nommé commissaire au Plan en 1978, il eut le courage de dénoncer auprès de Raymond Barre, Premier ministre de Valéry Giscard d’Estaing, le risque d’apparition d’un chômage de masse. Revenu quelque temps à l’inspection des finances, à la suite de l’arrivée de la Gauche au pouvoir, il fut nommé en 1982 à la présidence des Assurances Générales de France, récemment nationalisées, fonction qu’il exercera jusqu’en 1994.
Elu à l’Académie des sciences morales et politiques en mars 1994, il accède à la présidence de l’Académie en 2004 et exerce les fonctions de Secrétaire Perpétuel de 2005 à 2010. Son intérêt pour l’Europe se traduit par diverses contributions : sur le couple franco-allemand, la réception de Jean-Claude Juncker comme membre associé étranger, la France et la mondialisation, enfin l’organisation d’un cycle de Regards croisés sur l’Europe auquel j’eus l’honneur de participer sur le thème d’une réforme des Nations Unies inspirée par l’expérience européenne.
 L’engagement européen de Michel Albert et ses talents exceptionnels de pédagogue lui ont valu d’être appelé à participer à de multiples organismes voués à cette cause parmi lesquels l’AFEUR (Association française d’études pour l’Union européenne), l’ARRI (Association réalités et relations internationales) dont il était membre du comité de parrainage, la LECE (Ligue européenne de coopération économique), le Mouvement européen, la Fondation Robert Schuman, le CIFE (Centre International de Formation Européenne) dont il sera président en 2004, puis président d’honneur en 2006. Il était également président d’honneur de la branche française de l’Union européenne des fédéralistes (UEF France).
Les engagements de Michel Albert étaient indissociables d’une conviction religieuse à laquelle il était resté fidèle et qu’il partageait avec une épouse qui lui était très proche et qui contribua grandement à son rayonnement.

Oeuvres.





13 mars 2015

Jungker ose parler d'armée européenne

Paris, 13 mars 2015

Dans le journal allemand Welt am Sonntag le président de la Commission relance un concept oublié, celui d'une armée européenne comme réplique aux menaces de Poutine " On ne créerait pas une armée européenne pour l'utiliser immédiatement. Mais une armée commune à tous les Européens ferait comprendre à la Russie que nous sommes sérieux quand il s'agit de défendre les valeurs de l'UE " (propos ignorés de la plupart des media français mais rapportés par Arnaud Leparmentier dans le Monde  du 12 mars). Cette prise de position audacieuse a aussitôt suscité la colère de Farage leader de l'UKIP et d'un parlementaire conservateur. Mais elle a fait l'objet d'un commentaire intéressant d'Ursula von der Leyen ministre allemande de la défense: " Notre avenir, en tant qu'Européens, passera un jour par une armée européenne ". On attend les réactions des dirigeants français.

04 mars 2015

Faut-il souhaiter que la Grèce quitte l'euro?

          Platier, 4 mars 2015

          L’ancien Président Valéry Giscard d’Estaing qui fut en son temps l’avocat de l’entrée de la Grèce dans la Communauté européenne prône aujourd’hui le Brexit. Peut-on lui faire observer avec la déférence qui lui est due que seule est prévue par les traités la sortie de l’Union et non de la seule zone euro, et au dela de cette considération juridique, les très graves dommages qui en résulteraient pour la Grèce et pour l’UE ? Une Grèce incapable de payer des importations essentielles subirait un désastre humanitaire. L’UE ne pourrait y être insensible. Une nouvelle aide à la Grèce s’ajouterait aux pertes résultant du non remboursement de la dette. Plus grave serait le coup porté à la confiance dans l’avenir et l’irréversibilité de la monnaie unique. Le moyen de pallier le risque créé par ce qui apparaîtrait comme un redoutable précédent serait un progrès de l’intégration budgétaire et fiscale, notamment la création de ressources propres, auquel les Etats ne semblent guère disposés.